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 Into the wild we fight



Benedict W. Brown
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01.08.19 14:20
Parfois, tout n'est qu'une question de timing. Un homme en stoppe un autre dans un couloir, un ordre est donné. Et l'on ne peut se soustraire à celui-ci, n'étant pas au sommet de la chaîne alimentaire. Pour l'instant. Alors l'on se plie aux ordres malgré de réelles réticences. Ce n'est pas mon rôle que de sortir en expédition, cela n'a jamais été le mien. Je ne suis pas un combattant, ma force me provient de ma tête. Alors pourquoi Seth désire-t-il m'envoyer à l'extérieur ? Une mission de repérage. Ou peut-être pour m'écarter ? Il se méfie de moi, il me sait intelligent et je sais qu'il ne me croit pas entièrement dévoué à sa cause. Bien que pour moi il ne soit qu'un homme cruel, je n'ignore pas que nous nous ressemblons. Lui comme moi, nous nous battrons pour survivre. A la différence que je me bat pour mes soeurs. Se bat-il pour quelqu'un d'autre que lui-même ? Peu importe, nous sommes prêts à tout. En cela, je ressens parfois une similitude entre nous. Je n'hésiterai pas un instant à sacrifier quiconque pour les miens. Et pour l'heure, il me faut me plier aux règles.

Une mission simple. Certains hommes auraient déniché un coin en forêt où l'on pourrait établir un nouveau poste. On nous envoie alors en reconnaissance, trois soldats dévoués au tyran et cet homme de lettres qui réprouve leurs méthodes. J'ignore pour quelles mystérieuses raisons je me retrouve dans ce camion, en direction de la forêt. En bien mauvaise compagnie.
Face à moi, Klaus. Ancien militaire, quarantenaire. Cet homme, je l'ai étudié, longuement. J'ai cru pouvoir m'en faire un allié, les premiers temps, au vu de son expérience. Ce fut une effroyable erreur lorsque j'ai réalisé les traumatismes qui ont alors déformé sa vision de la réalité. Pour lui, tout est susceptible d'être une menace pour lui-même. Extrêmement instable, il ne contrôle plus ses actes, ses émotions prenant le pas sur la raison. Je l'ai vu plus d'une fois perdre le contrôle. Ecraser des crânes sous sa botte pour le simple plaisir de ressentir une victoire face à un ennemi. Il n'a plus aucun respect pour la vie, les guerres ont ravagé son esprit.
A sa droite, sourire carnassier aux lèvres, un ancien taulard. Un meurtrier. Un monstre au service d'un autre, Torgeir aime les conflits. Il aime frapper, fort, de cette barre de métal qui ne le quitte jamais. Et si par malheur elle lui échappe, sa rage le prend aux poings. Costaud, de plus de deux mètres, il a cette carrure du combattant féroce. Je n'ai aucune confiance en lui. Klaus reste possiblement raisonnable, je peux lui parler. Torgeir ne semble vivre dans ce monde apocalyptique avec ce seul plaisir de pouvoir exploser des morts en toute impunité. Ou des vivants.
A ma gauche, un troisième homme. Plus calme, moins imprévisible. Je ne lui fais pour autant pas plus confiance qu'aux deux autres, cet homme n'est pas moins dangereux. Tactique, il use d'un arc lorsqu'il sort en expédition. Maxwell a l'air de cet homme réservé et silencieux, il garde bien souvent ses sentiments enfouis. Ses intentions sont cependant claires, son allégeance également. Il soutient Seth. C'est un bon chien, influençable. Il n'a d'yeux que pour cet homme qui lui promet la sécurité et l'abondance.
Ces hommes, combattants acharnés, n'ont guère besoin de mon aide. Et pourtant, me voici. Sans doute pour ramener un peu de raison dans ce trio de dégénérés fanatiques. Ce ne sont que des moutons, guère plus que des pions sans réelle cervelle pour diriger une opération. Me hisser dans les sphères semble donc porter ses fruits ? Il n'est pas dans mes habitudes de me rattacher à un espoir d'avancement dans mes projets. J'ignore ce que Seth mijote, peut-être n'est-ce qu'une coïncidence. Peu importe.

- Eh, Brown, t'as pas intérêt à nous retarder ni à t'mettre dans mes pattes si j'veux dézinguer un abruti d'virulent ou un débile. J'sais toujours pas pourquoi t'es avec nous, mais joue pas au héros si l'envie t'en prend.

Je tourne mon regard, froid, vers Torgeir. Je n'ai jamais craint personne et cela ne commencera pas dès aujourd'hui.

- L'on a sûrement préféré mettre un homme d'esprit à la tête de cette patrouille de l'enfer histoire que tu ne fasse pas exploser les autres en dix minutes, mon ami.

J'entrevois un sourire se dessiner sur les lèvres des deux autres alors que le taulard se lève à l'arrière du camion pour répliquer. Ce dernier se stoppe net, Torgeir manque de partir vers l'avant. L'idée de le voir traverser le pare-brise est ma foi séduisante, je n'ai cependant pas l'envie de l'expliquer en rentrant. Les portes arrières s'ouvrent sur une femme au fort gabarit. Elle sourit après avoir craché par terre.

- Sortez vos culs de là, on a à faire.

Et vite, nous voilà en route. La formation se fait sans que l'on ait besoin de donner des ordres, chacun connait son rôle dans la mission. Le groupe se sépare, pour couvrir une plus grosse surface. Nous ignorons à qui nous pourrions avoir à faire, virulents ou humains. Miranda, la conductrice, et Maxwell partent dans une direction, nous nous retrouvons à trois en direction du nord. Torgeir et Klaus paraissent calmes, pour l'instant.
Les minutes s'égrènent, nous parcourons les bois depuis une quarantaine de minutes. Lorsque Klaus met genou à terre. Il passe sa main dans des traces que je n'avais qu'à peine remarqué. Le militaire se relève, ses sourcils se froncent alors qu'il inspecte les environs du regard. Nous nous sommes stoppés, attendant des explications.

- Nous ne sommes pas seuls.

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Rien n'imprime si vivement quelque chose à notre souvenance que le désir de l'oublier.

©endlesslove.
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Khaaleb Talarion
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02.08.19 11:59
Into the wild… we fight !

   Ben et Khaal

   


Khaaleb ferma la porte de son chalet derrière lui, fit tourner deux fois la clefs dans la serrure puis l’en retira, passant la chaine à laquelle elle était accrochée autour de son cou. Autrefois, l’ancien garde forestier ne fermait jamais la porte de sa maison. Elle était toujours ouverte, au cas où quelqu’un en aurait eu le besoin. Il ne craignait pas les voleurs, car de toute façon il n’avait à l’époque rien de valeur à voler. Mais aujourd’hui, quand on savait qu’une boite d’antibiotique  devenait plus précieux que de l’or, il valait peut être mieux mettre le peu de possessions qui restait sous clefs. Enfin, pour que ça changeait. Le grand brun savait bien qu’une porte fermée n’arrêterait jamais quiconque de rentrer et de se servir, mais au moins ça évitait de trouver un mort sur son canapé à son retour.

Tournant le dos à la porte, le jeune homme laissa son regard courir sur les abords de la petite clairière qui entourait le chalet. Les beaux jours revenants, la nature avait poussée, parsemant le paysage de touches vertes. De grandes fougères envahissaient les sous-bois, éclatant là où des flaques de soleil perçaient la voûte des arbres. Un peu partout autour de la terrasse, dans de grandes jardinières que le trappeur avait fabriquées à l’aide de petits rondins de bois, grandissaient des plantes consommables dont il avait trouvé les graines dans un magasin de jardinage en ville. Trop occupé à survivre sur le court terme, personne n’avait pensé à voir plus loin. Sa production restait encore très sommaire, l’été n’étant pas encore arrivé, mais il avait déjà de quoi subvenir à son propre apport de vitamines. Descendant les marches du perron, il fit le tour des plantations, inspectant les pousses de salade qui arrivaient, cueillant quelques radis qu’il croqua avec délice, repositionnant les tiges des haricots sur les tuteurs qu’il avait installé. A cela s’ajoutait les carottes, rutabagas, panais, et autres plans de fèves et de pomme de terre. Tout cela lui donnait un travail colossal, mais la culture avait au moins ça de le tenir en activité ce qui l’empêchait de brouiller du noir tout seul dans sa forêt. Enfin tout seul, il l’était de moins en moins souvent. Depuis qu’il avait recroisé la route de certains vieux amis, ils leur arrivaient de venir lui rendre visite, ce qui était toujours une joie pour lui. C’était d’ailleurs pour ses amis, ceux de la Lyssa et ceux de Highgates, que l’amérindien passait autant de temps dans son jardin. Il espérait pouvoir leur apporter le résultat de son labeur à l’été. C’était aussi en ce sens qu’il tentait de mettre au point un système de traitement de l’eau à l’aide de bassin de roseaux. Le projet en était encore à ses balbutiements, mais il avait trouvé la technique dans un livre trouvé à la bibliothèque que les gamins de l’hôpital lui avait permis de consulter.

Une fois sa petite tournée d’inspection terminée, Khaaleb s’empara de son arc et de ses flèches, passa son tomahawk à sa ceinture où se trouvait déjà son couteau et s’enfonça dans la forêt. Bien qu’il trouvait de la satisfaction dans le jardinage, le jeune homme n’en restait pas moins bien meilleur chasseur et il était l’heure d’aller inspecter ses collets. Avec le temps, et les passages impromptus de visiteurs involontaires, le grand brun avait peaufiné les pièges qui entouraient sa propriété. Elle était à présent si bien camouflée et protégée qu’il était presque impossible de s’en approcher sans savoir qu’elle était là. C’est que depuis peu, même la forêt devenait dangereuse. Il y avait les morts bien sur, mais pas que. L’amérindien avait toujours eu jusqu’à maintenant la chance de tomber sur des têtes connues et amies, autant que ça reste ainsi.

Avançant dans les sous-bois sur des chemins bien connus, le chasseur allait le pas silencieux et le cœur léger. C’était une belle journée. Il faisait encore frais mais un ciel d’un bleu azur s’étalait comme un papier peint entre la cime des arbres. Ça et là, des rayons de soleil perçaient entre les branches, réchauffant le sol couvert d’aiguilles et sa peau dès qu’il les traversait. Sans s’en rendre compte, et bien malgré lui, un sourire apparut à ses lèvres. Tout allait bien.

Après quelques minutes de marche, il arriva enfin à un des premiers collets qui étaient disposés un peu partout dans les bois. Ils étaient installés à des endroits stratégiques, de préférence là où passaient les bêtes et non les humains, vivants ou morts. Les collines qui entouraient Kelowna offraient une faune encore riche et préservée de l’invasion des marcheurs, qui avaient toujours plus de mal à grimper les pentes qu’à squatter les villes. Mais ce collet là était vide, tout comme le suivant, et celui après encore. Allant d’échec en échec, la bonne humeur de Khaaleb diminua progressivement. Chasser à l’arc ne le dérangeait pas, mais il n’avait croisé aucune bête sur son chemin. Il n’allait quand même pas rentrer bredouille ?! Décidant de pousser un peu sa recherche plus loin, l’amérindien stoppa soudain ses pas en entendant un cri résonner entre les troncs. Ce n’était pas humain, plutôt animal, et ça avait peur. Inquiet de ce que ces sons atroces allaient pouvoir attirer comme autre monstruosité, le trappeur se précipita vers la source de tout ce bruit. Il arriva bientôt en haut d’un petit ravin qui créait un dénivelé fort dangereux dans les bois. Y jetant un œil, il vit un jeune élan essayer de s’en extraire sans grand succès. La bête bramait de peur, et le cri résonnait dans le trou comme un haut parleur.
Après s’être assuré de pouvoir remonter, l’ancien garde forestier descendit dans le ravin et essaya, à pas lent et sans gestes brusques, de s’approcher de l’animal qui se débâtait toujours. Alors qu’il n’était plus qu’à quelques pas, le jeune homme se rendit compte que l’orignal saignait. Une de ses longues pattes, sans doute brisée par sa chute, l’empêchait de sortir de là. Cette fois, la bonne humeur avait totalement disparut, et Khaaleb poussa un profond soupir. Comme pour les équidés, était impossible de réparer ce genre de blessure chez ce genre de cervidés.
Immobile, sachant ce qui lui restait à faire, le trappeur resta quelques instants à observer l’animal. L’élan avait-il comprit qu’l n’y avait plus d’autres solutions possibles ? L’amérindien l’ignorait, mais elle finit par se calmer. Elle ne bougea pas non plus lorsqu’il s’approcha encore plus près, à moitié courbé, murmurant des mots dans sa langue maternelle, elle ne bougea pas non plus lorsqu’il l’acheva.
Il y eu un soubresaut, et elle s’effondra, sans vie, libre. Merde.
Que faire d’une telle bête ? Le laisser là ne ferait qu’attirer des morts ou des parasites. Le ramener et le manque ? Même jeune, un élan représentait une quantité énorme de viande. Et il ne pourrait le ramener jusqu’à chez lui sans craindre d’attirer l’attention, ou que la viande se gâte. Il allait falloir faire ça ici. Poussant un profond soupir las, le trappeur se mis à la tâche.
La première étape fut de sortir la carcasse du ravin, puis de trouver un lieu assez protégé pour être sur de ne pas être dérangé par de marcheurs. Il trouva l’endroit non loin, c’était une sorte de bosquet qui avait poussé autour de grosses pierres lisses, parfait pour y poser et y préparer la viande. Malgré sa force, Khaaleb soufflait comme un bœuf en tirant la bête que la mort rendait plus lourde. Une fois qu’il l’eut allongé sur une grande pierre plate, il tira son couteau de son étui et entama le travail en ouvrant le ventre de la bête.
Très vite, alors qu’il sortait les boyaux de la cage thoracique, ses mains comme le bout de ses manches se tintèrent de rouge. C’était un spectacle terrible, mais le chasseur n’en était pas à sa première fois et tout ça lui faisait ni chaud ni froid. Le principal était de préparer et de fumer la viande avant que des mouches n’aient l’idée de venir pondre dedans. Installant des branches qu’il ramassa sur place dans le creux d’un des rocher, il alluma un feu avec ses pierres à silex et un peu d’amadou qu’il avait toujours dans sa sacoche. Rapidement, une fumée s’échappa du foyer, suivie d’une flamme qui consuma les branches. Laissant le feu bruler tranquillement, à l’abri dans son rocher, le grand brun retourna à la découpe du pauvre élan. Mais alors qu’il était en train d’essayer de détacher une des pattes au niveau de l’articulation de l’épaule, il entendit un bruit derrière lui. Un bruit qui n’avait rien à voir avec la marche ou le grognement d’un rodeur. C’était mécanisme d’une arme automatique qu’on charge.


   
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Benedict W. Brown
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13.08.19 8:59
Sourcils froncés, j'inspecte également les alentours. Rien, pour l'instant. Je fais cependant suffisamment confiance à l'expérience du militaire pour ne pas mettre sa parole en doute. Et ignorer cet avertissement pourrait nous être fatal, mieux valait vérifier les alentours et s'assurer que nous étions hors de danger. Pour peu que je me soucie de leur vie, à tous les quatre. Ce ne sont pas des enfants de coeur et, par bien des aspects, je serais soulagé de me débarrasser de quelques uns d'entre eux. Miranda mis à part, les trois autres sont obnubilés par Seth et sa quête de pouvoir, lui vouant un dévouement extrême. Certains apprécient tout particulièrement la mort... et bien plus encore, la donner. Justice, c'est ainsi qu'ils la nomment. Ils pensent la rendre. Quand à Miranda, sa loyauté va à la loi du plus fort. Et aujourd'hui, il s'agit de Seth Mansfield. Alors, si par malheur notre expédition m'enlève une de ces épines du pied, je n'en serais que plus reconnaissant à qui de droit. Pourtant, je me dois de porter ce masque d'allégeance, de veiller à la sécurité de ces quatre soldats et de m'assurer qu'ils rentrent en un seul morceau. Ou en vie, dans tous les cas. Et, je redoute autre chose. Que nous découvrions un groupe plus nombreux. La forêt est dense, elle est forcément habitée. Et si nous trouvons un groupe de survivants... Seth désirera s'emparer de leur lieu. Ce serait impensable, cela ne ferait qu'accroître son emprise sur la ville. Je ne me pardonnerai pas non plus les morts qui pourraient survenir d'un affrontement. Nous devons vérifier les craintes de Klaus, rapidement. Gardant le regard fixé sur les arbres, je demande plus d'informations.

- Morts ou vivants ?

Le militaire, toujours un genou à terre, prend quelques minutes pour inspecter à nouveau les traces. Mouvement du menton, il se relève, s'approche de moi, s'arrête à ma gauche. De ces compagnons, il est sans doute le seul en lequel je pourrais placer une confiance toute relative, bien que teintée d'une dose colossale de méfiance. Il reste imprévisible, violent.

- C'est sûrement vivant. Les traces sont trop propres, j'aurais pu ne pas les voir. Un mort fout la merde. Que ce soit une bête ou un humain, c'est quelque chose de plutôt imposant. Donc humain ou gros animal.

Je prend une minute. Elaborer un plan qui ne conduirait pas à une boucherie, compte tenu de l'effectif à ma disposition. Je jette un oeil à Torgeir, visiblement impatient de trouver ce quelque chose qui nous précède. Soudain, je donne plusieurs ordres, puisque ce rôle me revient. M'emparant de mon talkie-walkie, je le règle sur le canal de Maxwell. D'autres ordres sont donnés. Cela fait, un signe au militaire, celui-ci se met immédiatement en quête d'une piste à suivre. Qui ne tarde pas. Les minutes s'écoulent, nous progressons en silence. A plusieurs reprises, je parle dans le talkie, recevant des "bien reçu" de la part de l'autre groupe. Une vingtaine de minutes s'écoulent lorsque nous sentons une odeur de braises. Un signe de la main, les deux hommes se stoppent net, second signe, le militaire se glisse parmi les feuillages et les rochers, seul. A peine dix minutes plus tard, le voilà de retour.

- Un homme, seul. Je crois qu'il découpe une bête et la fume.

Je me racle la gorge, prend un nouvel instant de réflexion.

- Bien. Espérons qu'il n'est là que pour chasser et qu'il ne sera pas un danger pour nous, mieux vaut toutefois nous assurer qu'il ne se passe rien de fâcheux. Vous me laisserez parler.

Torgeir ricane, je le fixe du regard.

- Une objection ?

- C'est amusant de te voir jouer au petit chef, Brown.

- Tu préfères prendre la tête du groupe ? Crois-moi, je ne me plais pas dans ce rôle. Mais de toi à moi, je suis le plus futé et je préfère rester en vie, cette vie que je ne te confierai pas. Je te laisse les muscles et le reste. Laisse-moi gérer les plans de cette foutue expédition.

L'agacement brûle mes veines, c'est assez de l'entendre jacasser. Le plan est mis en place. Maxwell et Miranda, postés en hauteur, l'archer prêt à tirer. Ils n'avaient aucun point de vue sur l'homme, dissimulé par les rochers et le bosquet. Impossible de tirer. Leur rôle, attendre. Torgeir s'est posté plus loin, derrière un arbre, cet homme est bien trop imprévisible, je ne le veux pas dans mes pattes.
Nous voici donc, le militaire et l'avocat, se frayant un passage parmi les arbres. Nous glissant jusqu'à l'homme, dos à nous. Je m'arrête, cinq mètres de distance. Klaus fait de même, je sens sa présence derrière mon épaule et soudain, j'entend son arme automatique se charger. Mon sang ne fait qu'un tour. Quel imbécile...
Je me retourne, le fusille du regard. Il m'ignore, garde son attention fixée sur l'homme face à nous. A mon tour, je lui fais face, lève les mains en signe de paix.

- Bonjour. Nous ne sommes pas ici...

Dans la périphérie de mon oeil, je vois le canon d'une arme se relever doucement. Et je prend conscience d'une chose. Ils ne m'écouteront pas. Je ne suis pas leur chef, pas même un des chiens de leur leader. Ils ne m'écouteront pas. Pour eux, cet homme est une menace aux plans de leur idole.
Vif, je me retourne, relève d'une main l'arme vers le ciel. A l'instant même où Klaus tire.

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Khaaleb Talarion
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26.08.19 11:33
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  Ben et Khaal

 


Le bruit de l’arme automatique stoppa net le geste, précis et contrôlé, de Khaaleb découpant un des cuissots de la bête, séparant la chair de l’os blanc. Ce son, le grand brun avait appris à le craindre comme celui des raclements de gorges des morts qui en suivaient souvent l’appel. Ne jouant pas lui-même de cet instrument là, préférant des armes que certains auraient appelées rustiques, il ne gouttait gère à leur pratique, trop bruyante et manquant d’honneur.
Sentant son cœur bondit d’un coup dans sa poitrine, il attendit une seconde puis deux. Il savait qu’il y avait désormais de très forte chance pour qu’une arme soit braquée dans son dos, prête à faire feu et à l’abattre. Jetant un coup d’œil à ce qu’il avait sous les yeux, il se rendit compte que si son carquois et son tomahawk étaient toujours à sa ceinture, son arc lui, était posé sur un rocher non loin. Impossible de le récupérer sans éveiller l’attention de celui qui le braquait. *Merde* s’entendit-il penser. Serrant les dents, il se maudit d’avoir relâché ainsi sa vigilance et sans lâcher le manche de son couteau, les bras le long du corps, il se tourna très lentement vers les deux hommes qui venaient de s’arrêter à quelques mètres de lui.

Les espoirs qu’il avait entretenu un instant de découvrir un membre connu d’une des communautés de Kelowna s’envola. Des deux hommes aucun lui était familier, et tout deux représentaient une menace. Celui qui portait l’arme en joue était un gaillard solide et bien bâtie que la tenue comme la position assurée pouvait supposer des connaissances militaires. Encore qu’aujourd’hui, presque tout le monde savait tenir et manier une arme automatique avec plus ou moins de crédibilité. Mais Khaaleb, qui avait par l’intermédiaire de Terry, fréquenté plusieurs anciens soldats, savait reconnaitre l’œil de celui qui a l’habitude des combats, et de ceux qu’on mène contre les vivants. Ce serait, en cas de corps à corps, un adversaire redoutable, car si le natif le dépassait en taille, il était certain que l’autre le métriserait en termes de technique. Mais encore fallait-il qu’il arrive au corps à corps, avant d’être fauché par une balle.
La voix du deuxième homme attira son attention, et son regard glissa une seconde vers lui. Grand, maigre, les membres longs et étirés, il n’en paraissait pas fragile pour autant. Pas un guerrier comme l’autre sans doute, mais le quotidien avait du forger comme tous ceux qui comme eux, affrontait l’apocalypse. Il se tenait droit, les yeux presque à même hauteur que lui, les paumes ouvertes. Son grand front et son regard qu’il voulait serein et conciliant poussait à moins de prudence. Etait-ce une ruse ? Pour mieux le duper et être sur de ne lui laisser aucune chance d’en réchapper. C’était possible, et dans les manières de beaucoup d’autres. Pourtant, il sentit chez la grande perche un regard inquiet posé sur le canon de l’arme que le militaire braquait toujours vers lui. Quelque chose ne se passait pas comme prévu.

Alors, avant que Khaaleb ait pu faire quoi que ce soit, le négociateur détourna le canon de l’arme qui le visait, déviant la trajectoire de la balle qui partie d’un coup. Le grand brun sentit un souffle vibrer dans l’air non loin de sa tempe, soulevant une mèche de cheveux, puis entendit le choc mat du projectile s’écrasant dans le tronc d’un arbre. Heureux d’avoir échappé à ce tir qui l’aurait sans nul doute emporté d’un coup, il ne se laissa cependant pas le temps de souffler et réagit au quart de tour. Le mouvement de la grande perche avait forcé l’autre à dévoiler une faiblesse dans la protection de ses vêtements. Profitant que les deux hommes échangeaient un regard de colère, le natif fit sauter son couteau dans sa main, le saisissant par la lame, et le ramenant derrière sa tête, le lança droit sur le militaire dont le regard revenait déjà vers lui. Malheureusement, l’autre, qui avait vu venir le coup, se dévia très légèrement, et au lieu de se planter dans son flanc, la lame de silex se ficha dans le biceps de l’homme qui ne pu retenir un cri.
Désarmé, le regard du chasseur glissa vers le négociateur qui esquissa un mouvement pour se mettre entre eux. Son souffle court, ses yeux qui glissaient à gauche, à droite, puis revenait sur lui, et ce geste qui lui avait sauvé la vie, celui là n’était sans doute pas son ennemie, en tout cas bien moins que l’autre, et il semblait aussi lui indiquer que d’autres dangers approchaient. Khaaleb comprit, les deux hommes n’étaient pas seuls. Se retournant d’un coup, le grand brun se rua vers le rocher où était posé son arc et l’empoignant, couru aussi vite qu’il le pu vers la forêt qui les entourait, évitant une salve de balles qu’il sentit passer dans son sillage. Il devait fuir, le plus loin et le plus vite possible, fuir sans se retourner. Mais il n’était pas si loin que ça du chalet, et il ne pouvait courir sans laisser des traces qui les mèneraient rapidement à son refuge.
Essayant toutefois de mettre le plus de distance possible entre ses assaillants et lui, il courait tout en tournant ses possibilités dans sa tête. Il était seul au milieu des bois, n’avait qu’une quinzaine de flèches et était pris en chasse par un ennemie dont il ignorait la force de frappe. Décidément, peu de chose jouait en sa faveur, à la différence que ces bois, il les connaissait sans doute mieux qu’eux. Prenant la décision qu’il valait mieux en éliminer un maximum avant de s’en retourner, il essaya d’orienter ses pas, le plus silencieusement possible, vers un endroit qu’un des regards du négociateur avait indiqué. Contournant au maximum, plié en deux derrière les bosquets et les grandes fougères qui poussaient sous les bois, il finit par remarquer deux silhouettes que les branchages dissimulaient. Aux armes qu’elles portaient et à leur démarche, ceux là n’étaient pas des morts, et puisqu’ils se dirigeaient vers l’endroit d’où les coups de feu avaient été tirés, ils pouvaient tout à fait appartenir au même groupe. S’approchant à pas de loup, Khaaleb arriva vite à leur hauteur. Les deux silhouettes avançaient vite, la plus massive devançant la plus mince. Ce fut cette dernière que le trappeur choisit. Quittant la protection des bosquets, il bondit sur un jeune homme qui n’eut pas le temps de réagir. Il le plaqua au sol et qui asséna un violent coup de poing à la tempe, l’assommant d’un coup. Sur que l’autre avait du entendre l’assaut et se retourner, l’amérindien sauta sur ses pieds, levant déjà sa main serré autour du manche de son tomahawks qu’il brandissait.
Mais l’arme resta pourtant figée en l’air. Le visage de l’autre lui était apparu, d’abord surpris puis déformé dans un mélange de peur et de haine. Une femme. Haletant, le cœur battant la chamade, l’amérindien resta figé une seconde, retenant son geste. Ce fut une seconde de trop. La femme tira.

EDIT : Après jet de dès, le destin a voulu que la balle touche Khaaleb.
 
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Benedict W. Brown
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02.09.19 10:27
Le bruit mat de la balle s'écrasant dans un tronc résonne à mes oreilles. Le regard que je lance à Klaus brûle d'une colère meurtrière. Et alors que je m'apprête à grogner contre cet imbécile, je vois son regard à lui, qui revient vers l'inconnu. Vif, je me retourne, je n'ai que le temps de voir ce couteau filer droit, vers le militaire. Mon coeur rate un battement dans ma poitrine, Klaus dévie légèrement, évite ce coup qui lui aurait été fatal. Le couteau se plante dans son biceps, Klaus hurle. Je l'observe une seconde, reporte mon attention sur le géant. S'il m'attaque, je n'ai aucune chance. Nos regards se croisent, j'esquisse un mouvement, me met devant Klaus. Autant que les choses soient claires. L'instant semble bloquer dans le temps, nous nous observons, j'entendrai presque ses réflexions dans la symphonie du bois. Cet homme pourrait bien me tuer. Et mes nombreuses années de combat n'y changeraient rien, je ne suis qu'une brindille face à lui. L'hésitation qui brûle dans son regard ne fait que me confirmer qu'il n'est certainement pas un ennemi, il ne nous aurait pas attaqué. C'était une erreur de venir le déranger. Mais au moins, a-t-il compris que je n'étais pas là pour le tuer.
D'un geste de la tête, je lui indique que d'autres dangers approchent. Je lui indique leurs positions, mais ne souris pas. L'homme se retourne. J'inspire. Il se rue vers le rocher, s'empare de son arc, court. Pour protéger ma couverture, paraître aussi fidèle que possible à notre leader face au militaire, je m'apprête à lui courir après. Une salve de balles explose mes tympans, je n'ai pas le temps de réagir. Les balles fusent dans la direction du géant. La silhouette de l'homme disparait de mon champ de vision. Je réagis, me rue vers Klaus, tenant toujours son arme d'une main, visage déformé par la douleur. Vif, je lui arrache son arme des mains, la surprise se lit dans le regard qu'il me lance alors. Puis survient la colère. La sienne, mais surtout, la mienne. Je garde son arme en main et de l'autre, le prend au col.

- C'est quoi ton problème ?

Il nous met tous en danger. De ses tirs, il peut rameuter des morts. Ou une horde. De ses tirs, il prévient de notre position. Et cet homme qu'il a failli tuer, probablement n'est-il pas un ennemi.

- J'ai donné des ordres ! Ne pas tirer, me laisser parler, que ne comprends-tu pas dans ces simples mots ?! J'ai laissé Torgeir derrière parce qu'il est imprévisible, mais je constate que tu es aussi inconscient que lui !

Je le relâche violemment, il titube avant de se rattraper. Un grognement me prouve qu'il peut encore bouger. Je fais un pas, puis deux.

- On peut pas le laisser ici, Brown ! On a eu des ordres.

Me retournant lentement, je plante mon regard dans le sien.

- Seth n'est pas ici. JE donne les ordres, ici. Et on ne tue pas n'importe qui, on ne tire pas sur n'importe quoi. Tu vas nous attirer des morts, abruti !

Le sang froid me quitte, je ferme les yeux. Inspire profondément. Et lorsque je les rouvre, je m'empare d'un bandage dans mon sac. Je vais devoir rattraper leur merde et m'assurer qu'ils ne tuent pas le géant. Ou que celui-ci n'extermine pas tous ces abrutis. Je m'approche de Klaus, dépose son arme contre un arbre. Lui intimant de ne pas bouger, j'empoigne le couteau. D'un coup sec, je tire. Il hurle. J'observe quelques instants l'arme, avant d'essuyer sa lame sur le pantalon de Klaus. Il me lance un regard, j'appuie sur la plaie de mon pouce. Il hurle à nouveau et entendre ce cri me procure un étrange sentiment. Je range la lame dans ma ceinture, m'empresse d'arrêter le saignement de sa plaie. Et alors que je termine les premiers soins, reprend le fusil de Klaus en main, un mouvement dans les buissons nous surprend. La large silhouette de Torgeir s'en extirpe.

- J'ai entendu des coups de feu, il est où le mec ?

Je souffle, remarquant avec agacement que personne ici ne considérait mes ordres comme tels. Agacé, je me reprend et lui explique en quelques mots la situation. Il grogne, profère quelques insultes. Un coup de feu le stoppe net dans ses jurons. Je me tourne instinctivement dans la direction du coup, inquiet. Il s'agit forcément de Miranda. J'entrouvre mes lèvres pour donner quelques nouvelles consignes, en vain. Je n'en ai pas le temps. Torgeir disparait entre les arbres, court, son arme en main, dans la direction du tir. Je jure à mon tour.
Sans réfléchir davantage, je m'empare du bras valide de Klaus, ce dernier profère des menaces à mon intention. Je les ignore.

- Fermes-la. Tu ne serres plus à rien, je te raccompagne au camion et tu y restes.

L'ordre est cinglant, je refuse de l'avoir dans mes pattes. Et j'ai bien assez de deux hommes instables pour en avoir un blessé à surveiller. Une fois Klaus dans le camion, son arme rendue, je retourne sur mes pas, mon couteau de chasse en main. Il me faut retrouver Torgeir avant qu'il ne commette le pire, mais surtout, Miranda et Maxwell. Tout en marchant, je m'empare de mon talkie-walkie de ma main libre.

- Miranda, j'ai entendu un coup de feu. Quelle est votre position ?

Pas de réponse.

- Je répète, quelle est votre position ?

_________________

Rien n'imprime si vivement quelque chose à notre souvenance que le désir de l'oublier.

©endlesslove.
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Khaaleb Talarion
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11.09.19 11:28
Into the wild… we fight !

  Ben et Khaal

 


D'abord, il y eu le bruit. Puissant, agressif, meurtrier. Un bruit comme un cri suraigu de quelques créatures chthoniennes, comme une porte qui se claque dans un courant d'air imprévu et qui se répercute en écho entre les troncs verticaux des arbres. Une détonation dans le silence pesant des bois.
Une sensation étrange suivi le bruit, comme si une force invisible lui traversait les chairs et la peau, passant un hameçon dans son épaule gauche, tirant dessus, le faisant reculer comme un ivrogne. C'était une sensation désagréable, insupportable et oppressante, un peu comme quand on se sent contraint dans un songe, quand on ne se sent plus maître de ses gestes.
Le souffle de Khaaleb se coupa en même temps que la balle pénétrait dans son corps pour en ressortir immédiatement par l'arrière.
Il lui fallut un instant pour se rendre compte de ce qui venait de se passer. Pour se rendre compte qu'on venait de lui tirer dessus, et que pourtant, il n'était pas encore mort. Sans doute cette femme qui l'avait pris pour cible avait-elle loupé son coup, car il aurait mieux valut pour elle soit ne rien faire, soit viser la tête ou le cœur. Quelque chose de chaud et de poisseux commença à couler contre son torse et le long de son dos, tintant son tee-shirt d'un rouge sombre et morbide. Pourtant, l'amérindien ne regardait pas sa blessure. Il ne regardait rien d'autre que cette femme qui venait de lui tirer dessus, le regard dur, l'arme toujours braquée sur lui, prête à recommencer.
Cette fois, le grand brun ne lui laissa pas le temps de prendre l'avantage et d'appuyer une nouvelle fois sur la détente. D'un geste incroyablement leste quand on prenait en compte son gabarit, il bondit sur son agresseur, réduisant d'un seul pas la distance qui les séparait, et se saisissant de ses poignets pour dévier l'arme qu'elle tenait à deux mains, il abattit la lame de sa hache de haut en bas, avec une force d'ours, directement dans sa tempe. Un cri rauque d'animal sauvage vibra dans sa gorge. Le métal de l'arme pénétra le cuir chevelu comme un vulgaire steak, écrasant plus que coupant le côté de la boite crânienne.  La mort frappa la femme d'un coup net, comme la foudre qui tombe. Le corps, projeté par la force du coup, tomba au sol à deux mètres de là et s'affala misérablement comme une vieille poupée de chiffon, les yeux révulsés dans la soudaineté de l'action.


Interdit et hagard, figé au milieu du chemin jonché d'aiguilles de pin, Khaaleb regarda quelques instants le corps dont il venait de prendre la vie, horrifié par la violence dont il venait lui même de faire preuve. Quittant le cadavre, ses yeux tombèrent sur le tomahawk qu'il tenait dans son poing serré. Comment se faisait-il qu'il ne tremblait pas ce poing ? Alors que du sang et des cheveux maculaient la lame d'ordinaire brillante de la hache. Une violente envie de vomir le pris, mais il n'eut pas le temps d'y prêter attention.
Le silence était revenu et avec lui une douleur fulgurante qui lui traversa tout le côté gauche du torse. Elle avait tardé à venir, la douleur, attendant le bon moment pour se présenter à son nouvel hôte, mais elle était bien là. Le relâchement lui avait ouvert les portes du système nerveux agressé, il ne lui restait plus qu'à s'y faire une place. Serrant les dents, le trappeur regarda ce trou dans son habit qui laissait voir un autre trou, sanglant, juste en dessous. Doucement, il essaya de bouger les doigts de sa main gauche , puis son coude, voir ce qu'il pouvait encore faire. Mais une nouvelle décharge, cuisante, lui coupa à nouveau le souffle. Ça se présentait mal. La balle était ressortie, et ne semblait pas avoir touché de zones vitales, mais elle avait malgré tout laissé des dégâts dans son passage. Il fallait se tirer de là. Seul, avec sa connaissance des bois, il pouvait prétendre à éliminer pas mal de ses assaillants. Mais ainsi blessé, il valait mieux faire profil bas et disparaître discrètement sans laisser de traces. S'il ne manquait pas de courage, l'ancien garde forestier n'était pas suicidaire. Récupérant l'arme que la femme avait lâché et la glissant à sa ceinture, il s’apprêtait à s'élancer dans les buissons quand il les vit.


Trois morts. Un homme en costume trois pièces déchirés et une femme aux longs cheveux noirs à qui il manquait un bras. Un peu plus loin, un monstre énorme, chauve et obèse, avançait plus lentement que les deux premiers. Ils étaient encore à bonne distance et même s'ils avaient forcément du entendre la détonation, ils ne semblaient pas avoir remarqué sa présence pour le moment. Mais l'espoir de les voir passer leur chemin s'envola dans un grésillement de talkie-walkie. Le moyen de communication, toujours accroché à la ceinture de la femme qui lui avait tiré dessus crépita, brouillé par des interférences. Une voix en sorti néanmoins, une voix qu'il ne reconnu pas même s'il l'avait entendu quelques minutes plus tôt. Le volume, réglé au maximum, couplé avec la neige, attira l'attention des trois virulents qui tournèrent leurs yeux aux veines explosées vers lui. Crachant un juron, Khaaleb, fit volte face, tournant le dos aux rôdeurs avec la ferme intention de leur fausser compagnie le plus vite possible. Mais c'est alors qu'il se retrouva nez à nez avec un quatrième virulent qu'il n'avait pas entendu venir et qui s'était tranquillement approché de lui dans son dos, sans doute guidé par la délicieuse odeur du  sang frais. Essayant d'ignorer la douleur qui l'envahissait toujours un peu plus à chacun de ses mouvements, l'amérindien eu tout juste le temps de poser ses mains sur les épaules osseuses de la créature pour l’empêcher de se jeter toutes dents devant sur sa gorge. Heureusement pour lui, et malgré sa blessure qui l'handicapait, il avait une force bien supérieure à celle du rôdeur qu'li repoussa dans un grognement de gorge. La bête réussit à se maintenir debout, mais n'eut pas le temps de retenter une approche que le chasseur lui assénait déjà un violent coup de hache dans le crâne. L'assaut avait été bref et vite repoussé, mais il avait fait son mal. Les trois autres, attirés par l'action, étaient déjà sur lui. L'homme au costume fut le plus rapide et lui agrippa le bras, approchant déjà des chicots pourris et épars de sa peau si alléchante. Un nouveau coup de tomahawk le stoppa net, écrasant son front dans une contorsion ridicule mais malheureusement, la lame y resta plantée. Sentant le manche lui glisser des doigts en même temps que le corps tombait au sol, Khaaleb se retrouva désarmé, alors que la femme l'attrapait par derrière. Ne lui laissant pas le temps de mordre, le grand brun passa ses bras au dessus de sa tête pour attraper sans ménagement celle de la morte, et se penchant en avant, tira d'un coup sec pour la faire basculer au dessus de lui. Le corps fit un soleil pour venir s'écraser devant lui sur le sol, et alors qu'elle agitait déjà son seul bras décharné vers lui, le géant se redressa et laissa son pied retomber de tout son poids sur son visage tuméfié. Un coup, deux coup, trois. La morte de bougea plus du tout. Un raclement de gorge lui rappela alors la présence du dernier mort. Le souffle court, des mèches de cheveux collés par la sueur sur le front, le bras gauche de plus en plus douloureux et couvert de son propre sang qui y gouttait misérablement, le trappeur se retourna vers la créature qui avançait vers lui, maladroite et grotesque. Bien que ces corps en putréfaction étaient désormais une part importante de leur quotidien, et qu'ils s'habituaient tous plus ou moins à côtoyer les plus horribles des visions, il y avait quelque chose dans celle ci qui révulsa le grand brun. La peau livide de l'homme était tendue comme gonflé par de l'eau, poisseuse et luisante de merde et de pus. Des plaies béantes purulentes de vers et de chaires blanchâtres infâmes zébraient chaque membre,  et d'un trou béant dans son abdomen sortaient des viscères rependant une odeur d'enfer. Réunissant ce qui lui restait de forces, Khaaleb sortit de son carquois une des flèches à pointe de silex qui lui restait, et tout en serrant la branche le plus fermement possible, il se jeta sur le monstre, le saisissant à la gorge, le forçant à reculer dans un cri. Le virulent heurta violemment le tronc d'un arbre couvert de résine, et incapable de s'en dégager, tendit ses bras difformes vers lui. Relevant sa flèche et mettant toute la force dont il était capable dans son geste, l'amérindien planta la pointe dans l’œil mort du rôdeur, plongeant toujours plus vers l'intérieur de son orbite, soufflant comme un buffle, jusqu'à ce qu'enfin la pierre atteigne ce qu'elle était venu chercher, le cerveau. L'énorme corps cessa ses gesticulations ridicules et glissa le long de l'écorce qui arracha de grands lambeaux de chaires pourries à son dos.


Haletant, épuisé, le grand brun regarda dégoutté la créature à ses pieds. Quelques secondes, son cerveau peina à reprendre conscience, son regard se troubla, et des picotements envahirent le bout de ses doigts. Il devait partir, vite et loin. Il devait se tirer de là. Il devait.


Mais à ce moment là, une nouvelle douleur, comme un grand choc, le frappa au dos et l'envoya voler au sol. Le souffle coupé, sentant dans sa bouche un goût métallique, le géant s'écrasa sur les aiguilles de pins. Une odeur d'humus lui envahit les narines. Que venait-il de se passer ? D'un coup de pied, on le retourna sans ménagement et il se retrouva allongé sur le dos, battant des paupières en essayant de comprendre, peinant toujours à respirer.


« Alors mon salaud !! C'est toi qui a foutu tout ce merdier hein !!?? et bah jte jure mon gars, tu vas vite regretter d'avoir voulu jouer au plus fort avec nous !! » Et comme pour associer un geste à ses paroles, l'homme brandit la longue barre de fer qui lui servait d'arme au dessus de la tête et l’abattis sur le corps douloureux de Khaaleb. Réagissant à temps, l'ancien garde forestier se recroquevilla sur lui, projetant son visage et sa tête de ses bras repliés. L'autre ne semblait pas vouloir le tuer tout de suite, et scandait des insultes en rythme avec ses coups avec une sorte de joie malsaine dans la voix. Trop occupé par le fait d'encaisser, il ne comprenait pas un mot sur deux, mais l'un d'eux retint son attention. Protectors.
Il fallut une seconde de plus à Khaaleb pour faire le lien avec ce groupe agressif dont on parlait parfois avec crainte et ressentiment à la Lyssa. Il lui fallut encore une seconde pour réagir.
Alors que la barre de fer fendait une nouvelle fois l'air, prête à percuter une articulation choisi avec plaisir par l'agresseur, l'amérindien dégagea son visage et tendit la main gauche, se saisissant de l'arme que l'autre essaya vainement de dégager. Grimaçant, le trappeur tira un coup sec et violent sur la barre, attirant l'autre vers lui. Lorsqu'il fut assez proche, profitant de l'effet de surprise et rassemblant toutes ses forces, il frappa, poing serré, dans la mâchoire de l'autre. Un craquement sinistre résonna entre les arbres. L'homme, plié en deux, jurant tout ce qu'il connaissait d'insultes, alla se retenir à un tronc en se tenant le bas du visage d'une main.
Le regard toujours trouble, l'amérindien compris qu'il devait profiter de la situation, mais une violente quinte de toux le secoua. Il lui était de plus en plus difficile de bouger. Chacun de ses membres le mettait à la torture, et pourtant, il devait le faire, il devait se relever.

 
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Benedict W. Brown
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18.11.19 13:35
Le canal reste silencieux. Et le coup de feu résonne toujours dans mon crâne, invitant toutes sortes de scénarios macabres, dans lequel je me retrouve acteur par mégarde. Doucement, je commence à regretter ma présence dans cette forêt, aux côtés de ces déséquilibrés. Je recommence, deux, trois fois, à parler dans le talkie-walkie, en vain, je ne parviens pas à joindre Miranda. Je n'y parviendrai jamais. Alors, je me met en route, ma main rangeant le talkie à ma ceinture, l'autre resserrant sa prise sur mon long couteau de chasse. Il me faut les retrouver. D'un pas pressé, je me met en route, poursuivant la piste du coup de feu, tous les sens en alerte. Je n'ai jamais été un bon pisteur ni même un traqueur avisé, il m'est donc difficile de retrouver la piste de quelqu'un, ou de quelque chose. Cependant, en cet instant, je me fie à mon ouïe, aux grognements indistincts qui me parviennent. Un coup de feu pour tuer un homme, ou pour tuer un rôdeur. L'évidence même dirige mon instinct à suivre cette piste, qu'importe ce que j'y trouverai au bout. Les grognements s'intensifient, se mêlant à des bruits de mastication... J'avance, prudemment, contourne les arbres et derrière les feuillages, prend attention à ne pas me faire surprendre par un mort. J'avance, discrètement, le coeur battant la chamade dans ma poitrine bien que mes membres restent figés dans cette position d'alerte constante. Alors que je dépasse un énième grand pin, mon regard tombe sur une vision d'horreur. Une vision dont nous avons l'habitude, en ces temps d'apocalypse, et pourtant à laquelle nous ne nous faisons pas, car nous le savons, tout cela est absurde. Une apocalypse zombie ? C'est impossible. Et parfois, nous prions pour que tout ceci ne soit qu'un cauchemar malsain... Pourtant, tout est là. Les rôdeurs, les rues désertes, les armes, la guerre. La mort.

Figé, mon corps reste planté là quelques secondes, face à ma vision. Et, à quelques mètres de ma position, le corps inerte de Maxwell. Son arc gisant non loin de lui. Et au-dessus de son corps tressaillant encore légèrement, deux morts dévorant la chaire, maculés du sang de l'ancien protecteur. Un regard aux alentours m'apprend que nul autre que moi observe la scène. Alors, je m'avance, ma main serrant fermement mon couteau. Mes pas dans l'herbe interpèlent le premier virulent qui se retourne, grognant, visage recouvert de sang frais. Il m'observe de ses yeux translucides, tend son unique bras dans ma direction avant de se relever en titubant dangereusement. Je recule doucement, le laisse se trainer loin du corps et de son compagnon décharné. Et lorsqu'il se jette sur moi, je le repousse d'un coup de pied dans l'estomac. Il tombe au sol, déboussolé. Me précipitant vers lui, bras relevé vers le ciel, je laisse retomber la lame qui s'enfonce dans son crâne d'un bruit écoeurant. Le second rôdeur relève la tête, remarque ma présence. Et sans prendre le temps d'attendre qu'il parvienne jusqu'à moi, je me précipite dans sa direction, enfonce de la même manière mon couteau de chasse dans son crâne décomposé, aussi mou que du beurre. Il s'effondre.
Mon regard se retourne vers le corps gisant là, tressautant, effrayé de la mort. Maxwell est encore en vie. La gorge arrachée, du sang maculant ses vêtements. Son regard se plante dans le mien, suppliant ma clémence. Je ne ressens rien, en le regardant. Je ne pense rien. Dans ses yeux, je ne vois que le mal qu'il a commis au nom de son Roi, je ne parviens plus qu'à y voir un monstre. A l'instar de celui qui gît, enfin mort, à ses côtés. La gueule béante, le visage tuméfié, la peau décomposée. Ils ne sont pas si différents l'un de l'autre, finalement, pour moi. Et je me tiens debout, au-dessus de ces deux corps. Maxwell tend une main dans ma direction. Mon âme se réveille, je m'avance et m'accroupis au-dessus de lui. Je l'observe quelques instants avant de me pencher, plantant mon regard dans le sien. Glacial.

- Je suis navré.

Il s'étouffe dans son sang, sa gorge gargouille lorsqu'il tente de prononcer le plus petit mot. Rien ne vient. Nos regards restent connectés, le silence des bois nous englobe et je ne fais pas le moindre geste dans sa direction alors qu'il lève sa main. Je suis réellement désolé. Cet homme était simplement influençable, incapable de penser par lui-même. Un chien à la solde d'un monstre, il a tué, pour lui. Il a torturé. Mais cet homme aurait pu être autre chose, il aurait pu devenir quelqu'un de bien s'il n'avait pas été si faste à donner sa confiance aux mauvaises personnes. Mais dès l'instant que sa loyauté était établie, l'archer s'est trouvé cruel.

- Tu n'aurais pas dû lui donner ta confiance, Maxwell Smith. C'était une erreur.

Il agonise, crache du sang. Et soudain, succombe à la mort. Je soupire, abat mon couteau dans la tempe de cet homme que j'ai connu. Un homme qui n'a été pour moi rien de plus qu'un homme à changer. Ou à éliminer, un jour ou l'autre, si le changer ne suffisait pas, car il était une menace, bien trop proche de cet homme qu'il faut destituer. Je me relève, ignore son corps et m'empare de son arc que je glisse dans mon dos, ainsi que ses munitions. Une belle arme, moderne. De nouveaux bruits attirent mon attention, je me retourne vivement, couteau de chasse en main. Mon coeur bat à tout rompre. Rien. Je fais quelques pas, et je la vois. Miranda. Gisant sur le sol, le crâne fendu. Je ne détourne pas le regard, jusqu'au moment où un flot de jurons me parvient très nettement, derrière ces arbres, me faisant me retourner. Et sans attendre un instant de plus, je me rue vers cette voix que je connais trop bien pour ne pas la reconnaître. Je déboule dans une petite clairière, découvre une nouvelle scène. L'homme de la forêt au sol, visiblement blessé, Torgeir se détache d'un arbre, s'approche de sa proie, se tenant la mâchoire. Et je la vois, sa main, glisser dans son dos pour s'emparer de son arme qu'il tend droit devant lui tout en avançant, visant le géant à terre. Mon sang ne fait qu'un tour. Vif, je range mon couteau, dégaine mon fusil.

- Torgeir ! Stop !

Je tiens l'ancien taulard en joue. Il se retourne, abaisse son arme, plante son regard dans le miens, menaçant. Dans ses yeux, je peux y lire la rage, et sur sa mâchoire, le coup que lui a porté l'homme à terre. La surprise se mêle à sa colère lorsqu'il s'approche de moi.

- Brown, qu'est-ce que tu fous ?! Laisse-moi achevez cette vermine !

Sourcils froncés, je garde Torgeir en joue alors qu'il s'avance dans ma direction.

- Arrêtes-toi ici.

Le taulard se stoppe net, comprend que je ne plaisante pas.

- Putain, tu fais quoi !

- Je t'empêche de faire une connerie.

Les secondes s'écoulent, je ne le quitte pas du regard. Lui, serre les poings.

- Tu n'vas pas tirer, c'est pas dans ton...

- Tu crois ? Je parierai pas à ta place. Vous avez déjà attiré les rôdeurs avec vos conneries, alors peu m'importe de les rameuter avec un coup de feu. Et tu ne m'es pas indispensable. J'avoue que je ne t'aime pas. Tu es dangereux, tu nous mets tous toujours en danger avec tes pulsions meurtrières. Tu resteras quelqu'un de mauvais aujourd'hui comme dans ton passé, Torgeir.

Il grogne, sa colère grandit dans son regard, je m'en rend compte. Miranda est morte, Maxwell aussi. De ces quatre-là, je n'aurais souhaité que la disparition de Torgeir. Cet homme mérite de disparaître, cet homme ne mérite pas la vie alors que d'autres la perdent. Lui, il prend des vies. Et je ne peux pas le laisser repartir d'ici, pas après mes mots. Pas après cet incident. Je refuse qu'il tue cet homme, derrière lui, je refuse qu'il nous mette en danger. Qui sait, peut-être fait-il parti d'un groupe plus imposant, armé, qui s'en prendrait à l'aéroport. Que représente donc la vie d'un taulard cruel contre celles de ceux qui comptent pour moi ? Rien.
Torgeir avance.

- Sale rat, je savais que t'étais pas net. Je vais te le faire regretter, crois...

PAN. Le coup part. La balle se plante dans l'épaule de Torgeir, il pousse un râle avant de s'écrouler sur un genou. Il se tient l'épaule, prend quelques secondes. Et se relève avant de se jeter dans ma direction, poings serrés, visage tordu par la douleur dans son épaule. Il tente un coup que j'évite, seulement, il parvient à me faire lâcher mon arme. Merde. Je le vois dans son regard, le mastodonte est prêt à me rompre le cou. Pourtant, reprenant tous mes réflexes de boxeur, je me met face à lui. Prêt à riposter.

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Rien n'imprime si vivement quelque chose à notre souvenance que le désir de l'oublier.

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Khaaleb Talarion
The pain doesn't go away

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27.12.19 7:09
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   Ben & Khaal

   


(Une petite mise à jour de mon front s'imposait...)

L'odeur de l'humus, fort et prégnant, se mêlait au goût d'acier du sang dans sa bouche. Une toux grasse s'arracha de la gorge, rependant une décharge électrique dans son corps meurtri, lui coupant le souffle comme un coup de poing dans le ventre. Un liquide visqueux glissa de ses lèvres, sang et bile, collant à son visage des déchets naturels de la forêt. Allongé sur le sol, face contre terre, Khaaleb se sentait trembler de tous ses membres, paniqué de voir ses forces le quitter rapidement. Une chaleur douloureuse irradiait de la blessure par balle qui continuait à déverser de lui cette eau rouge et pâteuse sans laquelle il finirait bientôt par sombrer. Il devait fuir, il devait sauver sa peau ! Mais en avait-il encore seulement la force ? Ce dernier coup qu'il avait porté à son agresseur lui avait réclamé tout ce qui lui restait, il se sentait désormais vide de toute énergie, comme si les plaies sur sa peau déversaient autre chose que du sang sur les fondations des sous-bois. Il avait espéré que le coup assommerait l'homme, il n'en était rien malheureusement. Il pouvait entendre ce dernier jurer, il voyait presque sa silhouette tordue dans l'angle de son champ de vision. Il allait bientôt finir ce qu'il avait commencé, il allait le tuer.
Le souffle court et rauque, le cœur battant à en crever, l'amérindien le vit se saisir de quelque chose dans son dos et malgré le voile qui tombait sur ses yeux, il aperçu cette arme qu'il pointait sur son corps déjà à moitié mort.

Était-ce comme ça que ça se terminait ? Achevé comme un animal qu'une voiture aurait percuté et projeté sur le bord de la route ? Pathétique et impuissant ? Non... NON !! Il refusait de l'accepter, il refusait de cesser le combat, même s'il le savait perdu d'avance. Serrant les dents dont sortait une mousse rougeâtre, les yeux exorbités par la douleur, la colère et la frustration, Khaaleb tendit la main loin devant lui. Attrapant une épaisse racine qui ressortait de terre, il se tira en avant, traînant ce corps lourd qui ne répondait plus. Il devait continuer d'avancer, il devait essayer !! Il refusait de mourir comme ça ! Pas ainsi, pas de la main d'un aussi piètre être humain. Il préférait encore se faire bouffer par des marcheurs. Misérable, il rampait entre les feuilles mortes et les branches, agrippant à tout ce qu'il pouvait, les mâchoires crispées si fort qu'elles finiraient vite par se briser. Et derrière lui, il y avait toujours ses pas, lents et savourés, de l'autre qui se rapprochait. Comme c'était étrange de sentir sa mort juste derrière soi, si proche. Comme c'était détestable cette jubilation de l'autre de le sentir à sa merci.
Saisissant le tronc maigre d'un arbrisseau, il sentit l'écorce lâcher dans la poigne, glisser contre sa peau, y enfonçant de minuscules échardes. S'il en avait encore eu la force, il aurait sûrement juré, mais même ça il n'y arrivait plus. Des picotements commençaient à engourdir tout son corps, et un froid vicieux s'y installait. C'était la fin du périple.
Khaaleb aurait voulu garder les yeux ouverts, faire face à celui qui avait été son bourreau, mais tout ce qu'il voyait c'était le bas des arbres poussant droit sur le sol couvert de mousse et de feuilles. Ses paupières, trop lourdes, humides de larmes de rage, se fermèrent d'elles-mêmes, dévoilant derrière leurs volets clos des visages qui lui apparaissaient dans des halos fantomatiques. Quitte à mourir, autant le faire en pensant à ceux qu'on avait aimé vivant.


L'ancien garde forestier n'entendit pas le nom prononcé qui résonna en écho entre les troncs. Il ne vit pas non plus le corps de son agresseur se figer et se retourner vers le nouvel arrivant qui le tenait en joue. Il ne pu se demander pourquoi est-ce que cet inconnu, qui semblait de toute évidence appartenir au même groupe que le fou à la barre de fer, prenait sa défense à lui plutôt que celle de ses camarades. Son immense corps avait cessé de trembler. Il avait perdu connaissance, se laissant aller dans les brumes de la fin, étrangement rassuré. Il n'y avait plus de douleurs ni de larmes là où il allait. Il n'y avait que le vide et le silence. Il allait enfin retrouver les siens, ceux qui l'attendait depuis si longtemps, ceux qui était parti trop tôt.


Ce fut le coup de feu, puissant et destructeur, qui le réveilla comme un boulet de canon. Toujours immobile, figé dans une posture ridicule et tordue, il lui fallut quelques secondes pour comprendre qu'il n'était toujours pas mort. Chaque respiration lui était un calvaire, plantant des épines acérées dans ses côtés et dans ses poumons, mais au moins il respirait encore. Il avait accepté la mort, mais cette dernière ne voulait pas encore de lui. La douleur était toujours là, présente dans chaque partie de son corps, tout comme ce cœur qui battait toujours plus fort et toujours plus vite, mais cette fois, Khaaleb réussi à les écarter de sa conscience. Il écouta, percevant les paroles de deux hommes, leurs grognements plutôt, comme à travers l'eau d'une baignoire. Il comprit malgré tout l'essentiel de la conversation. Le négociateur les avait rejoint, et il menaçait à son tour le bourreau qui ne semblait pas l'entendre de cette oreille. Essayant d'ouvrir les paupières, le trappeur se rendit compte qu'une des deux ne répondait pas aux ordres de son cerveaux et restait close, sans doute trop gonflée. Qu'importe, un œil était bien suffisant pour voir les silhouettes des deux hommes se faisant face, prêt à se jeter l'un sur l'autre, ce qui ne tarderait pas à arriver. Le bourreau se projeta d'ailleurs d'un coup sur son nouvel ennemi, et ne mis pas longtemps à le désarmer. La carrure filiforme du négociateur ne jouait pas en sa faveur face à la brute épaisse qui s'approchait de plus en plus de lui, mais il ne se laisserait pas faire, il pouvait le voir dans son regard. A un contre un, et sans arme, il n'avait pas beaucoup de chance, mais à deux. Ce mec venait de lui sauver la vie pour la deuxième fois en moins d'une heure, il était temps de lui rendre la pareille.


Lentement, le visage couvert de ses cheveux souillés, Khaaleb rassembla ses longs membres sous lui, cherchant dans tout son être ce qui lui restait de force et de détermination. Des sensations de déchirures faisaient trembler chacun de ses gestes, mais il refusait d'y céder. Soufflant comme un bœuf, hurlant sans qu'aucun son ne sorte de sa gorge, il poussa sur ses bras, contractant chacun de ses muscles qui criaient au supplice. Il finit par se mettre debout, immense, terrifiant, couvert de sueur, de terre et de sang, un œil aveugle, l'autre posé sur les deux corps qui s'affrontaient devant lui. Avec une rapidité que ni ses blessures ni sa taille ne semblaient rendre possible, il fondit sur eux, et ouvrant grand ses bras de colosse, il en entoura le torse et la nuque du bourreau. Surpris, ce dernier essaya de se débattre, ne comprenant pas tout de suite ce qui se passait, mais la prise du géant était trop forte, et il serrait, serrait de toutes les forces qu'un homme résolu, un homme qui n'avait plus rien à perdre, pouvait avoir. L'amérindien serrait, serrait encore, torse et gorge, plaquant son corps contre celui de l'autre, soufflant et hurlant un cris animal en même temps que l'autre sortait des gargarismes inarticulés, le soulevant de terre comme une marionnette désobéissante. Sourd aux coups qu'il essayait de lui donner, sourd aux pieds qui le frappaient, battant dans le vide, Khaaleb serrait, encore et encore, transporté par une rage sourdre, profonde et primitive. Il serrait, étouffant l'autre, faisant craquer le cartilage de sa gorge. Dans un dernier cris, alors qu'il le sentait sombrer,  il le fit reposer pieds à terre, et desserrant la prise de son bras sur son torse, il saisit fermement sa mâchoire et le haut de son crâne, et tourna, tourna, tourna. L'autre n'eut pas le temps de penser, pas le temps de crier. Un craquement sinistre résonna, et la lumière de vie de ses yeux s'éteignit. Le géant lâcha, et le bourreau tomba au sol, désarticulé comme une poupée de chiffon. Sans prendre le temps de regarder sa victime, le sang encore bouillant d'adrénaline, l'amérindien chercha la barre de fer avec laquelle le dénommé Torgeir l'avait roué de coups. Lorsqu'il la trouva, il s'en saisit, et retournant vers le corps sans vie, il la leva au dessus de lui et l'abaissa avec toute la violence qui lui restait, visant ce crâne où le virus ne tarderait pas à s'activer. Il frappa, frappa encore, il frappa comme un dément, il frappa jusqu'à ce que le sang de l'autre se mêle au sien, et qu'une matière répugnante sorte de sa boite crânienne. Os, sang, cervelle. Là, il planta la barre, restant crispé dans ce dernier geste de longues secondes. Figé dans sa propre horreur.


S'arrachant enfin à la contemplation morbide de ce qu'il avait fait, Khaaleb lâcha sa prise et fit quelques pas en arrière, hagard, reprenant la conscience de son corps et de la douleur qui l'habitait. Il devait pourtant encore tenir. Ce n'était pas fini. A bout de force et de souffle, il redressa la tête vers l'homme qui lui faisait face. Qu'allait-il faire à présent ? Qu'allaient-ils faire ? Ils s'étaient entraidés sans se connaître, et pourquoi ? Les raisons semblaient encore floues au grand brun. De plus en plus las et faible, il s'appuya contre un tronc tout proche, se tenant les côtes d'une main tremblante.


« Où sont les autres ? » demanda-t-il d'une voix rauque qui le surpris lui-même. En plus du cadavre à ses pieds, il avait aussi tué une femme de ce groupe et assommé un garçon. Mais il ignorait ce qu'était devenu l'autre homme, le premier qui l'avait attaqué et qu'il avait blessé avant de s'enfuir. Il ignorait aussi s'ils étaient plus nombreux encore. L'idée de se retrouver en face de nouveau ennemis précisément à ce moment là ne l'enchantait guère. Il savait qu'il n'aurait plus la force d'affronter un nouveau combat.

Un craquement dans les bois le fit sursauter. Il pris alors conscience du bruit dont il avaient été à l'origine. Ne pas encore voir de rôdeurs à l'horizon relevait du miracle, il ne fallait pas tenter la chance plus loin.


« Je f'rai mieux de partir... j'veux pas refaire une mauvaise rencontre... ça... ça va aller... j'habite pas loin...» Articula-t-il non sans difficulté. Il se sentait de plus en plus mal. De la sueur perlait à son front et son teint palissait à vue d’œil. Il avait trop forcé et perdu trop de sang. Il ne pourrait pas rentrer jusque chez lui dans cet état. Il le savait. A moins qu'une aide lui soit apportée ?

 
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