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 Wake me up before I drown - ft James



Logan Dwyerd
The pain doesn't go away

à propos
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Ancien métier : Professeur d'histoire de l'art et d'arts visuels à l'université de Kelowna
Occupation : Bricolage, maintenance et parfois expédition
Statut civil : Anciennement marié, surement veuf aujourd'hui
Lieu de naissance : Dans le trou du cul du Québec

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Messages : 85
Inscription : 29/09/2019
Crédits : Homemade
Célébrité : Pablo Schreiber

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02.10.19 8:48
Wake me up, before I drown

    James & Logan

    


Les yeux fermés, Logan semble dormir, le visage calme et serein, la tête légère et un mince sourire aux lèvres. La brise marine qui charrie des effluves entêtantes d'algues et de varech se glisse contre sa peau, doucement, comme la caresse d'une amante délicate, le faisant parfois frissonner. Les poils de son corps se hérissent alors, des lames fines vers le ciel. Il fait frai tout autour de lui, mais c'est supportable, agréable même. Logan semble dormir. Des grains de sable portés par un coup de vent lui fouettent le flanc, pourtant, il ne se réveille pas. Peut être qu'en fin de compte il ne dort pas vraiment.
Un peu plus loin, face à lui, enfin c'est ce qu'il pense car ne voit toujours rien, il y a la mer. Il entend nettement le bruit fracassant des vagues qui s'écrasent sur la plage, le roulement des galets dans le ressac régulier. L'humidité est présente aussi, elle se colle à ses cheveux, à ses joues, à sa peau, lui donnant un goût salé d'iode.
Un croassement résonne dans l'air de la crique. Un croassement fort, perçant, et qui résonne aux oreilles de Logan comme un commandement. Alors Logan ouvre les paupières comme s'il sortait d'un rêve, le sommeil prend fin. L'homme plisse les yeux, porte sa main en visière. Le soleil, qu'il ne voit pas dans le ciel gris, inonde pourtant la scène d'une lumière d'aveugle. Sa rétine douloureuse, il lève pourtant la tête, cherchant l'oiseau qu'il trouve volant non loin au dessus de lui. C'est un oiseau noir comme la nuit, un corbeau ? Oui, un corbeau. Il est immense le corbeau, et il plane comme un oiseau de proie cherchant son futur repas. Quittant l'observation de l'oiseau noir, Logan balade ses yeux sur le lieu où il se trouve. Pourquoi est ce que tout lui semble si familier ? Pourquoi a-t-il l'impression d'être déjà venu ? Chaque pierre, chaque rocher, tout lui est connu et à la fois il ne sait pas où il est. Le vide. Un nouveau son résonne dans l'air, un son étrange, à la fois beau et sinistre. Il est partout ce son, comme si des haut-parleurs célestes le diffusaient depuis la voûte du ciel. Pourtant, un peu plus loin sur la plage, Logan voit une grand forme blanchâtre, et tout de suite il sait que c'est de là que le son vient. Il s'agit des ossements d'une créature marine, sans doute une baleine, échouée ici bien longtemps auparavant. Ses chaires ont été mangé, rongé, digéré, et il ne reste que quelques os, fragments de son être grandiose. Le vent, jouant comme un musicien, passe entre les côtes titanesques de la créature. Le son provient de là. Logan ne sait pas pourquoi, mais il est comme attiré par ce son. Il veut rejoindre le corps de la baleine, s'allonger dans sa puissante cage thoracique comme un poisson avalé tout rond. Mais alors qu'il veut faire un pas en avant, quelque chose retient Logan qui baisse les yeux et comprend. La moitié de son corps nu est enterré dans le sable. De ses pieds à sa taille, on ne voit rien, ils ont disparus, ensevelis. Posant ses deux paumes au sol, l'homme contracte ses muscles, ses bras, son dos. Il serre les dents, se tord, essaye de bouger ses pieds qu'il ne sent même plus. Mais rien n'y fait, rien ne bouge. Le sable est comme une chape de béton qu'on aurait coulé autour de lui. Et pire encore, il semble que plus il essaye de s'en sortir, plus son corps s'enfonce dans ce sable-béton qui le grignote petit à petit. Le cœur de Logan s'affole, de la sueur commence à perler à son front. Il sait qu'il ne pourra pas se sortir de là, pourtant il continu, s'enfonçant toujours plus. Déjà, il n'y a plus que la moitié de son buste qui sort du sol. Il redouble d'effort, grogne comme un animal coincé, jure, hurle, appel à l'aide, mas il n'y a ici que le corbeau loin dans le ciel et ces os blancs de baleine morte. Un bruit de tonnerre se fait entendre, sourd, proche. Logan lève les yeux. Les vagues approchent de plus en plus et de plus en plus vite. Bientôt elles seront sur lui. Bientôt. Vite. Logan crache, tire, pousse, force, rien n'y fait, les vagues sont là. Il n'y que le temps de lever la tête pour être recouvert par l'ombre de la vague qui s'abat sur lui. L'eau salée rentre par sa bouche, son nez, rentre dans ses poumons. Le vide revient.


« Vite !! portez le là !! Le brancard !! Vite !! Il faut arrêter l'hémorragie !!


Le corbeau croasse dans le ciel, loin, loin au dessus de lui. L'air est frai ici aussi, mais ce n'est plus agréable. La brise ne caresse plus, elle fouette comme un bourreau sadique. Les odeurs d'iode et de varech sont toujours là, mais moins fortes, plus subtiles. Ici, ce sont des effluves de fleurs de bruyères qui lui picotent le nez. Le ressac des vagues frappant les rochers est toujours là, mais comme en sourdine.Tout à l'air lointain, perdu dans les bourrasques de vent. Le corbeau croasse au dessus de sa tête. Logan ouvre les yeux dans un sursaut, le rêve s'arrête en même temps qu'il commence. Un champ de fleurs violacées et de bosquets de mousse s'étend à ses pieds sur le plateau de la falaise dominant l'océan déchaîné aux reflets irisés. A nouveau un chant dans l'air balayé de vent, une petite voix angélique, haut perchée, une petite silhouette rousse marche le long d'un sentier tracé dans la bruyère. Le corbeau noir vole au-dessus de la petite silhouette infantile, se dédouble, et bientôt il y a deux oiseaux au dessus de l'enfant dont les cheveux semblent en feu. Mais ce n'est pas la tête de l'enfant qui brûle, mais une torche qu'il-elle porte à la main. Les flammes sont rouges comme le sang frai, et dansent comme des petits génies. Un peu plus loin, au bout de la falaise, il y a une petite église en pierres grises et rugueuses. Du lichen en recouvre une partie du toit et des murs. Mais le clocher brille comme s'il était fait d'or liquide. Droit et stoïque malgré le vent qui se fait toujours plus fort, la silhouette de l'enfant avance vers la chapelle solitaire, sa torche à la main, les deux oiseaux noirs se posant sur chacune de ses épaules. Logan veut aller voir, Logan aussi veut porter la torche aux flammes dansantes, Logan veut être l'enfant. Mais à peine a-t-il fait un pas en avant, qu'un bruit sourd résonne sous lui. Un grognement chthonien de quelques créatures souterraines. Une rage enfouie et qui se réveille. La terre tremble, se craquelle, s'éventre en longues fissures. La falaise tombe sous lui, et Logan tombe avec la falaise dans le vide. Un peu plus loin, la chapelle brûle.


« Comment vas-t-il ? » « Pas terrible...le choc a du être terrible pour le mettre dans cet état... mais on a évité le pire... »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux dans un sursaut. Il n'y a plus de vent et il n'y a plus d'iode ici, mais c'est comme une mer qui s'étale à ses pieds. L'homme se trouve dans une salle immense, comme un grand couloir de cathédrale. Il n'est pas seul cette fois, une foule entière marche autour de lui, comme des milliers de fourmis qui passent, le contournent, avancent vers un but qui lui est inconnu. Ces fourmis sont des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards. Ils ont tous le dos courbés, les vêtements en lambeau. Un murmure commun, rauque, sort de leurs bouches aux mâchoires claquantes, comme une litanie sordide dans l'air de la salle aux murs immenses. Ils sont tous morts. Cette pensée s'imposent à Logan comme une évidence, une vérité. Ils sont tous morts, et pourtant ils marchent. Logan détourne les yeux de ces fourmis-hommes-morts, leur vue lui est intenable, ça lui fait mal dans la poitrine, ça le ronge, ça l'angoisse. Logan regarde alors les murs devant lesquels plane le corbeau noir. Ce qu'il avait pris pour des vitraux de cathédrale sont en réalité des multitudes de tableaux. Intrigué, l'homme regarde ces tableaux, mais malgré tous ses efforts, alors qu'il plisse les paupières pour mieux voir, il ne voit rien d'autres que des formes sombres et incertaines. Les couleurs des peintures ont noircies, elles se sont couvertes de cloques et de résidus visqueux, de moisissures. Ce qui reste des représentations, des corps peints, ne sont plus que des monstres grotesques et terrifiants. Vierge démon, angelots décapités, chevalier-roi pourri. Une main tire sur la main de Logan, détournant son attention des tableau horribles qui l’effrayent. Au bout de cette main qui tire, il y a un bras, et après ce bras, le corps d'une femme. La femme le regarde, et il la regarde aussi, mais elle n'a pas de visage. Derrière ses longs cheveux noirs, il n'y a qu'une face vite, l'artiste a oublié de dessiner ici les yeux, le nez et la bouche. Logan a un mouvement de recul, mais la main le retient. La femme grandit alors, elle prend de plus en plus de place, elle s'approche. Il est entièrement dominé par la femme, emprisonné par la main qui ne tient plus que sa main mais tout son corps entier. La femme brune sans visage se penche sur son visage à lui, elle pose un baiser sans lèvres sur ses lèvres à lui. Il ferme les yeux. Il a peur de devenir fou à regarder la sans-visage. Son baiser est froid et chaud à la fois, doux et rugueux en même temps. Il rouvre les yeux, avec l'incroyable envie de se lover dans ses bras immenses. Mais déjà la femme se retourne, et comme un brise glace sur la banquise, fend la foule de fourmis-homme. Il n'y a plus de main dans la main de Logan, il n'y a plus rien pour le tirer. Elle part. Et rien ne la retient. Logan veut la suivre, mais à peine a-t-il mis un pied devant l'autre, à peine a-t-il fait un seul pas, que les morts autour de lui cessent de n'être que des spectateurs. Leurs murmures rauques deviennent des cris, ils se jettent sur lui, griffes et dents déchiquetant tout ce qui peut leur tomber sous la main. La peau de Logan part en lambeau au fur et à mesure qu'ils le dévorent vivant. Mort.


«Non je ne comprends pas... la blessure est en train de guérir, mais il reste dans cet état...mais il n'est pas dans le coma. Non en fait, je crois qu'il dort... »


Le corbeau croasse au dessus de lui, loin dans le ciel. Logan ouvre les yeux en sursautant. C'est la nuit. Des étoiles ponctuent le ciel dans un schéma dense et aléatoire. La voie lactée inversée, grandiose de formes et de couleurs, danse dans la voûte du ciel nocturne. Il n'y a plus de vent, il n'y a plus d'air, il n'y a pas de nuage non plus puisqu'il voit les vers luisants célestes. Pourtant, il pleut. Des gouttes fines, un rideau mouillé tombe dans le paysage désolé d'une lande déserte. Des bosquets épineux couvrent une pente douce où serpente un chemin. Alors, Logan se rend compte qu'il court, qu'il court à perdre haleine sous le fin rideau de pluie qui a un goût de sucre et d'épices. Les épines lui déchirent les vêtements, la peau des jambes et des bras. Au dessus de lui, plus proche, l'oiseau-totem vole à vive allure, lui injectant de faire preuve de plus de célérité. L'homme a mal, chacun de ses muscles se contractent, ils ne veulent plus avancer, pourtant il court toujours, et toujours plus vite. Le corbeau croasse. Il faut se dépêcher. D'un mouvement rapide, Logan jette un coup d’œil derrière son épaule. Quelque chose avance, quelque chose de mauvais. Une matière visqueuse et purulente se glisse entre et sur les bosquets de la lande, mangeant les feuilles vert d'émeraude et les fruits qui pourrissent sur place. Le mal avance, encore et toujours, le mal qui ronge. Logan court, il court toujours plus vite. Déjà il est à la moitié de la pente qui devient de plus en plus raide. Il doit forcer, ne pas faire attention à ses couteaux plantés dans son ventre, dans sa tête. Il doit avancer. Des amoncellements de crânes percés de trous ponctuent le chemin qui serpente. A qui sont ses crânes ? Se demande-t-il en courant toujours plus vite de ses grandes jambes. Ce sont les tiens lui répond le corbeau noir dans un croassement juste à côté de son oreille. Enfin, Logan arrive au sommet de la colline, au bout du chemin. Ici, il n'y a plus de bosquets ni d'arbustes piquants, il n'y a rien. C'est une plaine nue qui s'étend à perte de vue sous le ciel noir. Il avance. Il sait qu'il y a quelque chose. Il y est. Des pierres, grandes comme des arbres, l'entourent dans un cercle régulier sous la Lune rouge qui se lève. Leur face sont gravées de symboles dont il ne comprend pas le sens. Mais alors qu'il est au centre du cercle de pierres, le mal qui ronge arrive, se glisse jusqu'aux mégalithes, remplissant chaque gravure comme une rivière qui retrouve son lit. Alors les pierres dressées pleurent des larmes rouges, et ces larmes rouges coulent aux sols par les gravures. Elles forment sur le sol d'autres gravures qui coulent alors vers lui, sur lui, dans lui. Sang.


« Alors ? » « Toujours rien...il a encore fait un cauchemar... »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. Son corps bat vite, trop vite, et fort, trop fort. Il est en nage, chaque morceau de vêtement qui le couvre est trempé de sueur et de sang. De sang ? Son sang. Le sang de Logan coule de sa tête et de son flanc. La douleur est terrible, vibrante, lancinante. Elle trouble sa vue, fait trembler ses jambes qui le portent à peine. Il a l'impression de ne plus rien entendre, et pourtant sa tête bourdonne, comme si elle était une cloque qu'on aurait trop sonné. Il avance comme il peut Logan, titubant, homme ivre sans alcool. Il court puis trébuche, se rattrape au tronc sec d'un pin. Des aiguilles couvrent sa veste, mélangé à la résine et à ses propres fluides corporels. Logan ne ressemble plus a rien. Il a l'acier en bouche. Il se tient le ventre humide de rouge. Il avance. La cabane est là, il la voit enfin, cachée derrière un champ de fougères. Elle est là. Il est là.
La porte de la petite cabane des bois est ouverte. Elle ne devrait pas être ouverte. C'est une cachette, une cachette ne devrait pas être ouverte. Si elle est ouverte, on peut rentrer, si elle est ouverte, on peut... Logan se fige, ce qui reste de sang dans son corps se glace, il reprend sa course, oublie sa tête et son ventre, oublie de boiter sur cette cheville tordue. Logan arrive à la cabane. Son souffle se coupe. Il ne respire plus. L'unique pièce est vide, hormis quelques outils qu'on a depuis longtemps abandonnés sur place. L'unique pièce est vide. Elle ne devrait pas être vide. Il devrait être là. C'est ici qu'il l'a caché. Il devrait être là. Mais tout ce qu'il y a là ce sont les outils oubliés, et une flaque de sang frais sur les planches vermoulues du parquet. Logan tombe à genoux. Un sanglot silencieux crispe son visage dans un rictus atroce, la douleur vient de l'intérieur. Il se penche au sol, pose ses mains dans la flaque de sang qui est le sien après tout. Le sang de son sang. Il plonge le visage dans le liquide rouge et poisseux, il veut s'y noyer, il a mal, il pleure et cris et gémit et pleure. Il a mal.
Alors, l'oiseau-totem entre dans la pièce dans un battement d'ailes, et au moment où il va toucher le sol, il se transforme en garçon au visage étrange. L'enfant-oiseau pose son regard borgne sur la créature pathétique qu'est Logan, il lui sourit d'un sourire étrange, lève l'index de son main droite qu'il pose sur ses lèvres. L'autre index, celui de la main gauche, il montre un des murs de la cabane. Le silence se fait, l'enfant-oiseau sourit. Il redevient juste un oiseau, un œil noir, un œil bleu, et il s'envole à travers la tête de Logan.
Un cris.


« Tenez le bon sang !! TENEZ LE !! Il fait une nouvelle crise !! »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux dans un sursaut. L'air entre dans ses poumons douloureux. Un haut-le-cœur le prend. Une odeur infâme lui envahit le nez. Une odeur de vase, d'eau croupie et de putréfaction. Une crampe le saisit, lui tord le ventre, le force à se pencher en avant et à vomir une bile noire et glaireuse dont sortent des serpents qui tombent dans une petite nappe d'eau brunâtre. Sans se défaire de son malaise, Logan se redresse, essayant sa bouche du revers de sa manche. Il regarde autour de lui. Il fait moite ici, moite et sombre. Des petites touffes d'herbes hautes jalonnent des étangs malodorants aux berges de tourbe. Les marais s'étendent à perte de vue, jusqu'à se perdre dans la brume du crépuscule. Ça et là, des feux de Bengale sont plantés dans le sol mou et spongieux, éclairant vainement les abysses. Leurs flammes tremblotent sous une brise immobile, encadrant le centre de l'image. Dans ce centre, sur un trône de bois flotté, une femme. Sand doute est-elle belle cette femme, dans sa robe à fleurs avec ses nattes de part et d'autre de son visage. Elle porte aux doigts des bagues d'os, et ces doigts jouent et pianotent une flûte d'onyx dont sortent des notes graciles. L'air est doux, lent, triste. Une marche funèbre, un requiem. Autour de la femme avec sa robe à fleurs, ses nattes, sa flûte et son beau visage, au delà du cercle des flammes, dansent d'autres silhouettes de femmes. Mais elles ne sont pas belles ces femmes, elles font peur, drapées qu'elles sont dans des voiles noires flottant dans l'air comme si elles étaient sous l'eau. De leurs bouches grandes ouvertes comme des trous béants sortent des champs qui répondent à la flûte. Des crissement, des raclements de gorge, des rires aigus. Dans ce spectacle macabre, à travers la brume et dans le rougeoiement des torches, tombe la foudre sans tonnerre. Elle semble suivre les silhouettes noires la foudre, mais c'est comme si elle avait un coup de retard, une seconde. Elle frappe toujours là où elles étaient, un instant après. Le corbeau vole au dessus de la scène, zigzague entre les éclairs aveuglants, et va se poser sur l'épaule de la femme qui joue toujours.
Logan lève la tête vers le ciel. D'immenses nuages s'y amoncellement.
Un éclair tombe et lui déchire le crâne en deux. Foudre.


« Combien de temps va-t-il rester comme ça ? » « J'en sais rien... »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. Il est à la plage, dans une petite crique tranquille où l'air est doux et où le vent souffle comme une caresse, charriant des effluves d'iode qui colle à la peau. Le bruit des vagues le berce comme le berce la musique du vent entre les côtes de la baleine échouée un peu plus loin, dans les dunes. Il a envie d'aller s'allonger dans la baleine, il a envie d'être protégé par elle. Il n'y aura plus aucun problème si il arrive à l'atteindre. La baleine est une mère, elle est la mère, la mer. Mais Logan a la moitié du corps prise au piège du sable, comme si un gamin s'était amusé à l'enterrer pour lui faire une farce. Logan lutte, il se débat, Logan tire, pousse, il essaye de dégager ses jambes, mais tout ce qu'il arrive à faire, s'est s'enfoncer encore plus dans le sable qui le grignote petit à petit. Les vagues approchent. Déjà, elles l'éclaboussent, et toujours ce sable qui lui prend la moitié du torse. L'ombre de la grande vague lui cache la lumière du soleil absent. Elle tombe sur lui. L'eau l'entoure, rentre dans son nez, dans sa bouche, dans ses poumons. Mort.


« Qu'est ce qu'on fait ? Ça fait des jours qu'il est comme ça ? Si seulement on savait ce qui s'était passé ? »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. Il est sur la falaise. L'odeur de bruyère lui pique les narines. Au loin, le ressac des vagues contre les rochers le fait frissonner, ou bien est-ce le vent qui ici souffle comme s'il n'avait plus rien à perdre ? Le vent souffle, comme un géant sur les flammes de ses bougies d'anniversaire. La flamme de la torche portée par l'enfant-roux elle ne vacille pas, elle avance vers l'église aux pierres grises et vermoulues sur le bord de la falaise. Il n'y a que lui qui voit le sentier, qui le connaît. Logan ne le connaît pas. Logan a oublié. Le corbeau se dédouble, et deux corbeaux se posent sur les épaules frêles de l'enfant-roux. Logan fait un pas en avant. La terre gronde et s'ouvre sous lui, il tombe et la chapelle est en feu. Mort.


« La fièvre est revenue... il délire. »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. Il est dans le musée cathédrale avec les morts qui marchent en troupeau autour de lui, comme une onde coulante. Il a peur, ils lui font peur. Les tableaux aussi lui font peurs et ils pleurent. Ils pleurent du pus comme des choses malades et infectées. La main dans sa main le tire, et il se tourne vers la femme sans visage qui l'embrasse et le quitte. Les morts se jettent sur lui et le mangent comme s'il était la dernière chose comestible sur terre. Mort.


« ça ne peut plus durer... on ne peut plus utiliser nos provisions pour une épave pareille !! »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. Il court dans la lande avec le mal qui ronge et qui ronge tout ce qui pousse et tout ce qui vit. Il court à en perdre haleine, ignorant la douleur de ses muscles, déterminé par la seule peur. Logan court, et l'oiseau-totem court avec lui dans l'air. Il grimpe la côte et passe devant les petits autels de crânes troués. Des asticots grouillent à l'intérieur. Enfin, il arrive au sommet de la côte, sur le plateau nu où se dressent les immenses pierres levées gravées. Dans le ciel alors qu'il est au centre du cercle, se lève une lune pleine et rouge comme le sang qui pleure des mégalithes dès lors que le mal qui ronge les ronge. Le sang coule, forme des formes étranges sur le sol, sur ses pieds, sur ses jambes, sur son corps, dans son corps. Mort.


« Non... aujourd'hui ça va... il dort. »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. Logan a mal. Du sang coule de sa tête et de son ventre. La douleur est terrible et le fait tituber comme un homme ivre, ou bien est-ce à cause de cette cheville qui le fait boiter ? Logan avance pourtant, il avance vers la cabane où il l'a caché. Il doit faire vite. L'homme voit la cabane enfin, mais ce qu'il voit surtout, c'est la porte ouverte, grande ouverte. Elle ne devrait pas être ouverte la porte. Non. Il lui a pourtant dit de la garder fermée cette porte. Il a mis le bébé dans les bras de la femme et lui a dit de bien rester là, de rester à l'abri, enfermée. Alors pourquoi est ce que la porte est ouverte ? Logan court vers la cabane, il oubli la douleur. Il s'agrippe au linteau de la porte. Il tombe au sol, ses genoux craquent dans un bruit sinistre. Une flaque de sang sur les planches de la petite pièce. Rien d'autre que du sang. Logan gît dans le sang, mêlant son sang au sang du sol. Il pleure, il gémit comme un enfant. Comme cet/son enfant. Logan a mal en dedans. Le corbeau entre dans la cabane et se transforme en ce jeune garçon borgne au sourire étrange. Il pose son index sur ses lèvres, sourit, pointe le mur tout proche et redevient un oiseau noir, un œil onyx un œil lapis. Et il fonce dans le cerveau de Logan qui éclate. Mort.


« Merde ça recommence !! Aide-moi !! Il faut l'attacher !! »

Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. Dans le marais au milieu de la brume du crépuscule, une femme très belle joue de la flûte. Elle trône sur un siège en bois flotté et autour d'elle, les Banshees dansent avec les éclairs dans leurs voiles de deuil. La foudre tombe sur Logan. Mort.


« Alors ? » « Toujours rien... demain peut être. »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. La mer, le vent, le sable, la musique dans les côtes de la baleine, la vague qui le recouvre. L'eau. Mort.


« Ses plaies se sont refermées...il n'a rien...c'est à lui de décider de revenir... »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. La falaise et la bruyère. L'enfant roux et la torche. L'église de granit et de lichen. La terre qui gronde, la chute. L'église en flammes et l'enfant-aux-deux-oiseaux qui le regarde. Mort.


« C'est une bombe à retardement ce mec !! Un jour il va se lever et tous nous buter... ça doit cesser !!  »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. Le musée et ses tableaux morts. La femme sans-visage. Le baiser, les morts qui le mangent. Mort.


« Encore un jour... »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. La lande où le mal qui ronge avance. Ses crânes trépanés, les pierres levées, la lune de sang et le sang qui coule des larmes. Dans sa bouche. Mort.


« Je ne sais plus... »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. La porte de la cabane est ouverte et du sang macule le sol de bois. L'enfant-oiseau fait le signe du silence et lui explose le crâne. Mort.


« On doit en finir !! »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. La femme qui joue de la flûte dans la brume. Les fantômes qui dansent avec les éclairs. La foudre qui tombe. Mort.


« Reviens.... »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut.


« Reviens... s'il te plait... »


Le corbeau croasse. Logan ouvre les yeux en sursaut. Tout est noir autour de l'homme. Il se tient nu dans le rien, dans le vide, dans son immensité. Il n'y a rien autour de lui. Il n'y a que l'oiseau-totem qui lui fait face, avec ses yeux vairons, l'un noir l'autre bleu. Le corbeau le regarde. Le temps passe. Le noir s'étend. Il occupe une partie de sa tête à lui. Le mal ronge. Il a mal. Il est couvert de sang. Il est vide. L'oiseau le regarde. Il ouvre le bec, mais ce n'est pas un croassement qui en sort, c'est une voix. Une voix familière.
« Réveille toi Logan. »

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Une douleur lancinante envahit le crâne de l'ancien professeur. Alors même qu'il était encore plongé dans le noir, il sentit comme une lame  de couteau plongée dans sa cervelle, plantée de la pointe à la garde depuis sa tempe droite. Levant doucement une de ses mains vers sa tête, il posa ses doigts sur ce qu'il compris être un épais pansement retenu par un bandage soigneusement enrubanné. Les picotements, comme des aiguilles sous sa peau, qu'il sentit à ce contact lui firent comprendre que c'était de là que venait ses douleurs. Il grimaça et reposa sa main le long de son corps.
Il avait été blessé à la tête. Mais... comment ? Les yeux toujours fermés, Logan essaya de plonger dans sa mémoire, cherchant ce qui avait bien pu causer ce genre de dégâts. Mais rien ne lui revenait. C'était le vide, le noir et le néant. Un black-out ? Avait-il encore trop bu ? Ça lui arrivait, et plus souvent qu'il ne voulait bien l'admettre. Depuis plusieurs mois, il passait de plus en plus de temps dans le bar qui se trouvait entre l'université et son appartement. Jusque là, et bien qu'il s'était plus d'une fois mis minable, il avait toujours réussi à s'en sortir sans rien de pire que des contusions. Et surtout, il n'avait jamais été jusqu'à oublier plusieurs heures. Ça avait vraiment du être une sale journée pour qu'il abuse à ce point. Oui... oui une salle journée. Les élèves avaient été infect, beaucoup avaient encore oublié de rendre leur devoir. Et cette demande de subvention qui avait encore été refusée. De quoi se noyer dans un verre ou deux. Mais de là à se retrouver la tête façon maharadja... quand même. Logan essaya de fouiller dans sa mémoire, mais impossible d'ouvrir ces tiroirs-ci. Verrouillés. Peut être avait-il été percuté par une voiture en rentrant chez lui, ivre mort. Peut être avait-il percuté le trottoir en voulant se rattraper. Le choc expliquerait peut être aussi la douleur sur son abdomen, et celle de sa cheville. D'ailleurs, c'était tout son corps qui lui faisait mal à bien y penser. Comme si ça faisait des semaines qu'il n'avait pas bougé. Sans doute un contre coup de la gueule de bois.
Doucement, comme s'il sortait d'un profond sommeil, le grand roux sentit chacun de ses sens reprendre vie. Paume ouverte, il passa ses doigts sur les draps qui le recouvraient. Ils étaient rugueux, et surtout, leur odeur n'étaient pas celle de la maison. Prenant une profonde inspiration, Logan étudia les odeurs de la pièce dans laquelle il se trouvait. Il y avait des effluves de médicaments, d'alcool. Un hôpital ? Oui, un hôpital collerait avec l'hypothèse de l'accident, et expliquerait le bandage. Papillonnant, ses paupières s'ouvrirent enfin, éblouies par la lumière de la fenêtre entrouverte. Avec méthode, l'ancien professeur détailla la pièce. Ce qu'il vit en premier fut ce brancard sur lequel on l'avait couché, puis les meubles en métal patiné aligné contre le mur peint dans une couleur vert amande particulièrement infâme. Pourquoi est ce qu'ils utilisaient toujours ces nuances pour les hôpitaux et les écoles ? La tête toujours douloureuse, Logan tourna le regard vers le reste de la pièce qui ressemblait à une infirmerie. Des lits vides étaient disposés de façon régulière, attendant des patients à soigner. Ils y avaient quelques moniteurs de contrôle ainsi qu'un vieil ordinateur, mais ils étaient tous éteints. Étrange. Étrange d'ailleurs que les autres lits ne soient pas occupés. Étrange qu'il ne soit pas plutôt dans une chambre. Il y avait quelque chose dans le scénario qui clochait.
Soudain, un bruit attira son attention. Immobile comme un enfant pris en faute, Logan fit glisser son regard vers la source du bruit. Il n'était pas seul dans l'infirmerie. Un jeune homme était là aussi. S'il portait un stéthoscope autour du coup, il n'y avait pas de blouse blanche sur ses épaules. Ses vêtements, s'il lui semblaient propres, n'avaient rien de ceux d'un médecin. Le grand roux fronça les sourcils. Il ne connaissait pas ce jeune homme, il ne se souvenait pas lui avoir déjà parlé, ni même d'avoir déjà entendu son nom. Pourtant, il lui donnait une étrange impression de déjà vue. Une sensation désagréable. Une douleur dans sa tête. La situation commençait à lui déplaire fortement. Prenant la décision de se lever, Logan se rendit alors compte que ses jambes étaient retenues, attachées aux chevilles au cadre du lit, tout comme sa main gauche. Pourquoi donc l'avait-on attaché ? Qu'est ce que c'était que cette connerie ? Sentant son sang commencer à bouillir, il repoussa les draps violemment, sans prêter attention à l'autre qui de toute évidence avait enfin du voir que son patient avait émergé. Sous les draps, Logan se rendit compte qu'il ne portait pas la chemise de nuit ridicule qu'on mettait d'ordinaire à ceux qui avaient besoin de soin. Il ne portait d'ailleurs même pas ses vêtements de la veille. Ceux qu'il portait semblaient vieux, usés, rapiécés. Ces habits n'étaient pas les siens, il ne les connaissaient pas. De plus en plus énervé, Logan essaya de détacher son poignet gauche, tirant comme un forcené sur la lanière, arrivant plus à se faire mal qu'à se dégager.


« C'est quoi ce BORDEL PUTAIN DE MERDE !!!" Cracha-t-il en se débattant violemment comme un animal pris au piège. " OU EST CE QUE JE SUIS ??!! POURQUOI VOUS M'AVEZ ATTACHÉ ??!! »
    
    
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James A. Walsh
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04.10.19 7:27
La sueur perle sur son front, glisse, tombe à terre dans un fracas silencieux. La porte claque. Seul. Le voilà seul. Une longue inspiration irradie ses poumons, relance le mécanisme de son esprit. Les pas s'éloignent dans le long couloir, au dehors de cette grande pièce close. Choisie pour l'espace qu'elle offre. Ses mains se crispent sur le métal froid du lavabo, une seconde perle de sueur explose contre le métal. Ils tremblent, ses bras. Elles tiennent bon, ses jambes. Yeux clos, il prend une seconde inspiration, plus longue. Plus lente. Et il relève enfin son regard, le plante dans celui, face à lui, qui l'observe. Un jeune homme, dépassé. D'un geste ferme, il vient essuyer la sueur sur son front. Il les voit, les cernes du garçon. Imposantes, mais surtout, douloureuses. L'absence d'un sourire étreint son coeur, ce garçon sourit, normalement. Toujours. Mais aujourd'hui, il ne sourit plus. Le temps n'est pas à l'allégresse. Il l'observe, cet homme face à lui, parce que depuis ces dernières années, il n'est plus un garçon. Le temps a obligé l'enfant à grandir, le temps l'a forcé à repousser ses limites, à oublier ne serait-ce qu'un temps les jeux absurdes de sa jeunesse. Alors, le garçon est devenu adulte. Et lorsqu'il l'observe, ce nouvel homme, il pense à sa soeur. A celle qui aurait voulu que cela arrive plus vite. A celle qui s'est toujours sacrifiée pour lui...
Face à lui, il voit l'homme. Dans le reflet du miroir. Il reste planté là, longtemps. Les mains encore humides, des traces de sang sous les ongles. Elles tremblent, encore. La peur déchire ses tripes, l'adrénaline le garde éveillé. Il en oublie presque ses côtes encore terriblement douloureuses. Il les sent, brisées, se reconstruire doucement d'elles-même. Mais peu importe... Peu importe la douleur, peu importe le fracas contre ses tempes. Par-delà le miroir, derrière son reflet, il voit le double de l'infirmerie. Et la pénombre, dévorer lentement les lits, un à un. Et dans celui-là, au fond, gît une silhouette. Sa poitrine se soulève, il vit.
La peur contracte la veine sur son front, ses sourcils froncent toujours, depuis qu'ils sont venus le chercher dans sa chambre, en trombe. Bruits de course et cris d'alarme explosant le silence apaisant des couloirs vides de l'hôpital. Un blessé. L'un des leurs. Jamais il n'a couru aussi vite, jamais il n'a hurlé aussi fort.

- Vite !! Portez-le là !! Le brancard !! Vite !! Il faut arrêter l'hémorragie !!

Le sang. Trop de sang. Le coeur qui se débat, la vie qui s'échappe. Et trop de sang. La mort... Il refuse la mort. Pas tant qu'un battement résiste. Hurlant des jurons dans sa langue, il rage contre tous et menace quiconque s'approcherait de trop près pour le gêner. Il donne des ordres. Les regards persistent, ils observent et lui, il doit sauver. Il doit faire vite, trop de sang. La mort guette...

Ses mains relâchent le métal, il se retourne, vif. Le soleil s'est levé, deux jours se sont écoulés. Il ne quitte plus l'infirmerie. Les cernes sous ses yeux grandissent de jour en jour, l'on s'inquiète pour lui. Mais lui, le médecin, celui sur qui l'on compte, balaye cette absurdité. Lui n'est pas sur le fil, le funambule sombre toujours dans ce sommeil sans fin. Le funambule respire, dans le seul lit occupé. Le jeune homme s'approche de lui, se frotte pensivement les mains, observe son patient. Son ami.
Logan.
Son expression s'assombrit, il se penche. Et entreprend d'effectuer ses soins. Les minutes s'égrènent, les heures s'écoulent et le doc ne quitte pas le chevet du funambule. Retirer une flèche, extraire une balle, rien n'est comparable à cette vision qui ne le quitte plus. Un ami qui se vide de son sang. Un ami qui meurt, doucement. Entre ses mains. Les visites se succèdent, de temps en temps, les questions pleuvent. Et dans ses veines, le doc sent la colère monter. Car ces questions tournent constamment autour d'une vérité. Va-t-il survivre ? Est-ce utile de le garder ici ?

- Comment va-t-il ?

Le jeune homme sursaute, se retourne à nouveau. Dans l'encadrement de la porte, Daniel observe le médecin. Mais plus encore, son regard glisse sur la silhouette endormie. Et James soupire, reprend son travail.

- Pas terrible. Il faut que je sois constamment là, au cas où. Le choc a dû être terrible pour le mettre dans cet état... J'ai bien cru que j'allais le perdre, mais on a évité le pire. J'y crois.

Le lendemain, d'autres visiteurs. La même colère qui bouillonne dans les veines du médecin. Il jure quelques secondes dans son irlandais natal, avant de répondre une nouvelle fois aux questions incessantes.

- Non, je ne comprends pas. Et c'est pas la peine de venir me faire chier tous les jours, j'vous dirais si ça s'améliore. La blessure est en train de guérir, mais il reste dans cet état. Je fais de mon mieux, putain, mais il n'est pas dans le coma. C'est déjà une bonne chose... Non en fait, je crois qu'il dort... Peu importe, laissez-moi faire mon travail !

Il se sent impuissant. Les blessures guérissent, les plaies se referment. Et le sang ne coule plus. Son coeur bat, sa tension est stable. Tout semble revenir à la normale. En d'autres circonstances, le doc serait fier de lui. Seulement... il ne s'agit pas d'un patient. Ce n'est plus un test, ni même un examen. Là, dans ce lit, plongé dans un sommeil de cent ans... un ami. Plus que cela, un homme qu'il admire. Quelqu'un qui lui ressemble et qui le comprend. Son poing se crispe. Alors que cinq jours sont passés, un visiteur passe à nouveau. Agaçant.

- Alors ?

- Toujours rien. Il a encore fait un cauchemar.

Le ton de James monte légèrement. Cette nuit a été agitée. Somnolant sur l'un des nombreux lits vides, un cri l'a tiré de son rêve. En sursaut, il s'est jeté vers son ami, ignorant ses côtes fraichement brisées. De tout son poids, il s'est forcé de stopper les dangereux spasmes du funambule sur son fil, hurlant à pleins poumons que l'on vienne l'aider. Trois silhouettes ont accourues. Grimaçant, le doc a réagit, si vite. Des sangles, pour l'empêcher de rouvrir ses plaies.

- Tenez le bon sang !! TENEZ LE !! Il fait une nouvelle crise !!

Il a recommencé, quelques jours plus tard. Une nouvelle crise. Et James, lui, a encore ignoré les signaux de ses propres blessures. La douleur revient, plus forte. Et lorsqu'Elijah s'est inquiété pour lui, il a sourit et fait mine de rien. Pourtant, son corps entier hurlait au supplice de la brûlure de ses côtes meurtries. Peu importe, lui est en vie, éveillé. La douleur n'est rien, tout finira par se réparer. Par s'arranger.
Assis sur un tabouret, menton plongé dans le creux de ses mains, James est pensif. Il l'observe, son ami toujours endormi. Il l'observe jour après jour, il change les pansements, jour après jour. Et depuis la veille, il ne prend plus aucun anti-douleur. Longue inspiration, prendre le contrôle du mal. Logan a besoin de ces médicaments, lui, il peut faire sans... essayer, en tout cas. Et il essayera.

- Combien de temps va-t-il rester comme ça ?

Qui est-ce ? Peu importe. James ne tourne même plus la tête, il répond. Et retient les sentiments qui s'agitent alors dans sa poitrine. Il garde son regard fixé sur le visage si calme de son ami.

- J'en sais rien...

- Qu'est ce qu'on fait ? Ça fait des jours qu'il est comme ça ? Si seulement on savait ce qui s'était passé ?

L'irlandais soupire.

- Peu importe ce qu'il s'est passé, je vais lui sauver la vie. Maintenant, dégages.

La porte claque. James ferme les yeux. Les rouvre. Le voilà étendu sur le sol froid de l'infirmerie, cinq jours ont passé. Toujours rien. Logan respire, Logan vit. Pourtant le funambule danse toujours au-dessus du vide. Les crises se sont stoppées, le doc a pris la décision de le détacher. Et il attend, il ne dort plus. Les gens ont cessé de venir, moins souvent. Ils demandent simplement, au travers d'un couloir, comme si l'on demandait la météo. Et James, lui, il rage. Son irascibilité augmente, il manque souvent d'en coller une à certains... Une silhouette fait naître une ombre dans la pièce. Il se dresse aux pieds de l'irlandais qui baisse les yeux. Il ne sourit pas, se relève. Agacé de devoir quitter le sol glacé, il grimace. Ses blessures sont moins douloureuses, se rappellent tout de même à lui.

- La fièvre est revenue, j'ai doublé la dose de médicaments, il délire.

James prend les devants. Annonce la couleur. Le silence s'éternise entre les deux hommes, le médecin s'apprête à changer les pansements. Il ne l'a pas encore fait aujourd'hui.

- James, ça ne peut plus durer comme ça... Regardes-le, on ne peut plus utiliser nos provisions pour une épave pareille !!

PAN. Le visiteur sursaute. Une goutte de sang perle sur le sol. Poing enfoncé dans le mur, James fixe la barbe rousse qui reprend ses droits sur le menton du dormeur. Son bras ne tremble pas, sa voix reste claire. Et son visage se durcit, plus encore.

- Ici, c'est moi qui décide. Et tant que je serais aux commandes de l'infirmerie, JE décide quelles épaves je garde ici. Et Logan... n'est pas une épave. Toi en revanche, si tu te casse pas direct, j'vais te faire regretter d'avoir insinuer c'que t'as insinué.

L'atmosphère gronde, la colère jubile dans son antre. Le doc ne se retourne pas, n'attend qu'une chose. Entendre les pas du visiteur qui s'éloignent. Ils ne tardent pas. Le doc se retrouve à nouveau seul aux côtés du funambule. Son poing quitte la pierre, pend contre sa hanche, les battements de la douleur grondent, l'irlandais les ignore. Il observe toujours ce visage qui semble si tranquille...

- Non, pas de nouvelle crise, aujourd'hui ça va, ça fait quelques jours qu'il ne se passe rien, il dort.

Quelques jours, il y a cru. James a cru que tout s'améliorait, que peut-être il se réveillerait. Ou du moins qu'il cesserait ses crises, rouvrant ses blessures. Une douce utopie...

- Merde ça recommence !! Aide-moi !! Il faut l'attacher !!

La décision est prise. Les sangles seront maintenues, jusqu'à son réveil. Hors de question qu'il se blesse plus encore. Cette dernière crise fut celle de trop, le doc fut forcé de soigner à nouveau la plaie à son abdomen. Le sang a à nouveau recouvert le sol. Trop de sang... Trop de temps. Pourquoi ne se réveille-t-il pas ? James ne dort plus. Il consulte tous les registres, les dossiers qui trainent dans l'hôpital à la recherche du moindre cas identique. Ou presque. Il veut trouver la solution, trouver des réponses. Alors, il retourne l'hôpital, les tiroirs, grogne lorsque l'on veut le raisonner. Il sauvera Logan. Il le réveillera, coûte que coûte. Un dossier l'interpelle, un autre presque similaire réveille un souvenir de fac de sa mémoire. Un cours, une analyse pratique. Il se souvient... Ses souvenirs se réveillent. Et les jours s'écoulent toujours, alors qu'il griffonne des notes au dos du dossier d'un vieil arthritique, assis sur le sol froid de l'infirmerie, des feuilles et autres cas jonchant les dalles autour de lui.

- Alors ?

Il sursaute, ne se retourne pas. Toujours ce type, toujours ces questions. Daniel.

- Toujours rien... J'ai trouvé des cas intéressants, j'vais t'épargner les détails. J'ai bon espoir qu'il se réveille, demain peut être. Ses plaies se sont enfin refermées. Il n'a plus aucunes blessures externes, il n'a rien. Maintenant, c'est à lui de décider de revenir. On ne peut rien faire de plus.

Pas de réponse. Sa présence, dans son dos, le dérange. Et le silence qui s'installe alourdit l'atmosphère, James continue de griffonner sur le papier. Et soudain, la voix de Daniel brise le silence, plus forte.

- C'est une bombe à retardement ce mec !! Un jour il va se lever et tous nous buter et toi tu reste là à t'épuiser pour lui. On peut pas continuer comme ça, ça doit cesser !!

Les feuilles glissent au sol. Le crayon retombe à terre. Doucement, James relève le menton, fixe les draps retombant sur le lit où repose son ami. Il l'observe quelques secondes, laisse le silence à nouveau envahir la pièce. Et enfin, il se relève. Se retourne, s'approche du visiteur. Leur visage, à présent si proches, se confrontent l'un à l'autre. Et plongeant son regard dans le sien, Daniel peut y lire toute la haine du monde. Calme, le coeur battant un rythme d'adagio, l'irlandais entrouvre les lèvres, pousse un soupire. Et d'une voix caverneuse, il pose un ultimatum.

- Encore un jour. Encore un jour où tu te ramènes pour dire des conneries, encore un jour où tu tente de convaincre quiconque d'abandonner l'un des nôtres, je te jure que j'te l'fais regretter. Peu importe l'avis du groupe. J'te démonte. Tu l'approche pas.

L'électricité envahit l'air, le volcan entre en éruption. Il répond, le visiteur, sans le moindre éclat de peur sur son visage.

- James, vois la vérité en face, ça fait des semaines qu'il est comme ça ! Et il nous bouffe tous nos médocs, y en a qui en ont plus besoin que lui et qui vivent ! Je ne sais plus comment te le dire... Logan est devenu un poids !!!

Le mot de trop. D'un geste ferme, vif, l'ancien boxeur s'empare du col de celui qui lui fait face. De son autre main, plaquée contre son torse, il le force à reculer. Le plaque contre le mur. Pas une seconde ils ne se quittent du regard. Pas une seconde l'un ou l'autre émet un semblant de peur. La colère prend, ses flammes s'élèvent, hautes dans la pièce. Et James ne se contrôle plus. La fatigue rend ses décisions moins claires, le rend plus irritable. Susceptible. Son poing se relève, épouse le mur. Encore. A quelques centimètres du visage de l'homme. La veine sur son front bat à tout rompre, son bras ne tremble pas. Daniel est le premier à briser le silence.

- On doit en finir !!

- VAS TE FAIRE FOUTRE !!

PAN. Nouveau coup contre la pierre. Des éclats de béton s'envolent, ce n'est pas un jeu. James ne plaisante pas. Qu'il approche de son ami, qu'il fasse le moindre faux pas. La colère hante le corps du médecin, il défendra son ami contre ceux qui veulent en finir. Il le défendra, parce qu'il n'abandonne personne. Jamais. Ici, c'est sa famille. Personne ne reste en arrière. Personne n'est abandonné.

- Casse-toi.

D'un souffle, il prononce ces derniers mots. D'un geste, il le relâche vers la sortie, Daniel manque de tomber à terre, se rattrape de justesse au mur. Et James, lui, se retourne. Le message est passé. Il s'en va, vers le lit du funambule, prend place sur ce siège qui ne quitte pas son chevet. Et il soupire, parce qu'il reconnait l'évidence. Il ne peut le garder ici indéfiniment... Un jour, il faudra prendre une décision. Et ce sera à lui de la prononcer. Le médecin...
L'irlandais se retrouve seul, encore, dans l'infirmerie. Des heures se sont écoulées depuis l'incident, sans qu'il ne bouge de son siège, menton crispé entre ses mains. Regard perdu dans le vague, pensées meurtries des paroles prononcées. Et il murmure...

- Reviens.... Je t'en conjure. Reviens avec nous, on n'en a pas encore fini avec toi... s'il te plait...

Il plonge son visage entre ses mains, laisse échapper un long soupire. Perdre n'est pas dans ses habitudes... Il refuse l'échec. Il refuse la mort...

- Réveille toi Logan.

Le lendemain. Debout près du lavabo, il prend des notes sur le dos d'un dossier vierge. Aujourd'hui encore, tout va bien. Seul son esprit n'émerge pas, toujours plongé dans cet état second. Il s'inquiètes, James. Bientôt, il devra rendre des comptes. Cela fait depuis bien trop longtemps... Lorsqu'il sera temps, il faudra prendre des mesures. S'occuper de... mettre un terme à tout ça. Le coeur du garçon se serre à cette idée. C'est un échec...
Un bruissement dans son dos éveille son instinct plus qu'il ne perturbe son oreille sourde. Doucement, il se retourne. Et laisse retomber le dossier à terre. Il croise son regard. Logan... Lorsque ce dernier commence à se débattre, à repousser violemment les draps, James croit à un mirage. Rêve-t-il ? Il tente de détacher son poignet gauche, il semble sonné. Le médecin s'approche doucement, comme s'il s'attendait à retrouver le corps endormi de son ami au lieu de... ça. Il tire comme un dingue sur les sangles, il va finir par se blesser. L'irlandais fait alors un pas plus grand, s'approche jusqu'à pouvoir presque le toucher. Le cri de son ami le prend de court.

- C'est quoi ce BORDEL PUTAIN DE MERDE !!! OÙ EST-CE QUE JE SUIS ??!! POURQUOI VOUS M'AVEZ ATTACHÉ ??!!

Il se débat, tente de se détacher, comme un animal effrayé. Et James ne comprend pas... Vous ?

- Logan, calme-toi ! Tu vas te blesser !

Le médecin aimerait faire quelque chose, impossible. Il ne peut pas le détacher, pas dans ces conditions. Agité, énervé, il va se blesser. Ou blesser quelqu'un d'autre... Des pas résonnent dans les couloirs, des silhouettes entrent en trombe dans l'infirmerie. Les cris du funambule ont attiré le monde. James accourt à l'entrée, leur barre la route.

- NON ! Sortez de là, tout va bien, j'ai pas besoin de vous. Il est réveillé, oui, mais il n'a pas besoin d'un public, il délire. Laissez-nous, je m'en sors très bien seul.

D'un calme étonnant, mais le coeur battant à tout rompre, il met dehors les curieux, referme la porte derrière eux. A clé. Regard planté contre le bois vieilli de la porte, il inspire longuement. Derrière lui, Logan s'agite toujours, crie toujours. Il a besoin d'une minute... il doit réfléchir, prendre quelques secondes. Il doit rassembler ses esprits... James se retourne, s'avance sans flancher vers le lit de son ami. Visage trahissant la panique qui le gagne, il se tient debout à côté de lui. L'observe se débattre. Le coeur s'emballe, au rythme du sien. Quelle serait la bonne réaction ?
De ses deux mains, James plaque l'ancien professeur contre son lit, de toutes ses forces. Pour l'empêcher de bouger. Il rapproche son visage du sien, son souffle s'emballe comme le sien.

- C'est moi, James ! Calmes-toi ! Je suis là pour toi, tu n'es plus en danger ! Arrêtes, je t'en supplie ! Logan !

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Logan Dwyerd
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06.10.19 13:06
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    James & Logan

    


Comme un animal sauvage qu'on aurait mis en cage, Logan criait, se cabrait, poussait, tirait de tout ce qui restait de ses forces de géant sur les liens qui le maintenaient au lit. Il ne comprenait pas ce qu'il faisait là. Il ne comprenait pas ce qui lui était arrivé. Un sentiment de peur et de rage faisait bouillir son sang dans ses veines comme de l'eau sur le feu.
Sa voix de stentor résonnait dans toute la pièce et très certainement dans les couloirs qui l'entouraient. Logan s'en foutait qu'on l'entende. Logan voulait être entendu ! Il voulait qu'on le libère et qu'on lui explique pourquoi il était là, pourquoi il avait été blessé et plus que tout pourquoi il était attaché à ce putain de lit d'hôpital comme le dernier des fous furieux ! Mais le professeur avait beau de débattre comme un diable, jurer dans toutes les langues qu'il connaissait, les lanières tenaient bon. Serrant les dents, bavant, les yeux exorbités par l'effort, il essayait de faire passer sa main immense par la boucle, mais il n'arrivait qu'à écorcher la peau de son poignet.

Il devait sortir de là à tout prix. Un horrible sentiment d'anxiété lui serrait la poitrine, comprimait l'air de ses poumons. Mais pourtant il criait toujours, comme si sa vie en dépendait. Le grand roux le sentait au fond de lui, quelque chose ne tournait pas rond, pas rond du tout !! Et ce quelque chose, c'était lui !! Il y avait un problème, quelque chose clochait sans qu'il parvienne à mettre le doigt dessus. Son esprit était désespérément vide, il avait beau chercher, il n'arrivait pas à se souvenir de ce qui avait pu le mettre dans cet état. Cette impression lui était étrangère, d'ordinaire, Logan se souvenait toujours de tout !! Sa mémoire était presque absolue, il n'oubliait presque jamais rien ! Ça ne pouvait pas être que l'alcool ça non !! ça devait être quelque chose d'autre !! Qu'est ce qu'ils avaient bien pu lui faire pour qu'il sente à ce point un vide en lui. Quelque chose n'allait pas, et de ne pas savoir quoi le rendait fou.


« Détachez moi !! Qu'est ce qui se passe ici BORDEL !! DETACHEZ MOI IMMÉDIATEMENT !! » continuait-il sans se soucier de faire un scandale, sans se soucier de qui pouvait bien l'entendre ou même de déranger qui que ce soit. Il voulait juste qu'on l'entende, qu'on lui explique. Bien sur, il savait pertinemment qu'on ne le détacherait pas s'il continuait ainsi, et qu'on ne lui en dirait pas plus sans qu'il se soit calmé, mais pour le moment, il lui était impossible de se calmer. Il y avait trop de frustration et de colère en lui pour qu'il se calme !! Il avait besoin d'exploser. Ça faisait trop longtemps qu'il était emprisonné dans ce lit.
Alors qu'il ruait toujours dans le brancard (cette expression n'a jamais autant trouvé son sens...), il entendit d'autres cris, des appels et des bruits de course dans le couloir. A travers la porte ouverte, il aperçu des visages apparaître. Il chercha des blouses de médecin, d'infirmière !! Mais il n'y avait que des visages inquiets, paniqués même. Des visages qui ne lui disait rien, hormis un ! C'était celui d'une de ses étudiantes. Elle semblait assez mal en point, les traits creusés, amaigries, les cheveux sales et mal coiffés. Pourtant, il l'avait encore vu la veille fraîche et coquette traverser le campus au bras de son petit copain. Comment est ce qu'elle avait pu se retrouver dans cet état !! Est ce qu'il lui était arrivé quelque chose à elle aussi ? Était-ce un hasard qu'elle soit dans le même hôpital ?? Est ce que quelque chose c'était produit à l'université !! Tous les scénarios possibles et imaginables défilèrent dans son esprit, sans qu'un seul ne lui semble tenir debout. Une nouvelle vague de peur et d'angoisse traversa la poitrine de Logan qui recommença à se débattre plus fort que jamais alors que le jeune homme fermait la porte sur les curieux. Ça commençait à bien faire !! Non en fait s'en était déjà trop!!

Reportant toute son attention sur la sangle qui maintenait son poignet gauche, Logan tira, tira, tira encore, serrant les dents, le visage rouge déformé par l'effort et par la douleur. Du sang commença à tinter le drap coquille d’œuf du lit, mais rien de plus ne se produisait. Le professeur se sentait à bout, il explosait !! La barre qui tenait la sangle commença à se tordre doucement, mais elle ne lâcherait pas !! Elle était fait pour. Le maintenir prisonnier !! Alors, gesticulant dans tous les sens, ruant, se basculant d'avant en arrière comme un démon, il tenta de faire se renverser le lit, mais c'est alors que le jeune homme s'approcha de lui pour le plaquer dans le fond du matelas. Contrairement à ce qu'il pouvait sembler au premier abord, le garçon était bien plus costaud qu'il l'aurait cru, et faiblard comme il se sentait avec cette impression de gueule de bois qui ne le quittait pas, il se fit maîtriser bien que non sans efforts. Furieux de ne pas pouvoir continuer ses exercices, Logan essaya de donner des coups de pieds, ce qui ne fonctionnait bien sur pas vu que ses pieds étaient eux aussi maintenus au lit. Le sentiment d'oppression était de plus en plus fort, ses yeux injectés de sang regardait dans tous les sens en essayant de trouver une solution, une porte de sortie !! Est ce qu'on allait le laisser comme ça ?! Non !! il fallait qu'il continu !! Et si on ne le laissait plus bouger, il lui restait au moins sa voix pour hurler tout son saoul.


« Que je m'arrête !!?? » Répondit-il à la supplique du jeune homme. « QUE JE M'ARRÊTE !! C'EST VOUS QUI ME RETENEZ CONTRE MON GRÉ ET VOUS VOUDRIEZ QUE JE M'ARRÊTE !!?? MAIS BORDEL VOUS ÊTES QUI ??!! D’OÙ EST CE QUE VOUS CONNAISSEZ MON NOM PUTAIN ??!! » La rage le faisait postillonner sans gène, et il crachait ses mots avec autant de force que si ça avait pu être des points dans la gueule. « Et puis c'est QUOI CET HÔPITAL DE FOU OU ON ATTACHE LES GENS COMME CA MERDE ?!! JE M'ARRÊTERAI QUAND J'AURAI ENVIE DE M'ARRÊTER VOUS ENTENDEZ !! ET PUIS JE VEUX VOIR UN RESPONSABLE TOUT DE SUITE !! TOUT DE SUITE VOUS M'ENTENDEZ !! PUTAIN DE BORDEL DE MERDE !! TOUT DE SUUUUUUITE !! ENCULE DE MERDE !! JE VEUX VOIS UN RESPONSABLE ET JE VEUX QU'ON APPELLE MA FEM...AAAAAaaaaaaaaarg !!!»


Sa voix se tue d'un coup, mourant dans sa gorge dans un gargarisme grotesque. Une douleur perçante, comme si on venait de lui enfoncer une perceuse dans la tempe droite, résonnait dans tout son crâne. La souffrance était terrible, vive, comme un poison mortel qui se rependait dans chacune de ses synapses. Le souffle coupé, il ouvrit de grands yeux ahuris avant de fermer les paupières. Sa bouche s'ouvrait et se refermait, comme s'il cherchait de l'air, un poisson hors de l'eau. La puissance du choc compressait sa tête qu'il sentait sur le point d'exploser, de se fendre en deux. Des aiguilles acérées se plantaient une à une, descendant le long de sa colonne vertébrale, tétanisant chacun de ses muscles. C'était comme si on avait mis sa tête au feu, ou plutôt comme si on l'avait plongé d'un coup au fond d'un lac gelé. Il n'arrivait plus à rien, oubliant que l'instant d'avant il essayait de se détacher, oubliant l'homme qui le maintenant toujours contre le matelas du brancard, il n'arrivait même plus à penser.


Une longue minute, peut être deux, passa. Doucement, la peine diminua progressivement, quittant lentement son crâne douloureux. Une respiration sifflante sortit de son nez en même temps qu'un râle quitta sa gorge. Il revenait à lui, difficilement, mais il revenait. La rage semblait être partie en même temps que le mal, et bien que ses muscles étaient tous encore figés, il se calmait. Ses paupières s'ouvrirent, papillonnant quelques instants. Voir la lumière du jour lui était compliqué, ça faisait mal de revenir à la réalité. Mais sa réalité était un rideau de fumée noire qui occupait chacune de ses pensées. Il ne comprenait pas, il ne comprenait rien, et il se sentit soudain fatigué, si fatigué.
Tellement fatigué en vérité qu'un sanglot d'épuisement secoua son dos de géant. Relevant sa seule main libre, il la posa sur son visage déformé par une grimace et dont les yeux se remplissaient déjà de larmes. Il ne comprenait plus rien. Il ne savait plus rien. Il avait oublié.


« Mais putain c'est quoi cette merde... où est ce que je suis... » marmonna-t-il à bout de forces. S'en était trop pour le simple professeur qu'il était. Ou qu'il avait été. « Qu'est ce qui m'arrive à la fin... »

    
    
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James A. Walsh
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16.10.19 12:43
Les mots blessent, comme des milliers de minuscules aiguilles acérées. Pourtant, James tient bon, ne relâche pas la pression et tente de calmer l'homme hors de contrôle, de toute ses forces. En vain. Il rue, Logan, il donne des coups de pieds, essaye tout du moins, il hurle. Et ses yeux fous, injectés de sang, roulent d'un coin à l'autre de la pièce, cherchant la moindre échappatoire. La porte de sortie. Il hurle. Et les mots qui explosent blessent le garçon, qui ferme les yeux. Les cris l'atteignent de plein fouet, il voudrait l'aider, le détacher, mais il sait que quelque chose cloche. Plus encore lorsque Logan lui demande qui il est... James rouvre les yeux, les plante dans ceux de son ami, qui hurle toujours ces mots destructeurs. Il l'observe s'égosiller, tenant fermement ses épaules contre le lit. Et la colère grimpe dans les veines de l'irlandais. A quoi bon crever d'inquiétude, de peur, se tuer à sauver un homme s'il termine par vous hurler dessus ainsi ? Il le sait, ce n'est pas de sa faute, à Logan. Il est perdu. Et quelque chose semble anormal...

- SI TU LA FERMES JE PEUX TE REPONDRE !

Hurler plus fort, pour se faire entendre. Crier pour qu'il cesse de se débattre, crier pour l'empêcher de refaire couler le sang. Hurler pour oublier les paroles blessantes, la menace permanente dans la voix de cet homme qui est pour lui plus qu'un simple compagnon d'infortune. En Logan, il se reconnait. Plus âgé, mais à l'identique. Impulsifs, imprévisibles. Et cet homme se débattant dans ce lit, il aurait pu être à sa place. Il aurait pu hurler sur un ami, pour se dégager de ces sangles. James est cet ami. Et lorsque la voix de l'ancien professeur meurt dans sa gorge, emportant ses derniers cris, le doc s'inquiète. Il ignore que faire, tous ses réflexes semblent disparaître alors qu'il peut lire la douleur sur le visage de son patient. Sa bouche s'ouvre, se referme, comme s'il suffoquait. Que pouvait-il faire ? Toutes les blessures sont guéries ou en voie de l'être. Impossible que ce soit cela... Il le relâche légèrement, puis tout reprend son cours. La douleur semble diminuer, sa respiration, d'abord sifflante, reprend, lorsqu'un râle s'arrache à sa gorge. Il revient à lui. Et lorsque James observe son visage, il n'y voit plus la rage. La sienne s'éteint presque aussitôt. Logan se calme, ses paupières s'ouvrent.
L'irlandais relâche les épaules de son ami, s'éloigne d'un pas. Bras ballants contre son corps, il reprend ses esprits. Et lorsqu'il observe son ami, mettre sa main contre son visage, lorsqu'il voit des larmes rouler sur ses joues, il ressent soudainement le besoin de faire quelque chose. De ne surtout pas rester là, immobile. La voix de l'ancien professeur le sort de sa rêverie à cet instant. James lève ses mains, en signe de paix, puis refait un pas en avant.

- Je suis médecin, je suis James. Je dois t'examiner. Je peux ?

Il attend la permission, craignant que son patient ne recommence à hurler et à se débattre. Il est important d'obtenir son consentement, tant pour qu'il ne se blesse pas à nouveau que pour lui-même. James a besoin d'entendre qu'il peut le soigner, d'entendre qu'il peut l'approcher. Le choc doit être terrible, pour Logan, de se réveiller ainsi après des semaines, il doit retrouver des repères et surtout prendre le contrôle, malgré qu'il soit ainsi ligoté à son lit. Il doit penser avoir le contrôle. James doit regagner sa confiance.
Accord obtenu, le médecin s'approche, gardant un oeil sur cette main libre. Doucement, il soulève le t-shirt, enlève délicatement le pansement de son abdomen. Les sutures se sont un peu rouvertes, mais rien de grave. Sans le moindre geste brusque, James se retourne, s'empare de quoi nettoyer tout ça et refaire le bandage.

- Tu ne te souviens plus de rien ? Tu ne me reconnais pas ?

Quelque chose cloche. Logan semble si perdu, loin dans un autre monde. Le médecin a beau tenter de trouver une explication, ses doutes n'en mènent qu'à une seule. Des troubles de la mémoire. La seule question qui se pose, est-ce un simple redémarrage de quelques heures, de quelques jours, ou est-ce permanent ?

- Tu ne te souviens pas de l'hôpital ? Tu es à l'hôpital de Kelowna. Tu as été blessé, il y a plusieurs semaines, tu es tombé dans le coma. Les gars t'ont ramené ici en quatrième vitesse, j'ai cru que t'allais crever. Et les sangles, c'était pour t'empêcher de te blesser, tu faisais des cauchemars. Tu as convulsé, un jour.

Ses gestes sont précis, James jette quelques coups d'oeil à son ami, pour observer son visage qu'il craignait ne plus voir s'éveiller. L'irlandais remet un pansement, rabat le t-shirt. Ses mains se stoppent quelques instants, il se tourne vers Logan.

- Quelle est la dernière chose dont tu te souvienne ?

James parvient, non sans efforts, à ne pas afficher une expression sincère d'inquiétude. L'irlandais hésite un instant, garde la bouche entrouverte. Puis prend une décision. Il lui faut regagner la confiance de son ami, lui montrer qu'il n'est pas son ennemi. Qu'il n'a rien à craindre. Puisqu'il a oublié son visage...

- Je vais te détacher. J'aimerais que tu ne fasses pas de conneries comme essayer de me frapper ou de rouvrir encore tes plaies, j'ai pas envie de te recoudre encore. Je n'suis pas ton ennemi.

La première sangle est ouverte.

_________________

Some of us have to make mistakes. Some of us are human.

©endlesslove.
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24.10.19 13:51
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 James & Logan

    


Le vide.

Un vide sourd, sournois, sifflant tel un vent à ses oreilles. Un vide dans sa tête, un vide dans son cœur. Un trou, béant, profond dans son ventre.
Logan était perdu. Sa vision troublée par ces larmes qui montaient sans qu'il parvienne à comprendre pourquoi lui montraient comme superposées des images étranges de lieux inconnus. Un instant, le son des vagues afflua dans sa mémoire, une image floue d'oiseau noir dansant au dessus de lui, lui montrant le chemin en même temps qu'il le perdait dans ses propres limbes. Entre les doigts de cette main qui cachait son visage déformé par un rictus de peine et de trouble, il voyait la lumière, la vraie, plus celle des songes qui s'effaçaient. La lumière de la réalité était dure et âcre, elle blessait sa rétine, accentuait le mal dans son crâne.
Il n'y avait pas que sa tête qui était à la torture, tout son être criait face à cette souffrance tant physique que mentale. Après ses gesticulations pour se détacher de ses liens, tous ses muscles hurlaient d'avoir été si tôt sollicités. Le corps secoué de tremblements qu'il lui était impossible de réprimer, il essayait de comprendre, comprendre ce qui avait bien pu le mettre dans cet état, ce qui avait bien pu le conduire ici, sur ce lit d'hôpital. Mais plus il cherchait, plus le brouillard s'épaississait, devenant un mur opaque entre lui et les tiroirs bien rangés de sa mémoire. Qu'est ce qui lui arrivait ? Cette question tournait et tournait dans ses pensées qui étaient toutes tournées vers elle. Il se voyait, minuscule, à l'intérieur de lui-même, courant à en perdre haleine entre les étagères vides. Il n'y avait plus rien. Rien.

Doucement, sa main glissa, libérant ce visage. Ses paupières battirent l'air quelques secondes, comme s'il se réveillait une nouvelle fois. Son souffle, toujours court et saccadé, ne semblait pas vouloir se calmer, tout comme ce cœur qui battait encore la chamade. Pourtant, la colère glissait doucement de lui, comme le sang par une plaie ouverte. Il devait comprendre, il en avait désespérément besoin. Et pour cela, il savait qu'il allait devoir se calmer. Son impatience le tiraillait, mais moins que l'angoisse de savoir ce qui c'était passé. Avec lenteur, ses yeux qui étaient braqués sur le revêtement du sol remontèrent pour se poser sur cet inconnu qui se tenait maintenant à un pas de lui, les deux mains levées.

James ?

L'ancien professeur chercha pendant quelques secondes, essayant de remettre ce visage et ce nom qui pourtant ne lui disaient rien. Cette façon que l'autre avait de s'adresser à lui était familière, comme s'il le connaissait, mais alors pourquoi est ce qu'il lui semblait le rencontrer pour la première fois. Un ancien étudiant peut être ? Mais ses étudiants ne l'appelaient jamais par son prénom, et ils ne le tutoyaient pas. Non, pas un étudiant. Mais alors qui était-il ? Toujours allongé dans ce lit, Logan dévisageait le jeune homme d'un air incrédule et fatigué, scrutant les traits de son visage, sa silhouette. Rien. Rien de rien. Et la nouvelle information qu'il lui donna ne lui en appris pas plus. Un médecin ? Le géant n'avait jamais connu de médecin se nommant James. Jamais. Son médecin à lui ne s'appelait pas comme ça. Et il ne travaillait pas à l'hôpital mais dans un petit cabinet de son quartier. Non, décidément rien ne collait.
Il fallut quelques secondes à Logan pour sortir de sa logique mentale, quelques secondes pour comprendre ce que le médecin James voulait faire. L'examiner ? Oui, oui après tout ça ne serait peut être pas une mauvaise idée. Si quelqu'un pouvait l'éclairer un peu sur sa situation, ça ne pouvait être qu'un médecin, même si celui-ci lui semblait un peu jeune pour avoir fini son internat. Mais avait-il seulement un autre choix ? Avec tous ses hurlements et ses cris, personne d'autre n'était venu, pas une infirmière ni un personnel soignant. Il n'y avait que ce ptit gars là, un ptit gars qui semblait bien décidé à l'aider.
Les yeux toujours braqués sur le jeune homme, son visage reprenant une contenance qui lui était plus coutumière, Logan hocha la tête de haut en bas, lentement.
Lorsque le soit-disant docteur approcha ses mains, l'ancien professeur eut instinctivement un tressaillement de recul, comme si son corps essayait de se protéger inconsciemment contre toute forme de menace. L'espace d'un instant, son regard croisa celui du jeune homme. Une image trouble passa alors devant son regard, comme une diapositive en transparence. C'était le même visage qui lui faisait face, mais sans les marques de fatigues, sans les traces d'inquiétude. C'était le même visage, mais celui de son esprit souriait, riait même. Il parlait aussi sans qu'il puisse en entendre les mots. D'où venaient donc ces images qui déjà disparaissaient aussi vite qu'elles étaient venues ? Était-est un souvenir ? Est ce qu'ils se connaissaient vraiment ? et était-ce suffisant pour lui faire confiance ? Sans doute que non. Mais quelque chose pourtant poussait Logan à se détendre et à se laisser faire. Le médecin ne lui voulait pas de mal. Ça il en était certain.

Se laissant enfin faire, le grand roux s'allongea sur le dos pour lui laisser accéder à son abdomen, source semblait-il des inquiétudes du doc. Maintenant qu'il y faisait attention, il y ressentait une sorte de tiraillement particulièrement désagréable ainsi qu'une douleur à chacun de ses mouvements. Le voyant retirer un pansement, le professeur redressa la nuque, regardant perplexe cette plaie sur son ventre. Mais putain de bordel de merde qu'est ce que c'était que ça encore ?! Comment est ce qu'il avait fait pour se retrouver avec une estafilade de ce genre ? C'était comme si on avait essayé de lui tailler un bout de lui-même au couteau. La plaie était propre à défaut d'être nette, preuve qu'il avait fallu s'y reprendre à plusieurs fois pour le recoudre. Ce n'était pas encore cicatrisé, mais en bonne voie de rémission, à part sur une zone à vif qu'il avait rouverte en ruant comme un cheval de rodéo.
Choqué de voir cette nouvelle blessure, Logan se rendit alors compte qu'elle n'était pas la seule marque à couvrir son corps. Il y avait des cicatrices sur ses mains, sur ses bras, qu'il n'avait jusque là jamais vu. Est-ce qu'elles étaient toutes apparues en même temps que cette plaie sur son ventre ? Ça paraissait peu probable. Certaines semblaient anciennes ou au moins vieilles de plusieurs mois. Qu'est ce que ça voulait dire ?
Les yeux écarquillés, la bouche entrouverte dans une expression d'incompréhension totale, il laissa sa tête toujours douloureuse retomber lourdement sur le coussin mou, laissant le médecin œuvrer à son aise.


« Non... » fut le mot qui sorti de ses lèvres pour répondre à la question de son interlocuteur. Non... il ne se souvenait de rien. C'était pour lui de plus en plus une certitude. Il ne se souvenait ni de James, ni de cet endroit, ni de rien du tout d'ailleurs. Il ne savait plus, il ignorait, il avait oublié.
Ses yeux se perdirent dans le plafond. Des plaques de composites aux motifs de coquilles d’œufs occupaient l'espace, avec de grandes marques brunâtres là où sans doute s'était écoulé des infiltrations d'eau. Sur sa peau, il sentait à peine les mains du docteur nettoyer sa blessure, changer son pansement. Il n'y avait rien. Plus rien.
Parfaitement immobile, il écouta alors l'autre lui donner des informations qui vinrent s'ajouter au puzzle étrange de sa mémoire. Mais ses mots, s'ils apportaient quelques explications, soulevaient autant de réponses. Un coma. Des semaines de coma. Ça permettait de comprendre quelques points, de comprendre pourquoi il se sentait si mal, comme après avoir trop dormi ou après être resté allongé trop longtemps. Est-ce qu'on avait prévenu l'université au moins ? La perspective de ces semaines perdues lui donnèrent le vertige et il ferma les yeux. Il fallait y aller doucement, il fallait remettre les choses en ordre. Il y avait eu le coma, avant ça il avait été blessé, au ventre, et à en juger par le bandage qu'il avait sentit autour de son crâne, à la tête aussi. Mais savoir ça ne lui en expliquait pas le comment. Ça ne lui expliquait pas non plus qui étaient « les gars » qui l'avaient ramené ici. Des amis ? Des étudiants ? Des simples passants ? Plongé dans le noir de ses paupières, Logan essayait de remonter dans le temps, de faire machine arrière, cherchant quoi répondre à la question de James. De quoi se souvenait-il ? Il avait envie de répondre rien du tout. Tout était trop flou, trop lointain, comme si des années étaient passées. Sans doute un résultat du choc à la tête.
Les paupières toujours closes, il s'humecta les lèvres et laissa sa voix rauque en sortir.


« Je... je me souviens que j'étais à l'université. Il faisait froid, et il y avait de la pluie... beaucoup de pluie. Je devais finir de préparer une présentation pour un de mes cours... celui sur les avant-gardes... oui c'est ça, le cours d'avant-garde des premières année... et je parlais de Matisse... non, pas de Matisse... de Picasso... oui Picasso » sa voix diminua comme dans un murmure. Ses paupières s'ouvrirent à nouveau sur le plafond au motif tâché. Il se revoyait tapant sur le clavier de son ordinateur, plusieurs livres étalés devant lui sur son bureau. La pièce était vide, son collègue ne venait plus depuis quelques jours. Il devait encore être avec sa maîtresse, cette jolie petite historienne anglaise qu'ils avaient connu pendant un travail de recherche. Ou peut être autre chose... sûrement autre chose. « Je me souviens avoir quitté mon bureau... j'ai croisé une élève, je lui ai parlé... puis je suis sorti. J'aurai pu prendre mon vélo, mais il pleuvait déjà trop... j'ai couru sous la pluie... j'ai couru... j'ai... » Qu'est ce qui s'était passé ? Avait-il réussi à rentrer chez lui ? Il avait l'intime conviction que oui, mais à chaque fois qu'il essayait d'aller plus loin, il se cognait au mur de brume dans les étagères vides de sa mémoire. Il avait du se passer quelque chose à ce moment là... mais quoi... « C'est la dernière chose dont je me souviens... » finit-il par lâcher, incapable de donner plus à son interlocuteur. Baissant ses yeux sur le jeune homme, Logan croisa à nouveau son regard sans arriver à comprendre ce qu'il y voyait.
Est ce que lui avait la suite de l'histoire ?
Mais au lieu de la lui dire, le jeune homme fit quelque chose qui surpris le professeur. Il lui proposa de le détacher. Redressant la tête, il le scruta quelques secondes. Quelque chose lui intimait que le dénommé James se retenait de dire quelque chose, mais puisqu'il lui offrait une occasion d'être débarrassé de ses liens, le géant n'allait pas dire non. Il acquiesça une nouvelle fois.
Sans quitter le garçon des yeux, Logan le vit détacher un pied puis l'autre. Il pouvait sentir la tension dans ses doigts, voir la contraction de ses mâchoires. Enfin, sa seconde main fut libre. Immédiatement, le grand roux serra son poignet, frottant sa peau douloureuse et irritée. Puis, prenant une profonde inspiration, il bascula ses jambes dans le vide, poussant sur ses bras pour se mettre enfin en position assise dans un grognement animal. Il se rendit alors compte qu'il se sentait incroyablement faible, comme un jeune animal. Ca allait être plus compliqué que prévu. Il était si grand que ses pieds sans chaussures touchaient déjà le sol. Une étrange sensation de picotement les envahit. Ces quelques semaines allongées semblaient les avoir rendu faignant. Lentement, concentré comme jamais, le professeur serra les dents et contracta ses muscles afin de se mettre debout. Ce premier essai failli le solder par un échec s'il ne s'était pas agrippé fermement au bord du lit. Ses membres immenses tremblaient sous cette charge qu'ils n'avaient plus l'habitude de porter, et menaçaient de lâcher à tout moment, pourtant Logan tenait. Du coin de l'oeil, il vit James faire un mouvement vers lui pour l'aider, mais il leva la main pour lui imposer de ne rien en faire. Il allait y arriver, et il allait le faire seul. Soufflant comme un taureau, le visage figé dans un expression d'extrême effort, Logan regardait ses pieds qui lui semblaient si loin de lui. Doucement, à force de force mentale et de volonté, il réussi à avancer lentement un pied, puis l'autre. La douleur de ses muscles était toujours là, mais elle allait en diminuant au fur et à mesure qu'il reprenait le contrôle. Sa main quitta le rebord du lit pour venir se poser sur le métal d'un meuble, puis d'un autre. Avec une lenteur de funambule, le géant parvint à avancer dans la pièce pour enfin arriver devant un meuble mural dont une des portes était un miroir aux coins rongés de rouille. Ce qu'il y vit en premier fut le bandage qui lui entourait le crâne, soutenant un pansement à la tempe. Intrigué par ce reflet qui était pourtant le sien, Logan s'observa pendant quelques secondes. Quelque chose clochait encore. Ses cheveux et sa barbe ne pouvaient pas avoir poussé autant en quelques semaines. Il lui arrivait d'aller au travail sans se raser pendant plusieurs jours, il lui était même arrivé de se laisser pousser la moustache pour un pari avec un collègue, mais là ça faisait beaucoup. Levant la main, il passa le bout de ses doigts sur sa peau, en scrutant chaque détail, présentant à la surface lisse du miroir un profil puis l'autre. Est-ce qu'il avait toujours eu ces petites pattes d'oie au coin des yeux ? et ses marques sur son front ? Plus il se regardait, moins il avait l'impression que l'homme dans la glace était lui. Enfin c'était lui, mais comme une version un peu plus vieille. Une chose était sure, il avait changé. Et ce n'était pas un petit coma de quelques semaines qui avait pu transformer à ce point son visage et son corps.


Avec une extrême lenteur, Logan se retourna vers le jeune homme qui se trouvait toujours avec lui dans la pièce et qui le regardait l'air mal à l'aise. Maintenant qu'il était debout, le professeur était bien plus grand que le médecin et le dominait de toute sa taille. Sa bouche s'ouvrit, puis se referma, comme s'il cherchait les mots pour poser cette question qui était apparue avec le reflet plus vieux de lui.


« Quel jour sommes-nous ? Combien de temps est-ce que j'ai dormi ? »



Sa voix était dénuée de colère et d'agressivité, mais il avait parlé avec une fermeté terrible et une autorité sans comparaison. Il avait parlé comme il parlait à ses élèves, d'un ton ferme et sans appel.
Quelque chose clochait. On ne se réveillait pas d'un coma de quelques semaines en ayant vieillit de plusieurs années. Il voulait comprendre. Il devait comprendre.


« Que s'est-il passé ? »

    
    
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05.11.19 17:25
Logan ferme les yeux, se concentre. Et répond à la question du jeune médecin. Les sourcils de ce dernier se froncent. Il se souvient de l'université, du froid, de la pluie. Il semble ignorer la mort. Il se souvient d'une présentation qu'il devait préparer pour ses cours, il se souvient de Matisse, de Picasso. Mais pas de l'hôpital. Il ne se souvient plus du Lyssa... Sa voix diminue doucement, devient un simple murmure. Et James, lui, s'assied sur le siège à roulettes à côté du lit. Mains sur les genoux, il tord ses doigts les uns aux autres. Nerveux, obsédé par les souvenirs perdus de son ami, par sa mémoire vacillante. Les paupières de Logan se rouvre, l'irlandais ne le quitte pas des yeux, comme pour s'assurer qu'il ne repartira plus jamais. Logan reprend la parole, qu'il avait laissé au silence. Il se souvient de son bureau, d'avoir croisé un élève. Mais ne se souvient plus de Terrence, de Kaniel, de Nancy, d'Elijah, d'Imane... Oublié la petite princesse de leur famille recomposée. Il se souvient avoir couru sous la pluie, d'avoir couru, tellement, longtemps. Et c'est tout. Rien de plus...
Le médecin se relève, pour terminer de retirer les liens qui entravent le corps de Logan, ces sangles qui probablement l'ont empêché de se faire plus de mal encore. James libère son patient, mais ne perd pas un instant son ami du regard. Il l'observe, là, allongé dans ce lit bien trop blanc. Dans cette chambre aux murs qui le sont encore plus. Ce lit qu'il a si longtemps occupé, Logan, en est presque devenu un refuge, pour l'irlandais. Combien de nuit l'a-t-il observé ? Combien de nuit a-t-il veillé sur lui ? Le temps lui échappe. Et la douleur de ses côtes est toujours présente, malgré ce dernier qui passe, parfois plus lentement. Le temps s'est ralenti, pendant le coma de l'ancien professeur. Pour James, les minutes devinrent des heures. Les heures des jours. Les jours des semaines. L'attente lui semble à présent avoir duré une éternité...
L'irlandais revient vers le siège, reprend sa place. Et alors que son ami prend une profonde inspiration, bascule ses jambes dans le vide, le médecin baisse ses yeux au sol. Préoccupé. Comment lui annoncer ? Comment lui dire que dehors, tout a changé. Que de son université, il ne retrouvera rien. Comment lui expliquer que la mort grouille là-dehors, prête à vous dévorer. Littéralement. Comment lui expliquer pour... sa femme. Son fils. Ce fils qu'il n'a pu sauver, lui, le seul médecin capable de le faire... James s'en veut. Terriblement. Il aurait voulu sauver le petit, il aurait voulu pouvoir faire quelque chose. Il a échoué... Et il s'en veut. Alors comment fait-on pour expliquer à un homme que sa femme et son fils sont morts ? Des êtres dont il ne semble même plus avoir conscience...

James le voit, qui tente de se lever. Un réflexe le fait se relever, bras tendus pour rattraper son ami si jamais il devait tomber. Parce qu'il tombera, c'est certain. Peut-être pas tout de suite, mais plus tard. Lorsqu'il lui racontera tout. James s'est occupé de ses jambes, lors de sa convalescence. Les masser, s'assurer que rien de bien plus mal lui arrive. S'assurer que lorsqu'il en aurait besoin, elles seraient en état de marche. Ce n'était pas son truc, ce genre de soins, à la fac. Lui, il se passionnait pour la chirurgie. Un domaine dans lequel il excellait. Les soins à long terme, très peu pour lui. Et pourtant, lors de ces longues semaines, il aurait donné cher pour ne pas s'être borné à ignorer ces leçons-ci. Fort heureusement pour lui, son cerveau est doté d'une faculté mémorielle étonnante. Des informations étaient cachées là, des informations qu'il a dû retrouver à force de longues heures d'intense réflexion. Tous ses réflexes sont revenus, si vite. Depuis combien de temps n'avait-il pas eu besoin d'exercer ? Longtemps. Il avait eu peur d'avoir tout oublier... Mais Logan est là. Ses jambes, bien que probablement endolories, fonctionneront rapidement.

Debout, à quelques centimètres de son ami, James est prêt à le soutenir. A le sauver une fois de plus, si nécessaire. Seulement, la main de son ami le stoppe net. Et il comprend. Logan veut y parvenir seul. L'irlandais comprend, s'il avait été à sa place, il aurait eu le même besoin. Alors, James recule, laisse ses bras retomber le long de son corps. Et observe son ami et patient retrouver la vie. Retrouver le monde. Il souffle, l'effort est tel que son visage se crispe. Et doucement, il y arrive. Il avance. Une esquisse de sourire trouve place au coin des lèvres de James. Le voir là, éveillé, est un cadeau. Après tant de longues semaines d'inquiétudes, de cris, de cauchemars. Logan passe devant le médecin, parvient jusqu'au miroir, pas après pas. Là, il s'observe, et James ne fait pas un pas. Ne prononce pas un mot. Il attend seulement, lui laisse le temps de reprendre ses esprits, de retrouver son souffle. Mais James, lui, se sent mal pour son ami qui semble tout ignorer de la vérité. Et son sourire, disparu depuis plusieurs minutes, laisse place à une moue inquiète.

Logan se retourne enfin. Il plante son regard sur le jeune médecin, l'observe quelques minutes, de quoi le rendre mal à l'aise. Nerveusement, James frotte son oeil encore un peu bleu. Les marques de son kidnapping s'estompent, mais certaines traces restent encore légèrement visibles. Logan prononce enfin des mots, trois interrogations. Sa voix est calme, à présent, quoique teintée d'autorité, en recherche de réponses. Que James s'efforcera de lui donner. Le médecin soupire, prend quelques secondes. Et s'assied sur le rebord du lit. N'attend pas plus longtemps.

- Le jour ? Je t'avoue que j'ai arrêté de compter. J'sais qu'on est presque l'été et que... nous sommes en 2019.

Il le voit, James, le choc sur le visage de son ami, lorsqu'il entend l'année. Alors, il continue. Mieux vaut aller vite. Qu'il ingère les informations.

- Tu as dormi plusieurs semaines, trois, peut-être quatre. Je compte vraiment plus rien, je n'ai pas beaucoup dormi, alors je confond un peu. Et ici, on ne voit pas dehors, j'sais jamais quand c'est la nuit ou le jour.

James n'a jamais été celui qui parle, il n'a jamais été celui qui conseille. Ni celui qui rassure. Non, l'irlandais n'est pas aussi sensible, il n'a pas ce qu'il faut pour rassurer les autres. Là, il donnerait tout ce qu'il a pour disparaître. Pour appeler Elijah à son secours, parce que lui, il sait faire. Il sait parler, il comprend les gens, même s'il est tellement plus réservé. Non, James ne sait pas parler aux gens lorsqu'il ne s'agit pas de hurler, de rire. Il ignore comment aider les gens, puisqu'il ne sait pas même se confronter à ses propres démons. Non, James n'est certainement pas le mieux placé... Et pourtant. Logan et lui ont tant de choses en commun. Alors finalement, n'est-il pas le mieux placé ?

- Je pense qu'il vaut mieux que tu t'assois pour la suite...

Quelques instants, James observe son ami. Attend qu'il décide de s'assoir ou non. Et enfin, le médecin prend une longue inspiration, frotte ses mains sur ses jambes, il ressent une étrange pression, là, dans sa poitrine. Et il décide de parler.

- C'est l'apocalypse.

Peut-être pas le bon terme ? Peut-être un peu trop direct ?

- Putain. J'sais pas comment t'expliquer ça. En gros, ça fait deux ans que le monde a déconné. En 2017, y a eu un virus, qui s'est transformé en infection. Et maintenant... y a des putains de zombies partout. Dès qu'tu meurs, tu te transforme en un truc dégueu qui veut bouffer tout ce qui bouge. Et si tu t'fais mordre, tu t'infecte, t'as d'la fièvre et tu crèves. Pour te transformer en un putain d'zombie. Qu'on appelle étonnement pas comme ça, ça doit déranger les gens. On appelle ça des rôdeurs... J'comprend pas pourquoi, ça reste des putains de zombies.

Doucement, James baisse les yeux. Que doit-il raconter ?

- Y a des groupes qui se forment, et ici, tu es au Lyssa Squad, depuis longtemps. Tu n'te souviens vraiment de rien ? T'es l'un des nôtres. J'crois que t'as une foutue grosse perte de mémoire, j'sais pas si ce sera temporaire ou non... j'espère pas. Mais bref. Nous sommes dans l'hôpital de Kelowna, au Canada. Nous nous sommes établis ici, d'abord en petit groupe, puis des gens nous ont rejoins. Enfin, j'y étais pas au tout début. Mais tu étais là, toi.

Il se perd, il ne sait pas quoi raconter. Doit-il revenir au tout début ? Tout raconter ?

- Ca fait deux ans que c'est la merde. Et qu'on essaye de survivre. C'est Terrence qui t'a ramené ici, on sait toujours pas ce qui t'es arrivé. Tu te souviens de lui ? Il t'a ramené à moi, on pense que tu t'es fait attaqué à l'extérieur par un autre groupe. C'est clairement l'attaque de vivants. Mais j'sais pas ce qui t'es arrivé...

James déglutit. Doit-il lui dire, pour sa femme ? Son fils ? Le médecin décide de garder cela pour l'instant, le temps qu'il ingère l'histoire de leur monde. L'irlandais relève son regard, le plante sur Logan.

- Ca éveille quelque chose en toi ? Des souvenirs ?

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Logan Dwyerd
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Ancien métier : Professeur d'histoire de l'art et d'arts visuels à l'université de Kelowna
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21.12.19 10:01
Wake me up, before I drown
    James & Logan

    


Immobile, figé sur ces interrogation posées, Logan attendait. Il attendait le verdict, la sentence, il attendait les réponses qui lui lacéraient la tête. Il attendait de combler les trous qui s'étaient creusés comme des tombes dans sa mémoire. Il attendait, mais pour le moment tout ce qu'il avait c'était un jeune homme à l'air fatigué et perdu, qui cherchait ses mots comme un étudiant qui aurait mal retenu une leçon. Son regard fuyant tentait vainement de se rattacher à quelque chose. Une accroche rassurante pour expliquer ce qui semblait si difficile à avouer. Patient jusqu'à un certain stade, l'ancien professeur ne le pressa cependant pas, se rendant soudain compte que ce qui faisait ainsi battre son cœur n'était autre que le sentiment insidieux de la peur. Il avait peur, peur des réponses, peur de savoir ce qu'il ne faisait encore que redouter. Quoi que le jeune James allait dire, quelque fussent les vérités sortant de sa bouche, Logan savait qu'elles ne lui conviendraient pas, que ce serait accepter une réalité qu'il valait peut être mieux ignorer. Tranquilles sont les ignorants. Mais même dans l'ignorance le grand roux n'était pas serein, alors autant savoir.

Le regard toujours posé sur son interlocuteur, le géant ne fit pas le moindre mouvement lorsque ce dernier alla s'installer sur le rebord du lit, mais les jointures de ses doigts blanchirent lorsqu'il les serra contre la faïence sale du lavabo. Une date avait résonné dans l'air de cette petite infirmerie. Quatre chiffres. Terribles ces quatre chiffres. Terribles de sens, lourds de conséquence. 2019.
Comment diable pouvaient-ils être en 2019 ?! La dernière fois que Logan se souvenait d'avoir été conscient, il était en 2017, pas en 2019 ! C'était invraisemblable. Abracadabrant même ! Deux années auraient comme par magie disparues de sa vie et de sa mémoire, comme si elles n'avaient jamais existé ? Cette perspective qui donnait le tournis, faisant danser les lignes et les formes sous ses yeux qu'il ferma une seconde pour se ressaisir. La sensation de vertige ne passa cependant pas, alors il continua d'écouter les paroles de l'autre, immobile, le dos légèrement courbé sous ses révélations brutales qui faisaient trembler ses mains.
Le docteur insista pour qu'il s'assoie, mais après avoir considéré d'un regard suspicieux le tabouret qui se trouvait proche de lui, Logan décida de rester debout. Après tout, à en croire les dires du médecin, il avait passé beaucoup trop de temps allongé ces dernières semaines. Mais peut être aurait-il mieux fallu pour lui d'écouter les recommandations, car la nouvelle révélation lui fit l'effet d'un coup de poing en plein dans l'estomac. C'est l'apocalypse. Cette phrase avait quelque chose d'étrange dite ainsi. Quelque chose d'irréel. Ce n'était pas une phrase qu'on se préparait à entendre, il n'y avait que des personnages de film ou de série pour la dire, la répéter, la hurler. Elle avait même quelque chose de comique cette phrase, de grotesque, comme une mauvaise farce. Mais malgré cela, le jeune James ne s'arrêta pas là, racontant à l'enseignant une fable incroyable, tout droit sortie du scénario d'une série B. Un virus, des zombies, la fin du monde et de l'humanité.
Logan, incapable de parler, ouvrait la bouche bêtement comme un poison hors de l'eau, cherchant quelque chose auquel se raccrocher. Ses jambes ne le tenant plus, il se laissa en fin de compte tomber sur le tabouret qui émit un grincement sinistre sous son poids de géant. A mesure que le jeune homme parlait, la sensation de vertige grandissait, augmentant en parallèle le mal de crâne qui lui vrillait les tempes ainsi qu'une bonne envie de vomir. Fermant à nouveau les yeux, le grand roux se prit la tête dans les mains, essayant de masser son front douloureux. Les sourcils froncés et l'air grave, il tentait d'assimiler toutes les informations que le médecin lui donnait, mais ce n'était pas facile de suivre et de tout comprendre avec ce marteau-piqueur qui lui retournait tout le cortex frontal. 2019 – apocalypse – virus – infection – zombie – mort. Il y avait aussi des histoires de groupes et d'arrivée, de Lyssa, mais autant qu'il s'en souvenait, il n'avait jamais connu quelqu'un portant ce nom là. Alors que les informations pleuvaient sur lui, des images, comme des flashs, défilaient derrières ses yeux clos, comme des incrustations de vidéos diffusées sur un vieux poste télé. C'était flou et ça grésillait dans un petit effet vintage qu'on donnait aux vieux documentaires. Il y avait aussi la voix chevrotante d'un présentateur qui semblait attendre le moment de prendre ses jambes à son cou. Des foules en panique, des cris, des larmes, des tanks dans les villes, des vitres brisées, des enseignes saccagées, et des morts aux yeux vides avançant partout. D'instinct, Logan se demanda dans quel film il avait bien pu voir ça. Grand fan de comics dans sa jeunesse, il avait pourtant toujours préféré les histoires de super-héros à celles de morts-vivants. Ces images ci lui étaient pourtant familières, comme celles d'un film qu'il aurait vu à plusieurs reprises.
Un nom prononcé par le jeune homme lui fit soudain relever la tête dans un mouvement trop brusque qui accentua le tournis.

« Terrence ? Terrence Byers ? Le père de la petite Leslie ? » demanda-t-il tout en essayant de garder la tête droite et le regard posé sur le jeune homme qui lui faisait face. Voila enfin un nom qu'il connaissait et qui lui était familier, sans pour autant comprendre ce qu'il venait foutre dans toute cette histoire. Terrence Byers était une connaissance plus peut être qu'un ami, mais les deux hommes s'entendaient très bien. Ils s'étaient rencontrés plusieurs mois plus tôt et après avoir appris que la fille de l'ancien militaire était une mordue de dessin, il avait proposé qu'elle vienne suivre ses cours du soir à la fac même si elle n'avait pas encore l'âge. C'était une bonne formation, et la petite s'était montré aussi doué que ses comparses plus âgés, si ce n'est plus. Ses progrès réguliers faisaient la fierté du père autant que du prof, et l'enseignant lui prédisait une bonne carrière dans la filière artistique. C'était donc Terrence qui l'avait trouvé et ramené ici ? Serrant les dents, le regard cherchant des réponses dans le vide, Logan essayait de se rappeler de ce qui avait pu lui arriver, cherchant des traces de cette attaque que James suggérait. Mais il n'y avait rien, rien du tout, hormis peut être, cette forme odeur de poussière et de sang dans sa bouche. « Non... non je ne me souviens de rien... » finit-il pas avouer en se courbant à nouveau, posant son poing fermé sur sa bouche, fermant une fois de plus ses paupières pour aller chercher dans les tiroirs vides de son passé proche.
Il essayait de remonter la piste, de reconstruire le puzzle. Mais tout ce qu'on lui avançait, toutes ses réponses qu'il avait attendu depuis son réveil lui semblaient bien trop farfelues, trop invraisemblables. Logan était un universitaire, s'il avait aimé enfant se plonger dans la fantaisie et les récits d'aventures, il n'en avait pas moins basé toute sa vie d'adulte sur des recherches sérieuses, sur la science et la vérité. Toutes ses histoires de monstres, d'apocalypse, de zombie bouffeur de cerveau, il ne parvenait pas à y croire. Comme le pouvait-il ? On ne pouvait pas y croire... on ne DEVAIT pas y croire. C'était comme de croire dans toutes ces conneries de magie, de vampires et de loups-garous. C'était croire en la réalité divine, avec son paradis et son enfer. Ça, c'était impossible. Jamais Logan n'y avait cru, pas même une seconde. Il n'y avait que l'Homme. Rien que ça ! C'était l'unique vérité. L'Homme et ses travers, l'Homme et sa capacité de destruction et d'autodestruction. L'Homme qui créait des bombes autant qu'il créait des vaccins, qui construisait des villes pour mieux les détruire, L'Homme qui changeait le monde à son image. Est-ce que c'était ça, le nouveau visage de l'Homme et du monde ? Ce portrait dépeint par James ne parvenait pas à convaincre le géant. C'était trop. Beaucoup trop. Et même si cette proposition hypothétique collait trop bien avec le décors, elle était si fantasque que Logan la rejetait, tout simplement. Ce n'était pas vrai. Ce n'était PAS vrai. CE N'ETAIT PAS VRAI !


Toujours assit sur son tabouret, le dos voûté et la nuque baissée, Logan fut soudain secoué par un pouffement. Une idée venait de s'imposer à lui. Une idée si saugrenue qu'elle supplanta les révélations du jeune James. Ça ne pouvait pas être vrai. Toute cette histoire, tout ça, les zombies, la fin du monde. C'était impossible ! C'était comme cette anecdotes du jour où Georges Orwell avait lu à la radio sa « Guerre des mondes » et que bon nombre d’auditeurs y avaient cru. Tout cela ne pouvait être rien d'autre qu'une méprise. Mieux. Une farce !
Un rire puissant et grave naquit dans la gorge enrouée de l'enseignant, d'abord doucement, puis de plus en plus fort. Le bruit résonnait contre les murs miteux de la pièce, sous le regard surpris et incrédule du jeune homme.

« Oh putain...putain le con ! » Essayant de parler, il ne pouvait s'empêcher de rire, encore et encore, de plus en plus nerveusement, tapant le plat de sa main sur sa cuisse, secouant l'index comme pour réprimander un vilain garnement. « Putain j'ai failli y croire hein !Vraiment... L'espace d'une minute même, je me suis fait totalement avoir !! » Riant encore, incapable de s'arrêter, il se sentait soulagé d'avoir trouvé la solution à l'énigme. Toute cela était faux. Ça ne pouvait être que ça. Ça ne devait être que ça. C'était bien sur !
Au bout de quelques secondes, et voyant qu'il était le seul à trouver ça désopilant, il se calma légèrement, essuyant ses yeux que l’hilarité avait rendu humides. « nan vraiment, chapeau, vous avez bien failli m'avoir... vous êtes bon jeune homme. Vous suivez le cursus d'art dramatique du professeur Harrisson c'est ça ? Ce vieux grigou ne s'est toujours pas remis de ma dernière blague et c'est sa façon de se venger ? C'est un peu extrême, mais il faut bien reconnaître que ça a de la gueule. Ou bien un nouveau défit d'intégration ? Mmm je ne suis pas sur que le Doyen aurait accepté que vous incluiez des profs, mais tout de même... beau boulot ! Le jeu, les décors... nan vraiment, c'est du joli... le scénario par contre... il faudra penser à le retravailler, ça ne joue pas en votre faveur... » Plus Logan parlait, et plus il se persuadait lui-même que cette version des faits était plus pertinente que celle qu'on lui avait proposé jusque là. L'énormité de la vérité était trop grande à supporter, et même si cette option ne répondait pas à la moitié de ses questions (le vieillissement de son reflet, les blessures sur son ventre et à sa tête en autre), elle lui semblait toujours plus réaliste que cette histoire de zombies. Pourtant, alors qu'il s'attendait voir le jeune homme sortir de son rôle et lui dévoiler la supercherie, lui montrer les caméras cachées, rien de tout cela ne se produisit. Celui qui s'était fait passer pour un médecin depuis plusieurs minutes n'en démordait pas et restait sur ses positions, ce qui eut tôt fait de faire à nouveau changer l'humeur du géant, basculant du rire à irritabilité grandissante. Son sourire disparut progressivement de son visage, lui rendant cet air de chien agressif qu'il pouvait avoir lorsqu'il ne se sentait pas en sécurité. « Bon... maintenant qu'on a bien rigolé, je vais m'en aller. Toutes les meilleures blagues ont une fin, et celle-ci a bien assez durée. » Sans changement dans les positions de l'autre, l'enseignant serra les poings et crispa les mâchoires. Tout cela commençait à bien faire. De plus, le soulagement qu'il avait ressenti l'espace d'une seconde se transformait à nouveau en angoisse qui lui serrait la poitrine. Il y avait un temps pour tout, et celui ci était terminé. Il avait autre chose à faire de ses journées, et puis finalement, ça ne le faisait plus rire du tout. Trop c'était trop ! « Ça suffit MAINTENANT ! Je vous sommes d'arrêter cette comédie ! » Mais rien n'y faisait, et le ton de sa voix, grave et de plus en plus menaçante n'y changeait rien. S'en était trop. Sa patience ayant depuis longtemps atteint sa limite, le grand roux bondit de son tabouret, se mit debout et traversa la pièce sans plus faire attention à l'autre. « J'en ai plus qu'assez de vos conneries et de vos histoires de fous ! » Arrivant en un temps record à la porte de la petite pièce, il se saisit de la poignée qu'il tourna mais sans succès, oubliant qu'elle était verrouillée. Recommençant à plusieurs reprises, de façon de plus en plus énergique et violente, on sentait la colère monter à nouveau en lui, comme une vague qui déferle sur une plage de galets. « Qu'est ce que c'est que cette merde !! Bordel c'est QUOI CETTE MAISON DE FOUS ??!! N'approchez PAS VOUS !! » Cria-t-il à l'intention du jeune homme qui avait eu le malheur d'esquisser un geste dans sa direction « Je ne sais pas QUI vous êtes ni ce qu'il se passe ici !! Mais ce que je SAIS c'est que j'en ai PLEIN LE DOS DE CETTE HISTOIRE ET QUE JE ME CASSE D'ICI ET PUTAIN DE BORDEL DE MERDE POURQUOI ELLE S'OUVRE PAS CETTE PUTAIN DE PORTE ??!! » Se rappelant soudain le coup de clef que l'autre avait donné un peu plus tôt, il n'eut pas le loisir de se sentir couillon tant la colère l'habitait. Faisant jouer le verrou, il ouvrit le battant de la porte à la volée pour se retrouver nez à nez avec une bande de clampins aux allures miteuses qui le regardaient avec des grands yeux inquiets. Chacun d'eux, l'air sur le qui vive, semblaient chercher quelque chose à dire sans y parvenir, faisant glisser leurs regards de ce géant qui les dominaient de toute sa hauteur à leurs voisins tout aussi désorientés. Certains étaient sales, les vêtements rapiécés et usés, les hommes avaient des barbes broussailleuses et tous avaient l’œil vide et fatigué. Encore des acteurs sans doute. Après avoir eu un mouvement de recul en les découvrant sur le seuil, Logan décida qu'il n'avait pas la force de chercher à savoir quelle était leur place dans ce scénario que définitivement il n'aimait pas du tout. Avançant dans le tas, il ne se gêna pas pour les repousser violemment « POUSSEZ-VOUS !! DEGAGEZ TOUS !! » Trop surpris par cette réaction qu'il n'attendaient visiblement pas, les autres le laissèrent passer non sans des regards inquiets et interrogateurs. Une fois le petit groupe derrière lui, l'enseignant se mit à courir, d'abord en petit foulée, puis constatent rapidement qu'il était suivi, de plus en plus vite. Aidé par l'allonge de ses grandes jambes, il gagna rapidement terrain, jetant toutefois des coups d’œil dans tous les sens, essayant de trouver la sortie de ce cauchemar. Très vite, et même s'il peinait à l'accepter, il dû se rendre à l'évidence qu'il était bien dans un hôpital. Le couloir qu'il remontait était à l'image de tous ceux qu'on pouvait trouver dans les centres hospitaliers : une couleur pastel à vomir, des posters incompréhensibles montrant des gens heureux de lutter contre telle ou telle maladie, des panneaux indiquant différents services, un sol au revêtement qui absorbait les bruits de sa course précipitée. S'il ignorait être ou non à Kelowna, il devait accepter le fait d'être bel et bien dans un hôpital. Ou alors un sacrément grand décors de théâtre ! Ils avaient du voir grand, oui sans doute, la ville avait du accepter de prêter ses locaux pour une expérience sociologique. Oui c'était ça. C'était forcément ça. Il avait simplement du ne pas voir le mémo lui présentant le projet. Oui sûrement. Tentant toujours de se convaincre tant bien que mal, Logan poursuivait sa route au pas de course, distançant de plus en plus celui ou ceux qui essayait de le rattraper. S'il ne se souvenait pas être déjà venu dans cet endroit, il avait une étrange impression de le connaître, de savoir quel couloir, quel escalier prendre pour se tirer de là au plus vite.
Au bout de quelques minutes, poussant à la volée un porte battante, il pénétra dans une pièce plus grande que les autres. Beaucoup de nouveaux visages se tournèrent vers lui, intrigués d'être ainsi perturbés dans leurs petites vies quotidiennes. Cet endroit était manifestement un lieu de vie, on y voyait des lits de camps et de fortunes, des sacs, des couvertures et quelques affaires rangés sommairement, un confort spartiate pour les fantômes qui semblaient vivre là. Ils étaient là les fantômes, le regardant l'air hagard avec leurs poches sous les yeux et leurs joues creusées. Depuis combien de temps étaient-ils là ? Deux ans ? Non... NON pas deux ans !!! Non c'était une mise en scène... comme un jeu de rôle grandeur nature... tout ça n'était pas réel !!
Le cœur au bord des lèvres, le crâne à la torture, Logan secouait la tête comme un idiot, les yeux fixés sur ses hommes et femmes aux traits tirés. Certains visages lui étaient familiers, sans doute encore des étudiants, mais depuis quand est ce que ses étudiants se baladaient dans un hôpital avec des armes ? Certains en portaient à l'épaule, fusils et mitraillettes, d'autres avaient des couteaux à la ceinture. Mais qu'est ce que c'était que ce bordel ? Les jambes et les mains tremblantes, Logan n'entendait même pas ce qu'ils essayaient de lui dire, un seul bruit, celui de son sang, battait comme un fou à ses oreilles. Un bourdonnement résonnait dans l'air, un chant lugubre.
Reculant, tournant le dos à cette scène surréaliste qui pourtant faisait s'effondrer progressivement les convictions derrière lesquelles il se cachait, le géant repris sa course de plus belle, repoussant ceux qui avaient le malheur de croiser sa route, sourd aux cris qui résonnaient derrière lui, sourd à ses jambes qui hurlaient de mal, sourd à son crâne et à la douleur de la plaie sur son ventre, sourd à sa raison qui le poussait à ouvrir les yeux. Mais Logan ne voulait pas. Logan ne pouvait se résoudre à accepter tout ça. C'était bien trop gros, bien trop effrayant. Il courait dans les couloirs vides et sombres, encore et encore, descendant des marches qui ne semblaient ne jamais avoir de fin.


Enfin, il arriva au but. A une volée de marches, deux portes. Son cœur bondit dans sa poitrine. Il savait que de l'autre coté il serait dehors, que de l'autre côté c'était le monde, le VRAI monde. Il allait pouvoir rentrer chez lui, se reposer, retourner faire ses cours, mener sa petite vie tranquille. Tout allait rentrer dans l'ordre. Tout allait aller mieux ! Tout n'était qu'un mauvais rêve ! Oui, oui c'était sur ! Tout allait prendre fin.
Dévalant les marches et manquant de se ramasser, il se jeta sur les portes qu'il ouvrit d'un coup, se projetant à l'extérieur comme un diable sortant de sa boite. Ébloui par la lumière du dehors qui l'aveugla quelques instants, il fit deux pas en avant, relevant sa main pour protéger ses yeux. Ces derniers s'habitèrent rapidement, et il retira sa main, découvrant enfin ce qu'il avait tellement redouté.
Son souffle se coupa dans sa gorge tout comme son cœur qui sembla cesser de battre. Les bras ballants, la bouche entrouverte, il voyait les yeux grands ouverts le monde mort s'étendre devant lui.
C'était bien Kelowna qui lui faisai face, ou du moins une version sinistrée de Kelowna. Il n'y avait plus personne dans les rues, mais les voitures s'alignaient misérablement, recouvertes de rouilles, les pneus crevés et les vitres brisées, attendant à jamais de partir. Un vent puissant qui vous fouettait le visage faisant rouler au sol des détritus abandonnés depuis longtemps et qui débordaient en tas aux pieds des poubelles pleines. De la mousse commençait à couvrir les trottoirs, et des herbes folles poussaient entre les plaques de bitume. Les vitrines des magasins, explosées depuis longtemps, montraient des intérieurs saccagés et vandalisées. Plusieurs bâtiments avaient brûlé, et si plus aucune fumée n'en sortait, on voyait encore les traces noires qui marquaient les pierres et les gravas. Le soleil, étrangement sadique, faisait tomber sur ce paysage de désolation une lumière céleste, accentuant encore plus la dévastation totale de la ville.

« Non... » Murmura Logan, les yeux grands ouverts sur la vérité. « Ce n'est pas...ce n'est pas... » Possible. Non, ça ne l'était pas. Mais c'était pourtant vrai. Le monde était finit, il avait implosé, et il n'en restait à présent plus que des cendres éparses.
Une larme, glacée, coula sur la joue pâle du géant.

Inconsciemment, sans savoir pourquoi, l'homme recommença à courir, toujours plus vite, le cœur et l'esprit en déroute, incapable d'accepter inacceptable. Il ne savait pas quoi faire, il était perdu, perdu dans ce monde à la dérive. Tout ce qu'il connaissait était révolu. En fin de compte, on sait tous qu'un jour tout s'arrêtera. On sait tous que le monde connu aura un jour un terme. Mais c'est une autre chose de le vivre. Une autre chose de dire « c'est aujourd'hui et maintenant. » BAM. The end.

Incapable de penser à autre chose qu'à cette envie de crier qui lui serrait le ventre, il courait, répétant encore et encore des « non » ou des « c'est impossible », jurant et insultant les fantômes dans sa tête.
Alors qu'il arrivait dans une nouvelle rue, il aperçu la silhouette d'une femme qui lui tournait le dos, marchant sans un bruit vers une direction inconnue. Sans savoir ce que cette femme pourrait bien lui dire, Logan avança vers elle au pas de course, regardant toujours tout autour de lui ce nouveau paysage d'apocalypse qu'il découvrait avec effroi, ne s'arrêtant qu'une fois à un mètre d'elle. « Madame, excusez moi je... OH PUTAIN DE MERDE !!» Il n'eut pas le temps d'en dire plus. La chose se retourna, appelée par le son de sa voix et par l'odeur de sa chaire fraîche. Elle dévoila une peau blafarde et môle, piquée de pourriture et de plaies purulentes. Une partie du visage avait été déchiqueté et l’œil droit à l'iris laiteux sortait de son orbite, pendant misérablement par un nerf sur le point de lâcher. La chose, si heureuse de voir son repas venir se jeter dans ses bras, tendit les siens vers le géant comme une amante enlace son aimé, claquant des mâchoires telle une bête affamées, révélant des dents manquantes et une bouche noire pleine d'asticots. Frappé par cette vision d'enfer, l'enseignant la saisit par les épaules et dans un geste d'une violence qu'il n'anticipa pas, il la repoussa, envoyant le corps rouler sur le sol. Dans la chute, la créature du mal se réceptionner car son genoux pris un angle étrange qui l'empêcha de se relever. Mais cela ne semblait pas la contrarier, et elle essaya d'avancer vers lui, encore et toujours, agitant ses mains aux ongles arrachés dans une gigue macabre et grotesque. Relevant la tête l'espace d'une seconde, Logan se rendit alors compte que d'autres de ses choses approchaient, sans doute désireux eux aussi de venir se servir dans le festin qu'il représentait.
« Putain de bordel de merde... » Ne se faisait pas demander son reste, le géant tourna les talons, et se remit à courir, refaisant le chemin en sens inverse, ponctuant chaque enjambée d'un nouveau « putain ».
Sans faire attention à qui il croisait, il retrouva vite le chemin de l'hôpital, y pénétra aussi vite qu'il en était sorti et gravit quatre à quatre les étages pour finalement entrer dans la première pièce qu'il trouva sur sa route et qui se trouvait être un placard à balais. L'endroit était exigu mais il en ferma la porte, s'appuya contre le battant, alluma la lumière, et se saisit de la première arme qu'il trouva, à savoir le manche d'un aspirateur qu'il serra contre lui. De quoi combattre une horde toute entière, comme vous en conviendrez. Le souffle court, le cœur battant à tout rompre, il attendait sans savoir quoi attendre, jurant les yeux fermés, se répétant un mantra qui n'avait désormais plus de sens.

"Putain de merde... c'est pas possible... c'est pas vrai... c'est un cauchemars...c'est impossible... putain...putain de merde...réveille toi Logan..."



   
    
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James A. Walsh
The pain doesn't go away

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Hier à 9:52
Logan est amnésique. Il ne se souvient plus. Malgré ce récit offert par James, l'ancien professeur ne parvient pas à se souvenir et cette réalité serre le coeur du médecin, incapable de lui venir en aide alors qu'il voit son ami se refermer doucement sur lui-même, tentant sans doute de rassembler les pièces du puzzle offert par l'irlandais. Ce dernier ne quitte plus le géant du regard, front plissé, sourcils froncés et cet air soucieux qui s'est glissé sur les traits de son visage. Il observe son ami, attend sans empressement une réponse de sa part, une réaction, qu'importe, mais quelque chose. Rien ne vient. Le silence envahit la pièce et sur le visage refermé de son ami, yeux clos, poing aux lèvres, une concentration intense se dégage, une réflexion complexe. Et petit à petit, James craint sa réaction. Parce qu'ils se ressemblent, parce qu'ils ont appris à se connaître et à voir en l'autre certains aspects de leurs caractères respectifs, James craint que la situation devienne bien plus difficile à gérer qu'elle ne l'a été jusqu'à présent...
Sur son tabouret, voûté, il pouffe. Le corps de Logan est secoué, l'irlandais prend peur, mais se rassure. Ce n'est que l'écho d'un rire. Il n'en est pas serein pour autant, tout peut arriver. Et enfin, ce rire puissant, grave, profond, explose soudain dans la pièce. Et James, surpris, comprend immédiatement lorsque l'ancien professeur prononce enfin des mots mêlés de ce rire grotesque. Il n'y croit pas. L'hilarité de l'homme ne tire pas le moindre sourire au jeune médecin qui même commence à perdre patience face à cette scène absurde. Voyant son visage, Logan se calme légèrement, continue à maintenir qu'il s'agit d'une bonne farce et qu'ils l'ont bien eu, lui demandant s'il suit le cours d'un certain Harrisson. Il croit à une farce idiote d'étudiants, à une sorte de bizutage. Le regard de James ne change pourtant pas, il continue de fixer son regard dans le sien.

- Ce n'est pas une blague, Logan, c'est la réalité.

Le sourire de Logan doucement disparait, remplacé par une irritabilité grandissante. Poings serrés, mâchoire crispée, l'ancien enseignant grogne, décide qu'il est temps pour lui de s'en aller, que toute cette mascarade a assez duré. James lui ne sourit pas, ce n'est pas un jeu, mais comment le lui faire comprendre ? Il ne croira que ce qu'il verra... Logan crie, l'irlandais ne bronche pas, bien que son coeur batte un peu plus fort dans sa poitrine, de peur. Le géant n'a plus aucun souvenir de son ami... que serait-il capable de faire sous le coup de la colère ? Le roux bondit soudain de son tabouret, se met debout, traverse la pièce à grandes enjambées, criant de plus belle. Instantanément, le médecin se lève à son tour. Logan parvient à la porte en premier, tente de l'ouvrir. En vain. Et James, lui, ne sait plus quoi faire, remercie cette idée qu'il a eu de fermer la porte à clef. Pourtant, Logan commence à secouer la poignée, de plus en plus violemment. Et cette fois, sa voix éclate entre les quatre murs de la pièce, faisant résonner le plâtre. James veut s'approcher, le géant fou hurle contre lui, le stoppant net où il se trouve. Que peut-il faire ? S'emparer d'une seringue et l'endormir ? Il ne le laissera pas faire et encore moins approcher... Le raisonner ? Pour l'instant, rien n'y fera, il n'y croit pas. La colère et la peur se sont emparées de son esprit et de son corps, il ne cherche qu'à fuir ce qui semble pour lui n'être qu'une blague de très mauvais goût.
Le verrou n'aura pas servi à grand chose très longtemps... Le grand roux le tourne, déverrouillant la porte. Et lorsqu'il l'ouvre à la volée, se retrouve face à face avec plusieurs étudiants inquiets de l'état de leur ami, mais aussi, de leur sécurité. Les cris ont attiré plus de curieux... Et la colère de James monte, quelle bande d'imbéciles... Il devra leur redonner quelques règles, plus tard. Pour l'instant, la scène s'est figée dans le temps, Logan détaille ceux qui lui font face. Peut-être leur aspect lui fera entendre raison ? Idée vaine... Logan crie soudain, faisant une percée dans le tas. Tous lui laissent le passage, de peur de se prendre un revers au passage. Et Logan disparait dans une course folle.

- James, qu'est-ce qui...

L'irlandais s'approche des curieux, le regard mauvais.

- Qu'est-ce que j'vous ai dit, putain ! Vous deviez me laisser gérer ça, ça voulait pas dire attendre derrière la porte, l'oreille collée contre, comme de pauvres abrutis !

La colère se mêle à une inquiétude grandissante. Sans perdre une seconde de plus, il s'empare de son couteau qu'il range à sa ceinture et part en courant dans les couloirs, à la suite du grand roux, probablement encore plus désorienté. James parvient à le rattraper, entendant ses pas de course résonnant dans les longs couloirs de l'hôpital, mais lorsque son patient s'en rend compte, il prend soudainement de la vitesse pour semer celui qui lui a présenté un tableau de la réalité dont il n'accepte pas la possibilité.
La course est lancée. Le jeune médecin poursuit son patient qui lui, le distance doucement. Il ne doit pas le perdre... Et s'il sortait ? Et s'il s'en prenait à quelqu'un du Lyssa par peur ? Les remords s'emparent doucement des pensées de James, son coeur battant une cavalcade dans sa poitrine alors qu'il commence à être distancé. Il se dirige vers un des dortoirs... au détour d'un couloir, James parvient à entrevoir son dos, il est entré dans la pièce, pour en ressortir, titubant presque, recommençant sa course folle dans un énième couloir à l'odeur d'hôpital.

- LOGAN, ARRÊTES !

Impossible. Le rouquin continue de courir à grandes enjambées, il finirait par rouvrir ses plaies fraichement refermées... Logan parvient à des marches, qu'il descend, suivi difficilement par l'irlandais qui se fait larguer une nouvelle fois. La sortie... Des jurons sentant l'Irlande explose dans la cage d'escaliers, il va... alors que James parvient enfin à au rez-de-chaussée, il voit les deux portes se refermer. Il est dehors. James n'attend pas, s'y précipite, ouvre les portes à son tour. Et se stoppe net. Là, à une dizaine de mètres, il voit la silhouette de Logan qui court toujours, mais cette fois, il semble plus perdu encore. James se lance à sa suite, flingue à la hanche, main prête à dégainer son couteau s'il le fallait. Et alors qu'il court, il ressent une douleur dans sa jambe se réveiller, des blessures infligées par ses ravisseurs de sa dernière sortie... pourtant il continue à courir, ignorant cette douleur, il ne peut pas laisser son ami dehors, seul, amnésique face à ce monde empreint de la mort. Il le suit. Et alors qu'il parvient à l'angle de la rue dans laquelle il avait tourné, James manque de se prendre son ami de plein fouet qui tourne dans l'exact opposé. Il retourne à l'hôpital... Les grognements parviennent jusqu'aux oreilles du sourd, ses appareils en captent le son, son nez sent cette odeur de putréfaction qu'il connait aujourd'hui que trop. Et lorsque l'irlandais se retourne, il voit ces quatre rôdeurs ramper dans sa direction, bras ballants, pourritures et vers dévorant leur chaire. Sans attendre son reste, le médecin s'en retourne lui aussi, ne voulant pas perdre à nouveau Logan dans la ville. Heureusement, ce dernier semble retourner à l'hôpital, une décision qui enlève alors un poids des épaules de James qui se voyait déjà le courser dans toute la ville... et probablement se faire bouffer par un de ces foutus zombies.
Les blessures se rappellent continuellement à lui, il parvient enfin à l'intérieur de l'hôpital. Refermant les portes derrière lui, il barricade l'entrée comme ils ont l'habitude de le faire, avant de remonter les escaliers quatre par quatre. Et en haut des escaliers, il tombe nez à nez avec Jeremiah, il s'approche alors vite de lui.

- Où est Logan, tu l'as vu ?

Dans un silence inquiet, le gamin de dix-neuf ans lui pointe un placard du doigt. Sans le regarder, James s'avance vers le placard, le coeur battant toujours terriblement dans sa poitrine, menaçant de s'en extraire à tout moment. Il prend une longue inspiration.

- Barre-toi, Jerem, j'veux que personne vienne ici. Et cette fois j'veux qu'on obéisse, compris ?

Souvent, beaucoup ne le prennent pas au sérieux. Certains voyant son jeune âge, d'autres ne le considérant pas réellement comme médecin, n'ayant pas terminé ses études. Et pourtant, ici, il pourrait être l'un des plus capables de soigner le moindre cas. Alors, cette fois-ci, il grogne, pour se faire comprendre. Ca, tous se l'accorde au moins, lorsque James s'énerve, il ne fait pas semblant. En moins d'une seconde, l'irlandais se retrouve seul au milieu de ce couloir. Il s'avance face à la porte du placard, s'adosse au mur, glisse doucement sur le sol grimaçant de ses douleurs qui se sont alors éveillées à cause de cette course forcée. Derrière la porte, il voit le rayon de lumière, il entend les murmures de Logan. Et le médecin reprend son souffle, ainsi assis contre le mur, face à cette porte. Face à son ami. Et il attend quelques minutes, que leurs deux coeurs se calment. Et alors, le sourd parle.

- Logan ?

Longue inspiration, il retrouve son souffle.

- J'crois que t'as fait connaissance avec nos amis, là-dehors ? Tu me crois maintenant ?

Qu'est-ce qu'il pourrait lui dire de plus... Tout a été dit. A part peut-être... Ce n'est pas le moment, pas maintenant, pas après tant d'informations à digérer. James prend la décision de ne pas mentionner sa femme ni son fils pour l'instant, Logan doit digérer deux ans de misère et de mort. Il doit digérer cette vision d'horreur qu'il vient d'avoir au-dehors.

- J't'accorde que ça aurait pu être une farce, j'avais aucun moyen de te prouver ce que je te racontais. Mais t'es sorti... t'as vu les rues, t'as vu la ruine de cette ville, le désert que c'est devenu. Et t'as vu les rôdeurs. Ce n'est pas une blague, Logan. Je t'assure...

James fixe cette porte, glisse ses jambes sur le sol et ferme les yeux.

- C'est loin d'être une blague. J'aimerais, crois-moi. Mais c'est là-dedans qu'on vit maintenant.

Aucun bruit, aucun son. L'irlandais commence à s'inquiéter, mais la lumière est toujours là, ce petit filet qui s'échappe d'en dessous de la porte de ce placard.

- Logan ?... T'es pas obligé de sortir. Dis-moi juste si tu vas bien. T'as été mordu ? Tes blessures ?... Pose-moi toutes les questions qui te seront nécessaires, prends ton temps.

Le jeune médecin compte bien rester ici, dans ce couloir, le temps qu'il faudra à son ami pour digérer tout ça. Même si c'est pour plusieurs heures.

_________________

Some of us have to make mistakes. Some of us are human.

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