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 In the middle of somewhere - Ft Thalya



Khaaleb Talarion
The pain doesn't go away

à propos
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Ancien métier : Garde forestier
Occupation : Chasse, pêche, expéditions
Statut civil : Célibataire
Lieu de naissance : Réserve de Kánesatake, Québec

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Inscription : 20/04/2019
Crédits : Homemade
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13.10.19 3:59
In the middle of somewhere

  Thalya et Khaaleb

 


Le vieux pick-up roulait doucement dans les rues désertes de la ville morte, rependant une forte odeur de diesel dans l'air de la fin de journée. Le bruit inquiétant que produisait le moteur, une sorte de cliquetis incessant et puissant, indiquait qu'il n'en avait sans doute plus pour très longtemps, mais pourtant il roulait encore, dans une enveloppe de tôle rouillée et de peinture verte craquelée. Chaque trou dans le sol, chaque chaos de la route faisait brinquebaler l'habitacle sur ses suspensions en mauvais état, lui donnant un air ridicule de jouet cassé.
D'ordinaire, Khaaleb ne prenait pas ce vieux tas de boue pour venir en ville. Il était trop encombrant pour rester discret, trop bruyant pour ne pas éveiller l'attention. D'ordinaire, le trappeur se déplaçait toujours à pieds. C'était bien moins rapide évidement, mais à pieds personne ne pouvait le suivre. A pieds, il se savait presque invisible, connaissant désormais chaque chemin, chaque sente qui permettaient de relier son chalet aux lieux où il se rendait en ville. Mais il y avait eu cette mauvaise rencontre dans les bois, et la blessure qu'elle avait entraîné. Après ça, l'amérindien avait eu du mal à reprendre ses activités. Se déplacer furtivement, chasser, se défendre contre les attaques régulières des virulents, toutes ces choses du quotidien lui étaient devenues difficiles, voir impossibles pour certaines de faire. Alors le pick-up et sa cage de protection avait aidé, le temps de se remettre. Il l'avait trouvé non loin de chez lui, près d'une maison abandonnée par ses anciens propriétaires au début de l'infection. Le réservoir était plein, mais le moteur en mauvais état. Le grand brun ne s'en était pas formalisé. La voiture roulait, c'était bien tout ce qu'il attendait d'elle dans l'état actuel des choses.

Mais les choses allaient mieux en vérité. Sa blessure, grâce aux soins du médecin de la Lyssa, James, qu'il venait voir régulièrement, se refermaient doucement. Ses hématomes et contusions ne se voyaient presque plus, et quant aux côtés fêlées, il n'y avait plus que lorsqu'il riait qu'elles le faisaient souffrir. Heureusement pour lui, depuis plusieurs mois maintenant, rire n'était plus dans ses activités quotidiennes.
Son état s'améliorant, c'était la chasse que l'ancien garde forestier avait repris. Pouvoir ressortir de chez lui, parcourir à nouveau la forêt, tirer à l'arc. Il lui semblait regagner soudain une liberté dont il avait été trop longuement privé à son goût. Son humeur, terriblement maussade depuis la perte de sa nièce, changeait doucement, au même rythme que ses forces revenaient.

Et ce qu'on pouvait dire, c'est que la nature lui rendait bien pour le moment ce regain de vitalité, car il avait chassé pas plus tard que le matin même, un élan adulte d'une taille impressionnante. Conscient que la bête représentait une quantité colossale de nourriture, il s'était servit et avait ensuite chargé (non sans difficulté) la bête à l'arrière de son pick-up pour l'amener à certain de ses amis avec qui il partageait toujours ce que la forêt lui donnait. Aujourd'hui plus que jamais, et bien qu'il vivait depuis des semaines en quasi ermite, il savait que de beaucoup dépendait de la générosité des autres. Ce que la nature te donne, donne le en retour.Ce principe qu'on lui avait enseigné enfant était encore plus vrai aujourd'hui qu'avant. Il faisait donc tout ce qu'il pouvait pour l'appliquer.
Après avoir passé la journée au sein de la communauté, apprenant à qui voulait l'apprendre comment dépecer et préparer convenablement une bête de cet acabit, le trappeur avait pris le chemin du retour, toujours triste de quitter les autres mais jamais mécontent de regagner ce qui était à présent son refuge. Si le jeune homme appréciait la compagnie des hommes, il n'en restait pas moins naturellement solitaire, et aimait à conserver cette autonomie et cette indépendance vis à vis des différents groupes qu'il côtoyait à présent. Son réseau allait cependant grandissant, au fur et à mesure des anciennes connaissances qu'il recroisait. Le monde avait changé, définitivement, mais il était toujours étonnant de constater que les hommes restaient des animaux sociaux avant toute chose.


A l'intérieur du véhicule, les mains sur le volant, Khaaleb grimaça. L'ancien garde forestier faisait bien des efforts pour éviter les pièges de la route, mais dans ce vieux tacot rien n'était vraiment facile. Le moindre tressautement lui rappelait que sa blessure n'était pas encore totalement guérie et qu'il valait mieux y aller mollo. Il avait bien essayé de réparer ça avec l'aide de son frère, mais leur talent de mécanos s'étaient vu impuissants face à l'état de la voiture. Il lui fallait un spécialiste. Peut être ferait-il un petit détour du côté de Highgate avant de rentrer chez lui. Il y avait là bas un mec qu'il connaissait d'avant et qui savait s'y faire avec ce genre de mécanique. Pas qu'il tenait particulièrement au vieux pick-up, mais il était toujours pratique d'avoir une voiture fonctionnelle à portée de main par les temps qui courraient. Oui... aller, un petit détour.
Changeant d'itinéraire, Khaaleb tourna le volant et pris à droite sur une avenue qui lui permettrait de remonter jusqu'à la zone de la ville qu'occupait la communauté. L'amérindien aimait bien cet endroit ainsi que ceux qui y vivaient. C'était clairement un des lieux les mieux aménagés du coin et un de ceux qui permettait de vivre le plus normalement. Mais pour cette raison, il ne s'y sentait pas non plus totalement à l'aise. Contrairement à la plupart de ceux de ce groupe, l'homme des bois ne voulait pas vivre comme avant, il ne voulait plus suivre ce fantôme de normalité qui avait été autrefois leur vie. Il fallait aller de l'avant. Reconstruire.
C'étaient le cas de certains groupes. Créant de nouvelles règles dans ce nouveau monde, ils reconstruisaient des minis sociétés, persuadés d'avoir la bonne façon de faire, la bonne vision, mais oubliant l'essentiel, se laissant couler doucement vers l’oppression et le totalitarisme. C'était le cas de Seth et de ses Protecteurs.
Mais qui était-il pour proposer mieux ? Qui était-il pour juger ?  Personne. Khaaleb n'était personne, ou du moins ne voulait-il plus être personne. Il ne voulait plus rien que vivre tranquillement. N'en avait-il pas le droit désormais ?


Loin au dessus de lui, dans le ciel qui déjà se tintait d'or et de pourpre, un groupe d'oiseaux s'envola, traversant  au dessus de lui la voûte céleste par des battements d'ailes réguliers. Quittant la route des yeux, les deux mains toujours sur le volant, l'amérindien les observa, ralentissant sans vraiment s'en rendre compte. Des goélands. Ils étaient hauts, mais par la fenêtre légèrement entrouverte, par dessus le bruit vrombissant du moteur, il pouvait entendre leur cris d'appel, comme des pleurs déchirants. Un frisson le parcouru, hérissant les cheveux dans sa nuque. Il y avait quelque chose d'étrange à regarder ces oiseaux marins si loin des côtes et de la mer, quelque chose de spirituel de les voir ainsi dans le jour baissant. Au fond de lui, sans qu'il sache vraiment pourquoi, le grand brun ne pu s'empêcher d'y lire un signe. L'annonce de quelque chose de nouveau. Ou plutôt d'un renouveau.

Le véhicule s'immobilisa totalement, et pendant quelques secondes, il n'y eu rien d'autre que Khaaleb regardant ces oiseaux s'envoler au loin dans un balai aérien au sens caché. Derrière eux, d'immenses nuages s'étiraient, s'éfilochaient dans la brise puissance qui soufflait. De gris ils passaient à un rose subtil. Le ciel changeait, revêtant ses plus beaux atouts pour quelques minutes. Juste un instant. Une accalmie.

Lorsque le derniers volatil eu disparu de son champ de vision, le jeune homme se rendit enfin compte qu'il n'avançait plus. La pick-up était arrêté au milieu d'une rue que personne n'avait plus emprunté depuis longtemps. Des carcasses de voiture, garées de chaque côté le long des trottoirs vides se faisaient progressivement grignotées par une végétation qui reprenait ses droits sur la Terre. Des poubelles éventrées déversaient d'anciens déchets que le vent n'avait pas emportés sur un goudron chaque jour en plus mauvais état. Il y avait aussi quelques restes de corps humains, mais ces choses là étaient déjà mortes deux fois. Positionnant son pied sur l'accélérateur, prêt à repartir, le regard de l'amérindien glissa sur les vitrines des boutiques qui bordaient l'avenue. La plupart étaient éventrées, brisées lors des pillages qui avaient eu cours lorsque tout avait basculé. Certaines étaient encore barricadées, bardées de planches de bois clouées à la va vite ou dissimulées sous des rideaux de fer. Soudain, son attention fut attirée par une enseigne qui dominait l'une des anciennes échoppes.

« BigBadWolf Recors – disquaire vintage »

Un de ses sourcils se haussa en même temps que des souvenirs le traversaient. Khaaleb connaissait l'endroit, il en avait même été un client régulier. C'était une petite boutique de connaisseur tenue par un fin spécialiste, un homme chaleureux et grand fan de vieux rock.  Depuis combien de temps n'était-il pas venu ? Cette question resta en suspens dans sa tête en même temps qu'une envie d'aller jeter un coup d’œil. Finalement, après une longue réflexion, le grand brun coupa le contact, et récupérant ses armes, il quitta le pick-up pour se diriger vers la porte d'entrée de la boutique. S'il faisait bon dans l'habitacle, ce n'était pas le cas du dehors. L'été approchait selon toute vraisemblance, mais il se faisait encore désespérément attendre. Un fort vent d'Est soufflait, apportant presque quotidiennement des nuages et avec eux la pluie. Mais sous ses épais vêtements, le trappeur ne souffrait pas du froid ni de l'humidité ambiante. La barbe et les cheveux de plus en plus longs et indisciplinés, il portait un étrange mélange d'anciens vêtements et de peaux qu'il tannait et assemblait lui même en guise de tenue, donnant à sa silhouette déjà massive l'air encore plus sauvage et animale.

Son tomahawk dans la main droite, un poignard en silex dans la main gauche, le chasseur se plaqua le dos contre la façade du bâtiment où se trouvait la vitrine et poussa la porte d'entrée entrouverte du bout des doigts. Immédiatement, comme dans son souvenir, un carillon tinta dans le silence général de la rue, résonnant comme un écho à ses oreilles. Immobile, Khaaleb attendit. Quelques secondes après que le tintement eu disparu, un autre bruit se fit entendre, cette fois de l'intérieur de l'échoppe. Des pieds traînants au sol. Un claquement de la mâchoire.
Mais le virulent n'eut même pas le temps de le voir, ni même la possibilité de se tourner vers lui. A peine avait-il fait un pas en dehors qu'une lame s'était fichée entre ses deux yeux morts. Le gargarisme infâme s'arrêta en même temps que l'amérindien dévisageait le visage pourrissant de Jerry, l'ancien propriétaire du magasin. Il tira la lame d'un geste vif, le corps tomba dans un bruit de chaires flasques. Sans un regard pour cette chose en laquelle c'était changé l'homme qu'il avait autrefois connu, le trappeur enjamba sa dépouille grotesque et entra dans la petite pièce qui constituait la boutique. Une odeur acre semblait avoir tout recouvert, rendant l'air ambiant épais et collant. C'était comme ça partout depuis ces derniers mois. La mort.
Une épaisse couche de poussière recouvrait également le moindre objet, mais le mélomane connaissait les lieux, il savait où poser le regard et où chercher. S'approchant des bacs, il leva une main et d'un geste qu'il ne pensait pas refaire un jour, il fit défiler les pochettes de vinyles sous ses yeux. Black Sabbath, Deep Purple, Led Zeppelin, Dio... des noms fameux et d'autres plus obscures s’enchaînaient sous ses yeux... combien d'heure avait-il passé à écouter tous ces groupes ? Comme souvent depuis des mois, Khaaleb se rendit compte à quel point la musique lui manquait. Elle lui manquait finalement bien plus que beaucoup de gens qu'il avait connu. Ça faisait des semaines qu'il essayait de réparer un petit générateur qu'il avait trouvé par hasard afin d'avoir enfin un peu d'électricité au chalet, et potentiellement rebrancher son ancienne platine. Bien sur, la musique était devenue dangereuse. Elle attirait les morts encore plus qu'une tartine de confiture attirait les guêpes. Mais pourtant, il en avait tellement envie. Et puis il n'écouterait pas fort. Non. Juste un peu. Juste un morceau.
Comme autrefois, le jeune homme tira des bacs quelques trouvailles, les glissant sous son bras. Il y avait longtemps qu'il ne ressentait plus de culpabilité à se servir ainsi. Et puis... il avait du courant à Highgates... peut être que l'un des résidents auraient de quoi lire ces galettes.

Ne s'éternisant pas, craignant toujours l'arrivée massive de mordeurs, comme cette fois où il s'était retrouvé dans une sacrée merde avec Gabriel, le chasseur sortit de la boutique d'un pas silencieux de félin et regagna son véhicule. Après avoir claqué la porte, il saisit les clefs restées sur le contact et les tourna.

Le moteur émit un bruit, mais le démarra pas.  

Il réessaya.

Toujours ce bruit, mais pas de contact.

Encore une fois il tourna les clefs, poussant, espérant, encourageant le véhicule mais toujours rien.

Il jura, frappant le volant avec force puis se laissa retomber sur le dossier du fauteuil. C'était foutu pour Highgate. Il n'avait plus qu'à récupérer ses affaires et rentrer chez lui. Les yeux fermés, il attendit quelques secondes. La perspective de traverser la forêt avec la nuit qui tombait ne l'enchantait guère. Les bois n'étaient pas sûrs la nuit. Il avait vu à plusieurs reprises des virulents étranges les traverser. Il y avait aussi la possibilité d'aller passer la nuit à la Lyssa, mais il était à mi-chemin. Autant rentrer. Passant sa petite hache à sa ceinture, il glissa son sac sur son épaule et empoigna son arc auquel il encocha une flèche. Puis, d'un pas vif et rapide, il commença à suivre la route vers la forêt, l’œil aux aguets, essayant d'oublier l'énervement qui lui chauffait le sang. Ça aurait pu être pire après tout. Le moteur aurait très bien pu le lâcher alors qu'il était en train de rouler, ce qui aurait sûrement causé un accident.
Cette pensée fit ressurgir un autre souvenir, un autre accident.

Silencieux dans les rues désertes, Khaaleb laissa le souvenir vagabonder dans son esprit. Malgré tout ce qu'il avait vécu depuis, il ne se passait pas un jour sans qu'il y pense, sans éprouver du regret.


Même si des détails disparaissaient, il se souvenait encore de presque tout.
Il faisait froid. Oui, il faisait froid... et il neigeait.

****

La petite bicoque avait une odeur de renfermé, de bois pourri et de vieille cendre froide. Elle n'était constituée que d'une seule pièce, rectangulaire, avec à peine quelques meubles et encore moins d'affaires. Un vieux lit miteux, une table couverte d'une nappe cirée au motif quadrillé, deux chaises, une commode aux tiroirs ballants sur laquelle se trouvait des bouteilles vides et quelques vieux livres jaunis. De toute évidence, cette vieille cabane avait servie autrefois de refuge pour des chasseurs du coin et personne n'était venu y faire quoi que ce soit depuis pas mal de temps déjà. La mort s'était tenue éloignée de sa porte, et en cela c'était sans doute un endroit paisible où venir se protéger de la tempête qui se préparait au dehors. La lumière faiblarde de l'après midi traversait à peine les carreaux sales de l'unique fenêtre couverte de planches clouées, éclairant l'endroit sans enthousiasme. C'était minable, mais pourtant le jeune homme avait l'impression d'avoir trouvé un véritable palais. Couvert des pieds à la tête par d'épais vêtements saupoudrés d'une pellicule de neige fraîche, Khaaleb laissa tomber son sac à dos sur les lattes grinçantes du parquet et retira l'écharpe qui lui couvrait la bouche. Une épaisse vapeur blanche en sorti, allant de paire avec le givre qui avait envahit sa barbe et ses sourcils. Sortant de son sac deux bâtons et un sachet contenant de l'amadou, le jeune homme se rapprocha de l'âtre de la cheminée où se trouvait les restes poussiéreux de sa dernière flambée qui, à en juger par l'humidité des cendres, ne devait pas dater d'hier. A l'aide du tisonnier, le garde forestier dégagea la dalle de pierres et y disposa quelques bâches parmi les plus sèches qu'il avait pu trouver dans un petit panier juste à côté, puis, positionnant l'amadou, il entreprit d'y mettre feu. L'habitude aidant, et malgré les conditions déplorables, il ne lui fallut pas trop de temps avant que des étincelles, puis des petites flammes, minuscules et fragiles, n'apparaissent.
Soufflant doucement dessus, le jeune homme entreprit de retirer les couches qui le couvraient. L'été était bien loin maintenant, tout comme les sous-bois de la réserve et ses trous dans le sol sombre. Il avait finalement fait demi-tour, refaisant le chemin dans l'autre sans, retournant vers Kelowna qu'il n'aurait jamais du quitter, les pieds sanglants et le cœur lourd. Cela faisant des semaines qu'il n'avait croisé personne, hormis quelques virulents que le froid commençait à ralentir. Il ne savait même plus quel son faisait sa propre voix.
Au dehors, le vent soufflait de plus en plus fort, faisant voler des flocons de neige dans tous les sens. Il avait eu une chance incroyable de trouver cet endroit avant que les éléments se déchaînent. Au moins pourrait-il passer au calme les prochains jours. Étendant devant la flambée une fourrure aux épais poils bruns, il s'y installa, étirant ses longues jambes douloureuses.
Après un rapide examen de ses stocks de nourriture, il pouvait facilement passer plusieurs jours ici sans se préoccuper de la chasse, qui aurait été bien ardue avec le temps qui s'annonçait. Il n'y avait rien à faire qu'attendre que ça passe, prendre son mal en patience.

Alors qu'il était sur le point de mordre dans un morceau d'élan séché, un bruit  terrible se fit entendre au dehors. Un crissement de pneus strident, suivi d'une série de chocs et de tôle frappée, déchirée, fracturée. Identifiant ce son comme celui d'un accident de voiture, Khaaleb resta quelques instants à l'affût, le souffle coupé, tendant l'oreille comme un animal. Il n'avait pas repéré de route aux abords du refuge, mais avec la neige qui tombait drue et qui recouvrait tout, il avait très bien pu passer à côté sans la voir. Encore quelques secondes, longues et silencieuses, le jeune homme resta là, essayant de choisir ce qu'il allait faire ou ne pas faire, mais finalement, il se leva et s'enveloppa dans son épais manteau de peau et de fourrure. Son arc à la main et son carquois à l'épaule, il sortit de la cabane et regarda tout autour de lui. Il ne voyait pas grand chose, mais le bruit qu'il avait entendu lui indiqua la direction à prendre. Le vent, le froid et la neige rendaient sa progression difficile, pourtant il avançait, comptant ses pas et l'orientation qu'il prenait par rapport aux arbres qu'il dépassait.
Plus rapidement qu'il ne l'aurait cru, il aperçu soudain la forme sombre d'une voiture, retournée sur le dos comme une vieille tortue ridicule. Une fumée épaisse et noire que les bourrasques ne parvenaient pas à totalement disperser en sortait. Pour une raison qu'il ignorait, le véhicule était sortit de la route et avait du faire plusieurs tonneaux avant d'arriver ici. Deux virulents tournaient autour, les yeux vides et les mâchoires grinçantes, semblables aux morts de Game of Thrones cette série qu'il avait regardé autrefois avant d'en vivre un des aspects les moins divertissants. Encochant une flèche, caché d'eux par le couvert des sapins qui l'entourait, le garde forestier tira vers celui qui se trouvait le plus proche de lui, l’éteignant en pleine tête. Le deuxième eu à peine le temps d'entendre le premier tomber au sol qu'il alla le rejoindre. A cette distance, et malgré le vent, difficile de ne pas faire mouche. Après avoir vérifié qu'aucune autre nuisance ne se trouvait dans les alentours, Khaaleb s'approcha prudemment de la voiture retournée et s'accroupit afin de voir dans quel état se trouvait le conducteur qui jusque là n'avait pas donné signe de vie.

La jeune femme était inconsciente, un filet de sang coulant le long de sa tempe. Glissant son bras à l'intérieur de l'habitacle, il posa deux doigts dans son cou afin de sentir son pouls. Il était faible, mais son cœur battait toujours. Il devait faire vite.
Réagissant en un clin d’œil, l'amérindien ouvrit la porte de la voiture et assurant le corps de la malheureuse, il la détacha avant de l'extraire de la carcasse de métal. D'ordinaire, il ne fallait jamais déplacer quelqu'un qui venait de vivre un tel choc, mais depuis quelques mois le d'ordinaire n'existait plus, tout comme les services de secours. Il fallait se débrouiller seul. Essayant d'oublier le froid qui immédiatement le saisit, le grand brun retira son manteau pour en entourer les épaules de la jeune femme, puis, les yeux et la peau piquée par la neige qui ne faisait que toujours tomber plus fort, il la souleva et repris le chemin de la cabane. C'était bien sur beaucoup plus dur à faire qu'à dire. Avec les flocons qui tombaient en rideaux épais, et ses silhouettes d'arbres fantomatiques, il ne savait plus dans quelle direction aller, malgré les repères qu'il avait essayé de prendre. Déjà, ses dents claquaient, et il ne sentait plus le bout de ses doigts qui soutenaient comme il pouvait le corps de la blessée. Le froid envahissait son cerveau petit à petit, s'il ne retrouvait pas vite son chemin, ils allaient tout les deux mourir gelés.
Heureusement, l'abri n'était pas très loin de la route, et après quelques minutes de panique, Khaaleb aperçut la forme sombre de la cabane. Ouvrant la porte non sans difficulté à cause de ses bras chargés, il sentit immédiatement la chaleur du feu lui caresser la peau dès l'instant qu'il entra dans l'unique pièce. Refermant derrière lui d'un coup de pied, l'ancien garde forestier se dirigea vers le lit miteux qui trônait dans un angle et y déposa sa rescapée, toujours endormie. L'amérindien n'était pas médecin, mais la vie en forêt et ses années de travail dans la réserve lui avait donné quelques connaissances en premiers secours et il entreprit de lui porter les quelques soins qu'il pouvait faire, compte tenu du peu de matériel qu'il possédait. Avec des gestes méticuleux, il retira son manteau et fit le tour de ses membres, mais première vue, à part le choc à la tête, elle ne semblait pas avoir de blessures graves. Ce qui inquiétait le plus le jeune homme était son épaule qui avait du se démettre dans l'accident. Il pouvait la remettre en place, mais il ne préférait pas le faire alors qu'elle était inconsciente. Se rapprochant du feu, il sortit de son sac une gourde et une petite casserole dans laquelle il versa de l'eau qu'il fit bouillir afin de nettoyer la plaie qu'elle avait sur la tempe. Une fois que ce fut fait, il enveloppa la jeune femme dans un maximum de vêtements  et de vieilles couvertures et alla s'asseoir prêt du feu, son poignard à portée de main. Ne sachant pas vraiment quoi faire d'autre, il se décida à attendre. Attendre qu'elle se réveille, ou bien qu'elle se transforme.
 
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Thalya Torres
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11.11.19 13:05
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  Khaaleb & Thalya

 



Thalya n'était pas le genre de femmes qui se laissait facilement abattre, en réalité il en fallait beaucoup pour la mettre à terre. Peut-être bien que cela venait de son père ou que c'était dans les gênes mêmes mais à chaque fois qu'un Torres se retrouvait à terre, il finissait toujours pas se relever parce qu'ils ne manquaient pas de volonté et qu'il n'était pas dans leur nature de se laisser abattre. Jusqu'à présent, depuis le début de ce cauchemars, Thalya ne s'était jamais retrouvée seule. Il y avait toujours eut quelqu'un pour partager ses galères, pour la soutenir quand elle se sentait abattue, pour partager ses peurs mais également ses espoirs, ainsi que pour rire avec elle, parler de ce temps révolu qui n'existait plus, de leur vie d'avant, de ce qu'ils aimaient, de ce qui leur manquaient. Tous s'entraidaient, mettant leurs compétences aussi diverses que variés au services des autres. A plusieurs s'était tellement plus facile de faire front face à l'adversité. Lorsque l'un perdait courage les autres étaient là pour l'aider, ils se complétaient, se soutenaient. A plusieurs ils étaient indéniablement plus fort, mais tout avait changé...
Depuis qu'elle s'était retrouvée seule, les choses étaient extrêmement plus difficile à vivre : la solitude, la faim, le froid, la fatigue, ces paysages désolés et en ruines, ce silence stressant ou a contrario ces grondements angoissants qui annonçait une menace mortelle, étaient autant de facteurs qui vous finissait par vous faire craquer ...  à plus d'une reprise Thalya s'était sentie découragée, abattue. Elle avait la sensation de faire les montagnes russes émotionnelles. Une fois elle était prête à abattre des montagnes et la fois suivante, elle avait la sensation de toucher le fond et de dépérir. Elle n'était pourtant pas le genre de femme à se morfondre ou à piquer des crises de larmes pour un oui ou pour un non, mais la faim, la solitude, le manque de sommeil et la peur l'avaient fait craquer à de bien trop nombreuses reprises à son goût. On définissait l'homme comme un animal social, il n'y avait qu'aujourd'hui qu'elle comprenait réellement à quel point c'était vrai. Quoi qu'on en dise, les hommes n'étaient pas fait pour vivre seuls sans quoi s'était la folie qui les guettait. Lorsque Frank lui avait un jour demandé ce qui lui manquait le plus dans cette vie, elle avait dressé une liste aussi longue que celle qu'elle écrivait gamine au père Noël, pourtant elle s'en souvenait parfaitement. La première chose qu'elle avait listé, c'était les supermarchés où la nourriture s'étalait avec abondance dans les rayonnages, offrant un choix aujourd'hui inimaginable t très hétéroclite de nourriture. Un lieu où il suffisait de tendre la main pour avoir à mangé... Elle se souvenait encore des grimaces qu'elle pouvait faire lorsqu'elle tombait sur quelque chose qu'elle détestait et qu'elle snobait en prétendant que jamais plus elle n'en n'avalerait si ce n'était sous la contrainte. Elle ignorait alors ce qui allait leur tomber dessus. Aujourd'hui on ne pouvait plus se permettre de faire les difficiles et tomber désormais sur une boite de flagellais lui donnait l'impression de faire un véritable repas de Noël. Jeune femme de son temps, Thalya était complétement perdu lorsqu'il s'agissait de trouver de la nourriture autrement qu'en faisant les courses au supermarché. Elle n'avait pas la main verte, on ne lui avait jamais apprit à faire pousser des légumes ou des fruits, et encore moins à chasser ou à pêcher. Au début de l'infection, il était encore facile de trouver des boites de conserves, mais aujourd'hui tout avait été pillé ou était désormais périmé.
Ensuite il y avait l'hygiène. Combien de fois par jours prenait-elle des douches ou allait-elle nager pour se rafraichir ? Elle détestait plus que tous les personnes qui dégageaient de fortes odeurs de transpirations ou qui ne s'entretenaient pas. Aujourd'hui, se laver était devenu un luxe,... que ne donnerait-elle pas pour se plonger dans un bain moussant bien chaud.
En troisième position elle avait mis l'électricité. Sans électricité on se retrouvait complétement coupé du monde et de ses moyens de communications : Plus de réseaux sociaux, plus de téléphone, pus d'ordinateur, plus d'informations, de lumières rassurantes à la tombée de la nuit, plus de films, plus de musique... sans la fée électricité tout paraissait mort, éteint....
C'était triste et affligeant de se dire que désormais toute une génération pourrait bien ne jamais savoir ce qu'était un supermarché, un cinéma, ou pire encore, qui n'entendrait plus jamais résonner la voix profonde de Johnny Cash...

Elle réalisait pourtant que dans cette liste, pourtant bien conséquente et qui lui paraissait assez complète sur le moment, autre chose qui lui manquait cruellement. Quelque chose qui lui était devenu si banale, qu'elle n'y prêtait même plus attention. Cette chose, c'était le bruit de la ville, avec le grondement des voitures, ces klaxons qui hurlaient à tout va, le brouhaha que faisait naturellement les gens scotché à leur portable en arpentant le bitume, ces musiques qui résonnaient tambour battant à chaque coin de rue ou qui provenaient des voitures, sans oublier ces maudits scooter qui pétardaient aux feux rouges... Aujourd'hui il n'y avait plus rien de tout cela, et il n'y avait rien de plus qu'elle détestait que ce silence oppressant. Elle n'était pas une adepte du Zen attitude, elle n'avait jamais cherché à s'exiler à Lhassa ou au Sahara. Thalya était une fille de la ville, une californienne qui aimait le bruit, la chaleur et qui fuyait comme la peste tout ce qui ressemblait de prêt ou de loin à une retraite ou à la solitude, depuis quelques semaines, quelques mois même, c'était devenu son lourd quotidien...

Aujourd'hui pourtant c'était ce qu'elle appelait une journée avec. Elle était arrivée à Kelowna depuis deux jours à présent sous une pluie torrentielle et avait trouvé refuge dans un appartement qui avait probablement été abandonnée dès le début de l'infection. Il n'y avait eut aucune trace de lutte ou de pillage. Tout était resté en ordre, comme si sa propriétaire allait rentrer d'une minute à l'autre. Dans cet appartement qu'elle pouvait verrouiller à la tombée de la nuit, elle se sentait en sécurité. Après avoir vécu pendant des mois à l'extérieur, trouvant refuge dans des endroits qu'elle n'aurait pourtant jamais imaginé un jour occuper, c'était étrange mais tellement agréable de retrouver presque tout le confort moderne. Elle avait pu se changer, se débarbouiller, elle avait même trouvé de quoi grignoter un peu avec des apéritifs conservé dans les placards et dont elle s'était honteusement goinfrée, se gardant le pot de Nutella et le coca-cola pour le soir.
La nuit venue, allongée dans ce lit qu'elle s'était appropriée, elle avait même ouvert un livre avec un réel plaisir, ce qui ne lui était plus arrivée depuis le lycée. La première nuit, elle avait fixé le plafond en serrant contre sa poitrine un coussin rose saumoné sur lequel était dessiné un petit renard qui disait « Home Sweet Home ». Au-dessus d'elle, elle pouvait entendre les pas incessants de son virulent de voisin. Si cela pouvait paraître angoissant de savoir que l'une de ces choses se trouvait juste au-dessus d'elle, sa présence la rassurait, car la savoir là, signifiait qu'elle n'était pas ailleurs.
Après deux jours ininterrompus de pluie qui l'avait contrainte à rester bloquer, le soleil avait enfin décidé de montrer le bout de ses rayons, et dieu sait que son vieil ami le soleil lui avait manqué...
Attrapant son sac à dos, Thalya entreprit d'explorer un peu les lieux, espérant y trouver des choses intéressantes avant que le soleil ne se couche à nouveau. Quittant son logement, elle se tourna une dernière fois pour observer ce salon meublé avec soin, avec un léger sourire. Même si elle était seule, il y avait quelque chose de réconfortant à savoir qu'un chez elle confortable l'attendrait ce soir. Refermant la porte derrière elle, elle quitta le bâtiment

Se retrouver en bas d'une rue désertée dont le bitume était imprégné d'une tache de sang séché depuis longtemps, la fit frissonner malgré la douce chaleur des rayons du soleil qui lui caressait la peau. Autour d'elle tout n'était que désolation, Thalya s'avança avec précaution entre les quelques carcasses de voitures abandonnées tâchées elles aussi de sang. Entre ces vitrines complétement défoncés, ou aux stores métalliques tagués abaissée, la californienne n'en menait pas large, seule dans ces rues abandonnées, mais l'était-elle vraiment ? Que ferait-elle si au détour d'une rue elle venait à tomber sur une horde ? Au même instant, une silhouette menaçante et rachitique, les bras pendant le long de son corps, se tenait au bout de la rue, dos à elle. S'arrêtant net, Thalya se plaqua, immobile, contre le mur d'une boutique n'osant plus faire le moindre bruit ni le moindre geste. Se hasardant à jeter un nouveau coup d'oeil, elle jura en réalisant que deux autres morts avait rejoint le premier. Inconscients de sa présence ils déambulaient de manière hagard, les yeux tournés en direction du ciel. Jugeant préférable de ne pas s'obstiner dans cette direction, Thalya revint sur ses pas et quitta la rue principale pour emprunter un autre axe, dépassant au passage deux bennes à ordures qui dégageait une odeur des plus nauséabonde. Accélérant le pas, une enseigne en particulier attira le regard de Thalya

« BigBadWolf Recors – disquaire vintage »

D'aussi loin qu'elle se souvienne, la musique avait toujours fait parti de la vie de Thalya, et ça, c'était à son père qu'elle le devait. Grand collectionneur de vinyl, qu'il amassait depuis les années 70, son père lui avait fait découvrir des styles de musiques aussi riches que variés, allant de l'indétrônable Johnny Cash à qui Thalya avait voué un véritable culte, à Led Zepplin, sans oublier Joan Jett, Jeff Buckley, The Bangles, Gary BB Coleman, Sade, Queen, les Beatles.... il y en avait tant, qu'il était impossible de tous les citer. Elle revoyait encore toute cette façade murale qui occupait le salon et qu'il avait aménagé du sol au plafond pour ranger ses précieux vinyls. Irrémédiablement attirée par cette boutique qui lui rappelait tant de souvenir, Thalya poussa la porte mais fut surprise par le petit tintement d'une clochette qui se mit à résonner. Si aucun mort ne se manifesta à l'intérieur de la boutique il n'en n'allait pas de même pour ceux qui erraient tels des âmes en peine dans les environs

- Saloperie de clochette,
jura-t-elle en relâchant la poignée de la porte

Renonçant à regret, à fouler ce lieu qui lui aurait incontestablement rappelé de nombreux et agréables souvenirs, Thalya préféra ne pas s'attarder dès qu'elle aperçu les premières silhouettes décharnées venir sur elle. Saloperies de virulents ! Même ça, même ce simple petit bonheur, ils parvenaient à le lui prendre. S'engouffrant dans une ruelle, elle enjamba une fenêtre dont la vitre, qui avait été littéralement explosé, était éparpillée comme un millier d'étoile sur le sol. Un bruit attira son attention sur sa droite, immédiatement, elle referma sa main sur un bout de verre tranchant qui était resté sur le rebord de la fenêtre, guettant, tel un reptile prête à fondre sur sa proie, ces bras tordus qui sortaient de l'ombre en s'agitant dans sa direction alors que sa mâchoire claquait mécaniquement. Fonça sur le mort, elle attrapa la rachitique créature par le cou pour l'immobiliser et planta son arme improvisée dans le crâne du virulent qui s'effondra aussitôt. Pendant un long moment, silencieuse, elle resta accroupit à coté du cadavre pestilentiel, guettant d'autres éventuels bruits qui indiqueraient qu'un autre monstre se trouvait ici, tapis dans l'ombre, mais de toute évidence, elle était seule. Balayant la pièce du regard, elle lui rappela cette maisonnée abandonnée dans laquelle Kevin, Kelly, Flora, Jonathan, David et elle avaient trouvé refuge avant qu'ils ne disparaissent emportant avec eux toutes leurs affaires, y compris les siennes... Ce jour-là, elle avait fait le mauvais choix. Sa loyauté envers ses amis qu'elle s'était fait sur la route, l'avait poussé à les choisir eux plutôt que lui. Elle n'était pas le genre de femme qui abandonnait ses amis pour un homme, mais si elle avait su qu'à son retour elle ne trouverait qu'une maison froide et abandonnée de toute vie, si elle avait écouté son coeur plutôt que sa raison, c'est lui qu'elle aurait choisi sans l'ombre d'un doute. Ils n'étaient plus là, ils étaient partis sans l'attendre, sans se demander si elle était toujours en vie. Ils avaient tiré des conclusions attives sans se poser plus de questions, sans lui laisser le moindre message au cas où...


****

La voiture filait à toute allure sur le sol gelé et enneigé. Californienne pure souche, Thalya n'avait pas pour habitude de rouler aussi vite sur un sol recouvert de neige, pourtant cette fois elle n'avait pas hésité à mettre le plus de distance possible entre elle et cette pharmacie qu'elle venait de quitter.
La visibilité était mauvaise, le mauvais temps s'était levé, écrasant sans ménagement les flocons de neiges sur son pare-brise mais ce n'était pas la seule raison qui expliquait pourquoi la route disparaissait devant elle. Elle ne cessait de se passer en boucle cette scène insoutenable dont elle avait été témoin, elle avait vu cette femme se faire littéralement bouffer devant elle. Ses hurlements résonnait encore très distinctement dans sa tête, elle revoyait ses yeux exorbités vaincu par la mort, puis très vite, ses restes se retrouvèrent éparpillés sur sol, éclaboussées de son sang alors que tout autour d'elle, les mort de repaissaient de ce banquet qu'elle leur offrait, lui arrachant les organes tels des bêtes fauves. Thalya pouvait encore entendre le bruit terrifiant de leur mastications résonner dans son esprit. Alors qu'elle avait fermé les yeux une seconde à peine pour chasser cette vision cauchemardesque de son esprit, elle perdit le contrôle de sa voiture, qui après quelques tonneaux bien sentit, alla s'échouer dans un fossé.

Etait-ce ainsi qu'elle allait mourir ? Dans un stupide accident de voiture ? Son corps lâchant finalement prise, Thalya se senti glisser dans une certaine torpeur. S'était terminé, elle n'avait plus peur, elle ne souffrait plus, elle ne sentait même plus le vent glaciale la mordre avec vigueur. Tout était plongé dans l'obscurité, elle ne ressentait plus la moindre sensation, le silence était complet, comme si le vent avait cessé de souffler lui aussi. Etrangement ce fut l'odorat qui la quitta en dernier et de ce qu'elle pouvait en dire, mort sentait, elle sentait fort...


****
Si Thalya n'en gardait aucun souvenir, la nuit avait dû être très longue pour Khaaleb. Plongée dans un sommeil agité, la brune murmura plusieurs fois des choses totalement inaudibles durant son sommeil, ce ne fut qu'avec les premiers rayons du soleil que la brune se sentit doucement émerger de son sommeil. Ce fut d'abord cette forte odeur d'animal combiné à une forte odeur de rance et de renfermé qui vint lui chatouiller désagréablement les narines, puis ce fut autour de la douleur de se manifester. D'abord sa tête l'élançait péniblement, lui donnant la désagréable sensation qu'elle allait exploser d'un moment à l'autre. Peu à peu, elle prit conscience que son corps en entier l'élançait douloureusement, ce qui la força à doucement battre des paupières et à ouvrir les yeux. La première chose que son regard croisa, fut celle de cette silhouette menaçante qui appartenait à un homme qui avait tout du barbare et qui sentait le bouc à plein nez. Les cheveux longs et hirsutes, la barbe épaisse, le regard mauvais sans oublier les vêtements en peaux de bêtes qui venaient compéter la panoplie, son regard s'attarda surtout sur ce couteau qu'il tenait en main. Poussant un cri de frayeur, elle voulu se redresser mais son cri de détresse se transforma aussitôt en un cri de douleur qui lui fit aussitôt renoncer à toute tentative d'agression. Son épaule lui brulait douloureusement et ses côtes l'empêchait presque de respirer lorsqu'elle tentait le moindre mouvement. Paniquée et malgré la douleur qu'elle éprouvait, elle balaya la pièce du regard, prête à se jeter sur n'importe quoi qui pourrait lui être utile pour se protéger de cet homme à la mine patibulaire qui l'observait. Malheureusement pour elle, il n'y avait rien de véritablement utile et quand bien même, dans son état, il n'aurait aucune difficulté à l'empêcher de faire quoi que ce soit. Restant tout d'abord immobile, tel un cobra prêt à frapper au moindre geste déplacé, elle fini par prendre la parole pour le mettre en garde

- Si tu tentes quoi que ce soit je t'arrache les yeux !
Le prévint-elle bien consciente que sa menace ne devait pas vraiment l'effrayer, ce qui serait une erreur en soit.

Thalya ne se faisait aucune illusion sur l'issue de la confrontation s'il devait y en avoir une entre eux mais elle avait suffisamment confiance en elle pour savoir qu'elle lui laisserait d'impérissables souvenirs qui le marquerait à vie. Une bien maigre consolation certes, mais c'était toujours mieux que de se laisser faire docilement. Fixant toujours l'homme qui n'avait pas bougé ni prononcé le moindre mot, elle fini par se calmer et par prêter plus attention au lieu dans lequel ils se trouvaient tout en remontant légèrement sur elle, la couverture qui la recouvrait. Ils se trouvaient dans c qui ressemblait à une petite bicoque vétuste qui, de toute évidence, ne comptait qu'une seule pièce, celle qu'ils occupaient présentement. Elle n'était meublé que d'un lit, celui dans lequel elle se trouvait, une table et deux chaises. Un sac à dos qui ne lui appartenait pas se trouvait dans un coin de la pièce, et le feu avait été allumé dans la cheminée

- Où est-ce qu'on est ? C'est chez toi ?
Demanda-t-elle d'une voix rauque

Sentant sa tête l'élancer, Thalya porta la main à sa tempe en grimaçant. C'est en touchant cette dernière qu'elle réalisa qu'elle avait un pansement, relevant un regard interrogatif sur l'homme peu avenant qui lui faisait face. Baissant les yeux sur les couvertures qui l'enveloppait, elle réalisa que non seulement il ne l'avait pas touché et l'avait soigné, mais qu'en plus de la couverture se trouvait d'autres couches de vêtements... Il s'était occupé d'elle ? Pourquoi ?

- Qu'est-ce qui s'est passé ?


Tout était encore confus dans sa tête, la dernière chose dont elle se souvenait c'était d'avoir perdu le contrôle de sa voiture ensuite, c'était le trou noir. Une chose était sur, elle n'était pas morte, et visiblement c'était à cet homme qu'elle le devait. Devait-elle seulement s'en féliciter ou redouter la suite ?

 
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Khaaleb Talarion
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27.12.19 13:13
In the middle of somewhere

  Thalya et Khaaleb

 


La nuit avait été longue pour Khaaeb. Une nuit froide à attendre, le regard fixé sur le profil de la jeune femme endormie sur ce lit. Au dehors, la tempête avait fait rage sans jamais sembler faiblir. Le vent soufflait à en décrocher les arbres, faisant craquer toutes les planches de la petite masure où ils avaient trouvé refuge. Plusieurs fois, le trappeur s'était demandé si le toit n'allait pas s'envoler, emportant tout, eux y compris. La brise glacée entrait par endroits, faisant tomber quelques flocons éparts qui fondaient à peine. Le feu qu'il avait allumé tenait à peine le froid en respect, crépitant maladivement dans la cheminée aux pierres glacées et moussues. Lui-même, qui d'ordinaire ne souffrait pas trop de ces températures négatives, avait passé des heures à trembler et claquer des dents, ramenant contre lui ses grandes jambes fourbues, soufflant dans ses mains pour les maintenir au chaud. S'il avait conservé sur lui ses vêtements de peaux qui le protégeait malgré tout, il avait laissé sa grande couverture de laine et ses fourrures à l'endormie, espérant que la nuit se passerait mieux pour elle. Ça n'avait pas semblé être le cas pourtant. La jeune femme avait eu un sommeil agité, gémissant, murmurant des mots et des noms qu'il n'était pas parvenu à comprendre. Parlait-elle une autre langue ? Ou bien était-elle simplement si profondément plongée dans l'inconscient qu'il lui était impossible d'articuler distinctement ? Le grand brun n'aurait su le dire. Il ne savait pas non plus combien de temps elle resterait ainsi, en état de transition, entre vie et trépas. Lui-même n'était pas médecin. Il avait fait ce qu'il avait pu dans la mesure de ses faibles moyens. C'était à elle de revenir si elle le décidait.
Il avait donc attendu, encore et encore, sombrant parfois dans un songe dont il sortant en sursaut. Il ne devait pas s'endormir. C'était prendre le risque de se réveiller avec un virulent en face de soi. Jusqu'au petit matin, il avait tenu la garde, inquiet, son poignard fermement serré dans sa main.

L'aube était venue sans apporter de grands changements, sinon une lumière à peine plus claire dans la maisonnette dont les fenêtres étaient depuis longtemps condamnée. Le vent avait faiblit, mais il savait qu'au dehors la neige tombait toujours, recouvrant de plus en plus toute la région. Bientôt, il n'ne serait peut être même plus possible de sortir. Combien de temps seraient-ils coincés ici ?
Tout à ses considérations, l'ancien garde forestier remarqua un mouvement. Doucement, comme appelé par la lumière du jour, la jeune femme remuait. Sur le qui-vive, prêt à bondir si jamais il entendait le moindre grognement, le moindre signe que c'était le monstre et non l'humain qui s'éveillait, il observa, le regard sombre et les mâchoires serrées, ce froncement de sourcils apparaître sur ce visage dont il n'avait eu de cesse de détailler les traits pendant les dernières heures. Dans d'autres circonstances, il aurait pu la trouver jolie, belle même, mais l'inquiétude ne laissait pas la place à ce genre de réflexion. Comme depuis qu'il l'avait allongé dans ce lit, il attendait. Deux yeux s'ouvrirent enfin sur lui, et bien qu'il fut soulagé de ne pas y voir la mort et la faim, comme étaient ceux des marcheurs, il comprit tout de suite que ce n'était pas parce qu'elle était bien vivante que la situation serait plus simple. Un cris strident sorti de ses lèvres, exprimant d'abord la peur puis la douleur. Immédiatement, le géant leva les deux mains devant lui, ne lâchant toutefois pas son arme, pour essayer bien vainement de la calmer et de la rassurer. Si le vent et la neige leur offrait une certaine protection pour le moment, ce n'était pas la peine d'attirer tous les charognards du coin. Dans un tentative d'échappatoire, l'inconnue essaya de bouger, mais comme il l'avait anticipé, son corps était trop meurtri pour faire le moindre geste brusque. Elle resta donc là, interdite et paniquée, jetant des regards affolés tout autour d'elle, cherchant sans doute à comprendre où elle était, comprendre ce qui c'était passé, et surtout comme s'échapper. Toujours immobile, Khaaleb haussa les sourcils devant la veine menace qu'elle lui lança. Tenter quelque chose ? Qu'est ce qu'il aurait bien pu tenter ? Comprenant soudain ce qu'elle voulait dire, il ne trouva quoi répondre. Après tout, ses craintes n'étaient pas infondées. Dans le monde tel qu'il était devenu, les hommes donnaient souvent libre cours ce qu'il y avait de plus pervers dans leur être. Il n'y avait plus de police ni de justice pour les punir, et beaucoup en profitait désormais sans impunité. Le fait qu'elle puisse penser ça le blessa un peu sans qu'il s'en rende compte, mais après tout c'était normal. Elle ne le connaissait pas, il sortait de nul part. A sa place, il aurait sans doute agit de la même façon.
Sans la quitter des yeux, il baissa le bras et remit son couteau dans l'étui accroché à sa ceinture. Il valait mieux lui montrer qu'elle ne risquait rien, et si jamais elle devenait agressive, il savait qu'il n'aurait pas de mal à la maîtriser dans son état. Progressivement, l'inconnue sembla se calmer un peu. Elle jetait toujours autour d'elle des regards interrogateurs plus qu'inquiet à présent, revenant souvent vers lui comme pour le surveiller.
Une nouvelle phrase sortit de sa bouche, une question. Est-ce que cet endroit était chez lui ? Khaaleb n'était plus très sur d'avoir un chez lui quelque part. Cette notion s'était envolée lorsqu'il avait quitté le chalet, laissant derrière lui sa nièce et son beau-frère, des mois plus tôt. Il n'y avait plus aucun endroit qu'il pouvait appeler « maison », plus aucun endroit rassurant. Mais cet bicoque avait au moins le mérite pour elle de les avoir empêché de mourir de froid cette nuit.


« Non... je l'ai trouvé avant le début de la tempête... elle était vide. » Le ton grave et rauque de sa voix le surpris. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas parlé à un autre être vivant. Longtemps qu'il n'avait pas parlé tout court. Il lui arrivait de se faire la conversation à lui-même, mais il évitait autant que possible. C'était la meilleure façon de devenir fou. Il se racla la gorge, et baissa doucement les mains au fur et à mesure que la jeune femme semblait reprendre le contrôle d'elle-même.

Maintenant qu'elle était réveillée, il allait à tout pris devoir la convaincre de le laisser remettre son épaule en place. Il avait hésité pendant la nuit à la lui remettre dans son sommeil, voyant qu'elle restait toujours dans l'inconscience, mais il s'était ravisé. Ce genre d'opération demandait un travail à deux qu'il n'aurait pu accomplir avec un corps inerte. De plus, il aurait pris le risque de la réveiller, et il n'y avait pas beaucoup de pires façons de quitter le sommeil.
A sa troisième question, l'amérindien quitta sa position fixe pour se remettre en mouvement vers son sac à dos qu'il avait laissé dans un coin de la pièce.


« J'ai entendu un bruit, j'ai accouru et j'ai trouvé ta voiture retournée dans le fossé. » commença-t-il à raconter tout en sortant des affaires de son paquetage. « T'as du faire pas mal de tonneaux avant de te crasher, t'avais perdu connaissance. Il y avait plusieurs morts qui tournaient autour... après les avoir éliminé j't'ai sorti de là et puis j't'ai amené ici... » Il passa sous silence le moment où ils avaient bien failli finir congelés parce qu'il n'avait pas tout de suite retrouvé le chemin de la cabane dans la tempête. Elle n'avait pas forcément besoin de tout savoir. Au bout d'un temps de recherche, il trouva enfin ce qu'il cherchait. Sortant une petite flasque, il se redressa de toute sa hauteur. « T'as eu un gros choc sur la tête... j't'ai soigné comme j'ai pu... j'ai pas grand chose avec moi. Pour le reste... » Il laissa sa phrase en suspens. Afin de vérifier que la jeune femme ne présentait pas d'autres blessures graves, il avait été obligé de l'ausculter minutieusement. Songer à cette proximité le mettait un peu mal à l'aise, surtout qu'elle puisse penser qu'il avait pu le faire avec de mauvaises intentions. Khaaleb n'était pas le genre d'homme à profiter de pareille situation. « Tu dois avoir pas mal de bleus, sans doute des côtes fissurés...mais rien d'très grave. Par contre ton épaule est déboîtée, il faut que je la remette en place. » Finit-il avec un ton plus assuré. D'un pas décidé, il s'approcha du lit dans lequel la jeune femme était toujours étendue.
La réaction de recul qu'elle eut ainsi que ce regard mi-paniqué mi-agressive, comme une bête sauvage blessée, lui apprit que de toute évidence elle ne l'entendait pas de cette oreille. Arrivé aux pieds du lit, il poussa un profond soupir. Comment lui faire comprendre qu'elle ne risquait rien ?


« Écoute... va falloir que tu t'calmes et que t'arrête de bouger. Si j'remet pas tout de suite ton bras en place ça risque de s'aggraver, surtout si tu continus à bouger comme ça... et puis si vraiment j'avais voulu te faire quelque chose... j'aurai pas attendu que tu t'réveilles ! » Ajouta le grand brun d'un ton un peu agacé. Les deux inconnus se regardèrent pendant de longues secondes, l'un soutenant le regard de l'autre, méfiance et détermination s'affrontant. Le vent soufflait toujours au dehors. Le feu craquait. Il y avait une force dans ses yeux à elle qui troublait le grand brun, mais il tenait bon. Il ne céderait pas.
Au bout d'un temps qui lui sembla interminable, il vit l'accidentée baisser finalement le regard, résignée. Elle savait qu'elle avait besoin de soins, et elle allait devoir croire en sa bonne volonté, au moins pendant un temps. Satisfait de ce changement d'attitude, Khaaleb lui lança la flasque ainsi qu'un bâton de bois qu'il avait récupéré prêt de la cheminée. « De la gnôle... ça aidera un peu à moins déguster... et ça c'est pour mordre... pas envie que tu recommences à crier et à attirer les voisins. » Ajouta-t-il en s'approchant. Doucement, il l'aida à se redresser, ce qui n'était pas aisé à cause toutes ses contusions. Saisissant son bras d'une main, son épaule de l'autre, il échangea un regard avec sa patiente improvisée.


« A trois ? » Elle acquiesça. Prenant une profonde respiration, le trappeur reporta son attention sur ce qu'il était en train de faire. Le geste n'était pas particulièrement compliqué, mais il fallait être très rapide et précis, pour éviter le plus de mal. « Un... deux...CRAC !! » Il n'avait pas attendu le trois, préférant jouer sur le surprise. Relâchant sa prise, il resta muet, se reculant rapidement en voyant la douleur s'exprimer à travers les yeux de la jeune femme, ce cris étouffé sortir de sa gorge qui noua instantanément la sienne. Il resta immobile, sans savoir trop quoi faire, attendre que la douleur passe et qu'elle se qu'elle se calme à nouveau. Il le savait, maintenant que l'épaule était remise, ça irait vite mieux.

La laissant reprendre son souffle, il alla à nouveau vers son sac et en sorti une petite besace qui contenait quelques provisions et une gourde qu'il alla déposer à coté d'elle sur le lit. « Tiens... maintenant il faut que tu reprennes des forces. »
Avec un air un peu penaud, comme s'il était responsable de ce qui lui était arrivé, il retourna s'asseoir dans son coin prêt de la cheminée, attendant les réactions de la jeune femme avec appréhension, mais laissant apparaître une fausse décontraction.


« Au fait... Je m'appelle Khaaleb... et toi ? »
 
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Thalya Torres
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23.01.20 15:25
In the middle of somewhere

Khaaleb & Thalya




Il y avait bien longtemps que Thalya avait perdu ses repères, bien longtemps que tout ce qu'elle considérait comme acquis avait disparu. Aussi se retrouver dans un lieu qu'elle ne connaissait pas en compagnie d'un inconnu à l'apparence menaçante n'avait strictement rien de rassurant pourtant, les minutes s'égrainant, Thalya était parvenue à mettre en sourdine la peur panique qui lui torturait les entrailles. D'aussi loin qu'elle se souvienne, Thalya avait toujours eut cette facilité d'adaptation, une qualité qui s'était accrue dans ce monde qu'était désormais le leur. Question de survie... et bien qu'elle restait méfiante à son égard, il ne lui avait pour le moment, donné aucune raison de se comporter comme une hystérique. Si son physique n'avait strictement rien d'engageant avec ses habits en peaux de bêtes, sa barbe hirsute, ses long cheveux crépu et emmêlés et son regard inquisiteur, son attitude elle, inspirait la confiance. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l'homme restait à distance respectueuse pour ne pas envahir son espace, avaient des gestes lents pour qu'elle ne se sente pas agresser et son regard,... son regard avait quelque chose de troublant, de dur qui dégageait une force qui n'était pas que physique. Dans ses yeux se reflétait quelque chose de doux t sincère qui inspirait la confiance. Bien qu'un peu plus détendue et bien qu'elle avait presque envie de lui accorder sa confiance, Thalya n'était pas naïve et préférait rester sur ses gardes, après tout elle ne le connaissait pas et des hommes aux regards de braises elle en avait connu suffisamment pour savoir que ce n'était pas un gage de confiance. C'était beaucoup trop tôt pour cela.

Une voix rauque, grave et hésitante se mit à résonner dans la pièce, une voix qui à l'instar de son regard de velours, contribua elle aussi à la mettre en confiance. L'homme qui se tenait face à elle ne parlait pas avec assurance, pas plus qu'il ne cherchait à s'imposer où à se montrer familier, irrespectueux ou agressif. Il semblait ne pas avoir l'habitude de fréquenter des gens ou de tenir une conversation. Vivait-il seul depuis le début de cette infection ? Avant même ? Qui donc pouvait vivre ainsi ? Avec méfiance, les sourcils légèrement froncés, et l'inquiétude revenant au galop, Thalya l'observa se lever pour se diriger vers son sac à dos qui était posé dans un coin. Elle ne vit pas immédiatement ce qu'il y cherchait, sa masse corporel auquel s'ajoutait cette couche de vêtements en peaux de bêtes lui obstruant la vue, mais le coeur battant elle ne le quitta pas des yeux tout en écoutant son récit. Elle avait peut-être regardé trop de film d'horreur mais tant qu'elle ne voyait pas ce qu'il était entrain de trafiquer elle n'était absolument pas rassurée. Au fur et à mesure, l'inquiétude se dissipa, non pas parce qu'elle se sentait en confiance mais parce qu'il avait détourné son attention sur autre chose, les souvenirs de son accident lui revenant en mémoire au fil de son récit...

La nuit était tombée rapidement, la visibilité était plus que mauvaise avec cette obscurité et le pare-brise de la voiture qu'elle roulait était crasseux à souhait, rempli de poussière, de boue et de sang, ce qui n'arrangeait en rien sa visibilité, mais ce n'était pas pour autant que Thalya avec décélérer, bien au contraire. Les routes avaient beau être glissantes, la neige tomber à dru et pour sa part, elle avait ne pas avoir l'habitude rouler dans de telles conditions climatiques, il lui était impossible de lever le pied de l'accélérateur. Elle avait besoin de mettre le plus de distance possible entre elle et cette maudite pharmacie qu'elle fuyait à toute jambe, où une effroyable scène de boucherie s'était déroulée sous ses yeux. Elle pouvait encore entendre résonner dans sa tête les hurlements de terreur et de douleur de cette femme qu'elle ne connaissait pas mais qu'elle ne pourrait jamais oublier... Tel un mauvais film qu'elle se repassait en boucle, elle avait l'impression de voir et revoir encore et encore, ces monstres lui arracher les muscles de sa cuisse pour l'un, le nez pour l'autre,... Les morts étaient tels des piranhas affamés qui se jetaient sur leur proie sans leur laisser la moindre chance de s'échapper, leur faisant vivre une terrible et lente agonie. Cette inconnue, qui aurait très bien pu être elle, hurlait encore lorsque Thalya avait rejoint sa voiture et mis le contact. Fonçant à vive allure, elle n'avait fermé les yeux que l'espace de quelques seconde à peine pour chasser cette vision cauchemardesque de son esprit, une seconde de trop durant laquelle elle avait perdu le contrôle de sa voiture pour se retrouver dans le fossé, ensuite, c'était le trou noir, jusqu'à son réveil. Sans l'intervention de cet homme, il était évident qu'elle serait morte de froid, ou pire encore, elle aurait très bien connaître le même funeste destin que cet femme. Penser à cela, la fit trembler de tous ses membres.

- Attends, ça fait combien de temps que je suis ici ?


Combien de temps était-elle resté inconsciente ? Un sentiment de panique s'empara d'elle en pensant à son groupe. Ne la voyant pas revenir, ils devaient s'inquiéter pour elle, peit-être même étaient-ils entrain de la chercher ? Elle ne pouvait pas rester ici, elle devait les rejoindre. Voulant joindre le geste à ses pensées, Thalya esquissa un mouvement pour repousser ses couvertures et sortir du lit, mais elle en fut bien incapable et la douleur qui la traversa lui fit aussitôt renoncer à son projet. Bon sang comment allait-elle faire pour les prévenir ? Elle ne savait même pas où elle était ! Cette situation lui donnait juste envie de pleurer, ça commençait à faire beaucoup d'émotion, mais elle était bien trop fière pour se laisser aller devant un inconnu. Le voyant se relever, elle découvrit ce qu'il s'était tellement évertué à chercher et resta circonspect, le temps d'un laps de temps plus ou moins long, de découvrir que ce qu'il recherchait avec tant d'acharnement n'était autre qu'une... une flasque d'alcool ? Vraiment ?

Il y avait quelque chose d'attendrissant, qui ne la laissait pas insensible à entendre cet homme lui avouer qu'il avait tenté de la soigner du mieux qu'il avait pu, s'excusant presque de ne pas avoir été capable de faire plus que le strict minimum. Mais pourquoi prenait-il cet air soudainement gêné ? Le fixant comme si elle cherchait à lire en lui, elle devina très rapidement la raison de son embarras et sentit ses joues s'empourprer à cette idée. Thalya n'était pas prude, en vérité elle ne l'avait jamais été, elle se savait belle et en avait souvent joué, mais étrangement cette fois c'était différent. Etre touché par un inconnu alors qu'elle était inconsciente n'était pas franchement de son goût, toutefois, elle devait bien admettre qu'en ces temps troublés elle avait eut énormément de chance d'être tombé sur cet homme qui n'avait fait que lui porter secours. Après tout, il n'avait cherché qu'à lui venir en aide, c'était un peu comme si des pompiers ou des ambulanciers étaient intervenus. S'il avait réellement voulu lui faire du mal, s'il n'avait été qu'une bête en chaleur, il n'aurait pas ce regard, elle n'y décelait d'ailleurs aucune lubricité, et puis, il n'agirait surement pas de cette manière. Décidant de lui accorder le bénéfice du doute et de passer outre cette histoire d'auscultation, elle releva sa tête dans sa direction et tenta de se reculer vivement en l'entendant lui parler de remettre son épaule, ce qui lui valu de ressentir une douleur aiguë traverser son épaule et lui coupa la respiration nette, ce qui la fit aussitôt renoncer dans une grimace effroyablement douloureuse. Lorsqu'elle pu enfin respirer à nouveau normalement, passant outre la douleur qui traversait tout son coeur, la jeune femme fit un signe négatif de la tête

- N...non !! Tu es médecin ? Non, alors c'est hors de question ! Je t'interdis de me toucher !


La douleur avait beau l'élancer continuellement de manière insoutenable et lui brûler l'épaule au point de lui donner envie de pleurer, si ses yeux avaient été des revolver, nul doute que l'inconnu aurait été fusillé sur place et sans sommation ! Ce type était bien gentil mais s'il s'imaginait qu'elle allait se laisser faire bien docilement il faisait erreur ! Elle ne pouvait pas nier que son épaule la faisait atrocement souffrir mais il était hors de question qu'elle s'en remette aveuglément à un homme qu'elle ne connaissait ni d'Adam ni de Eve pour jouer aux apprentis médecin avec elle ! D'ailleurs, il s'imaginait que son épaule était déboitée mais cela n'avait peut-être strictement rien à voir, c'était peut-être juste cassé et dans ce cas il était préférable d'immobiliser son bras... ça serait douloureux pendant quelques temps mais ça finirait par se remettre. TOUT SEUL !
S'arrêtant devant le lit, l'homme la fixa avant de pousser un profond soupir et de reprendre le dialogue qui visait à lui faire changer sa position. De toute évidence il ne ferait rien sans son accord, ce qui en soi était malgré tout rassurant. Thalya se sentit à nouveau s'empourprer de colère en l'entendant lui dire à haute voix ce qu'elle avait deviné. Il ne lui ferait rien et elle avait bien compris qu'il n'était pas le genre d'homme à abuser des femmes mais pouvait-elle s'en remettre aveuglémet à lui pour autant ? Ça c'était une autre histoire parce qu'à le voir ainsi, il n'aspirait pas franchement la confiance ! Les deux inconnus se défièrent durant un temps du regard, ni l'un ni l'autre ne semblait prêt à céder du terrain, ce qui inconsciemment la troublait. Pour quelle raison tenait-il tant à lui remettre son épaule en place ? Qu'est-ce que ça pouvait lui apporter ? D'un autre coté, qu'est-ce que ça lui apportait à elle de se montrer aussi obstinée ? C'était pas non plus comme si elle avait réellement l'embarras du choix. Ça lui coutait de le reconnaître mais il fallait bien admettre qu'elle avait besoin de lui et qu'il semblait savoir ce qu'il faisait. Furieuse de se sentir ainsi à sa merci, le regard noir de Thalya se fit encore plus assassin qu'il ne l'était déjà avant de s'avouer vaincu et de baisser les yeux. Visiblement soulagé, l'homme lui balança sa flasque ce qui l'incita à relever son regard dur et contrarié sur lui. Non mais c'était quoi ces manières ?!!! C'était pas sur un homme qu'elle était tombée, mais un homme de l'âge de pierre avec les manières qui allaient avec. Décidément tout en lui l'exaspérait ! Si elle voulait être parfaitement honnête, elle avait beau être exaspéré d'avoir du lui donner raison, par ses manières et avouons-le aussi, l'odeur très forte qu'il dégageait, dans le fond, ce n'était pas proprement à ce pauvre bougre qu'elle en voulait mais plutôt à elle et à sa situation qui la mettait dans une position de faiblesse dont elle avait horreur. Furieuse, elle s'empara de la flasque et la dévissa avant de s'enfiler une bonne rasade d'alcool. Cela faisait bien longtemps que ce breuvage n'avait pas brulé sa gorge et elle devait bien l'admettre, ça lui faisait un bien fou et en plus, ça la réchauffait. Refermant le délicieux breuvage avant d'être tenté de finir la flasque, elle leva un regard interloquée sur lui lorsqu'il lui présenta un baton qu'elle devrait mordre

- Pardon ?!


Mordre ? Comment ça mordre ? Ça allait être douloureux à ce point ?! Elle n'avait soudainement plus du tout envie de le faire... Et puis c'était quoi cette remarque complétement déplacée ?!!

- J'ai attiré personne !! Ensuite si tu ne voulais pas me faire hurler tu n'avais pas besoin de te pencher sur moi comme tu l'as fait lorsque je me suis réveillée ! Désolée de te le faire remarquer mais en ce moment tu tiens plus de la Bête que du Prince charmant !

Elle y était put-être allée un peu fort, et ses paroles avaient quelque peu dépassé sa pensée mais il l'avait cherché et elle n'était pas réellement d'humeur, la douleur la rendant particulièrement irascible. Préférant changer de sujet, elle leva son regard sur lui alors qu'il tentait de l'aider à se relever avec une délicatesse qu'elle ne lui aurait pourtant jamais soupçonné surtout après ce qu'elle venait de lui dire. D'une voix plus calme, elle lui posa la question qui l'intéressait réellement.

- Tu sais ce que tu fais au moins ?


Il dégageait beaucoup d'assurance et paraissait parfaitement savoir ce qu'il faisait mais elle espérait sincèrement que ce n'était pas que de l'esbroufe et qu'il avait déjà pratiqué ce genre de chose. Alors qu'il calait sa main derrière son épaule et qu'il commença le décompte elle retira le bâton de sa bouche et l'interrompit une nouvelle fois

- Attends... tu vas vraiment le faire à un n'est-ce pas ? Non parce qu'il faut que je me prépare, fait pas comme dans ces films où celui qui compte triche et fait son truc avant parce que j'ai besoin de me préparer et …

Sans prendre la peine de lui répondre, un brin exaspéré, il se contenta de replacer le bâton entre ses lèvres, de toute manière, il n'y avait rien à répondre.

- Dvis que jf pale mro,
s'offusqua-t-elle alors que le décompte avait reprit

C'était la peur qui la faisait parler, et Thalya ne cherchait qu'à gagner du temps, quelques ridicules secondes de répit avant ce moment qu'elle redoutait déjà et qui arriva avant l'heure puisqu'il n'attendit pas la fin du décompte pour remettre son épaule en place. Thalya savait qu'elle allait avoir mal, qu'elle allait souffrir et que la douleur qu'elle ressentait actuellement n'était rien en comparaison de ce qui l'attendait, mais elle était loin de se douter à quel point. Ce cabrant en arrière, les yeux exorbités par cette terrible douleur qui lui traversait tout le corps, Thalya, qui s'était pourtant promis de pas hurler, poussa un cri étouffé qui, si elle avait pu, aurait sans nul doute résonné jusqu'à l'autre bout de ce foutu pays de merde !
Laissant l'horrible douleur passer, Thalya réalisa, qu'aussi paradoxale que cela puisse paraître, elle allait déjà mieux, en même temps, lorsque l'on vous infligeait une telle douleur, comme cela pourrait-il être pire ? Reprenant peu à peu contenance, son regard humide se posa sur son sauveur qui était à nouveau parti farfouiller dans son sac magique avant de revenir vers elle avec un peu de vivre et une gourde qu'il déposa cette fois sur le lit à ses côtés (peut-être avait-il compris qu'elle n'avait pas particulièrement apprécié son lancé de rugby) avant de repartir s'assoir à proximité de la cheminée. Thalya aurait pu dire à cet étranger qu'il pouvait rester mais et bien qu'il avait fait énormément pour elle jusqu'ici, ils ne se connaissaient pas suffisamment et elle ne voulait pas qu'il prenne cela pour une invitation aussi s'abstint-elle de le rappeler. Du bout des doigts, elle prit un petit morceau de cette barre de céréale qu'il venait de lui offrir et qu'elle mâchonna tout doucement, en appréciant chaque bouchée. Thalya se sentit soudainement très redevable envers cet étranger qui lui avait sauvé la vie, soignée et à présent qui la nourrissait alors qu'elle même ne s'était pas montrée très agréable jusqu'à présent. Ne souhaitant pas prendre sa nourriture, elle savait combien il était difficile de manger à sa faim aujourd'hui, elle aurait aimé avoir la force de la lui rendre mais elle était bien trop tiraillée par cette dernière pour résister à la tentation. Grignotant par petit bout sans le quitter du regard, elle termina de mâchouiller ce qu'elle avait en bouche avant de répondre à sa question.

- Thalya. Tu ne manges pas ? Tiens


Faisant pression avec sa main valide sur la barre de céréale, elle brisa ce qu'il en restait en deux, éparpillant quelques grains de riz soufflés sur la couverture avant de lui tendre un des deux bouts

- Je pourrais plus rien avaler si tu me regardes manger,
insista-t-elle

Une fois qu'elle eut gain de cause, elle reprit

- Alors ? Ça fait longtemps que tu es seul ?


Cela se voyait qu'elle avait croisé la route d'un solitaire, à sa manière de se tenir, sa façon d'être, à son état, Que lui était-il arrivé ? Quel était son histoire ? Elle espérait bien en apprendre un peu plus long sur lui. Contrairement à lui, depuis le début de cet enfer, elle ne s'était jamais retrouvée seule, elle avait rejoint des personnes par la force des choses. Ensemble, ils s'étaient constitués un groupe qui s'entraidait, certains étaient encore là d'autres non et de nouvelles personnes les avaient remplacé... Chacun possédait une compétence qui complétait le groupe et certains d'entre eux étaient devenus de véritables amis. Ces idiots lui manquaient en cet instant, ils devaient terriblement s'inquiéter à ne pas la voir revenir

« Quand est-ce qu'on peut repartir ?... »


***

Il lui semblait avoir posé cette question, à moins qu'elle ne l'ai tout simplement rêvé.... L'épuisement, le choc de l'accident et probablement aussi ses multiples blessures eurent raison d'elle et Thalya passa trois journées à dormir d'un sommeil profond et récupérateur comme ça ne lui était plus arrivée depuis une éternité. Parce qu'elle savait au plus profond d'elle-même, qu'elle était en sécurité et qu'elle ne risquait rien. Par moment, elle se sentait émerger de son rêve, ses paupières se mettaient alors à papillonner et aussitôt ses yeux le recherchait. Il n'en n'avait pas toujours conscience car parfois il se tenait de dos, s'affairant à quelques affaires et elle se rendormait, rassurée par sa présence.
Ce ne fut que le quatrième jours que Thalya se réveilla totalement, prête à quitter cet endroit mais le ciel en avait décidé autrement puisqu'une tempête de neige s'était levée depuis quelques heures seulement, mettant à mal son projet de repartir pour trouver ses amis.

- C'est pas possible ! Ça ne s'arrête donc jamais !
Pesta-t-elle alors qu'au dehors la tempête qui sévissait l'empêchait de voir à un mètre. Tu crois que ça va durer encore longtemps ?

La californienne qu'elle était se languissait du soleil et des températures estivales dont les rayons chaud caressaient votre peau... Ces températures négatives étaient absolument invivable à ses yeux. Cela faisait plusieurs jours à présent qu'elle avait disparu, si ses amis étaient partis à sa recherche, peut-être avaient-ils retrouvé sa voiture accidentée sans se douter une seule seconde qu'elle ne se trouvait qu'à quelques mètres. Plus triste encore, probablement la croyait-il morte... Il n'y avait pas si longtemps, un simple coup de fil ou même un texto, aurait suffit à les rassurer mais aujourd'hui ils en était revenu à l'âge de pierre avec des moyens de communications frôlant le zéro, ce qui avait le don de l'irriter et malheureusement pour elle, il n'y avait pas grand chose à faire si ce n'était à prendre son mal en patience sauf que de la patience si lui en avait à revendre, ce n'était pas réellement son cas. Son regard glissa alors sur le brun qui occupait cet espace avec elle et sans qui elle ne serait probablement pas là aujourd'hui.

- Tu ne m'as pas dit ce que tu faisais avant... Laisse-moi réfléchir... Tu as des connaissances dans le médicale, mais tu n'es pas médecin fit-elle en se levant du lit pour le rejoindre tout en s'enveloppant dans la couverture qui se trouvait sur le lit. Peut-être as-tu même un brevet de secourisme ? De toute évidence, tu sais te débrouiller à l'extérieur, tu sais cuisiner avec pas grand chose, et tu n'es pas très bavard, tu es même plutôt du genre solitaire.... Reporter ? Ou peut-être militaire ? Non, tu n'as vraiment rien d'un militaire, fit-elle en le détaillant du regard, reporter ça te va bien. Allez Khaaleb, parle-moi de toi où je vais très vite devenir insupportable, je t'aurais prévenu et tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même...

****


5 Jours plus tard...

La patience n'ayant jamais été son fort, Thalya n'en pouvait plus de se retrouver enfermé dans cette cabane gelé, dont le froid extérieur passait par tous les orifices possibles et imaginables de cette bicoque, ce qui ne faisait que rendre son humeur particulièrement exécrable

- ça ne s'est toujours pas calmé ! Combien de temps on va encore rester coincé ici ? Roooh j'en peux plus ! S'agaça-t-elle en quittant la fenêtre avant de tourner sur l'homme un regard impatient. Tu ne comptes rien faire ? J'ai une suggestion qui pourrait t'occuper... vu que nous sommes coincés ici encore un bon bout de temps et si tu en profitais pour te laver ? Tu embaumes cette pièce et autant te le dire ça ne sent pas la rose


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Khaaleb Talarion
The pain doesn't go away

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Lieu de naissance : Réserve de Kánesatake, Québec

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11.02.20 18:01
In the middle of somewhere

  Thalya et Khaaleb

 

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Assis tout prêt de la cheminée crépitante, Khaaleb sentait la chaleur des flammes qui lui piquait la peau du visage. Le dos calé contre le mur de la petite maison qui était désormais la leur, le grand brun se saisit d'une des bûches qui se trouvaient proches de l'âtre et la déposa délicatement sur les braises d'où s’échappèrent des flammèches brillantes. Un tisonnier à la main, il remua le bois, mêlant celui qui avait déjà rougit à celui qui commençait à fumer. Une chaleur plus vive encore lui caressa le dos de la main. Les réserves n'étaient pas immenses, qu'il s'agisse de la nourriture ou du combustible, mais ils ne mouraient ni de faim ni de froid tout de suite, ce qui en soit constituait une assez bonne nouvelle. Reposant la longue barre de fer dans son socle, le jeune homme frotta l'une contre l'autre les paumes de ses mains afin d'en retirer la cendre et la mousse, avant de reporter son attention sur la jeune femme au moment où celle-ci consentait à lui révéler son prénom. Thalya. Joli nom, à l'image de celle qui le portait. Les sourcils de l'amérindien se froncèrent légèrement à cette pensée qu'il rejeta aussitôt. Cette femme était une inconnue que le hasard avait mis sur sa route, et tout portait à croire que leurs chemins se sépareraient aussi vite qu'ils s'étaient croisés. Alors il valait mieux éviter ce genre de pensées.

Fait surprenant, au lieu de se jeter sur la nourriture qu'il lui avait donné, la blessée cassa la barre en deux et lui tendit une partie. Hochant la tête de gauche à droite, il leva la main en signe de refus, mais voyant qu'elle insistait, il tendit le bras pour la saisir, grognant comme un animal, ignorant le frisson qui lui parcouru l'échine lorsque leurs doigts se frôlèrent. Après des mois de solitude volontaire, il était difficile pour Khaaleb de se retrouver ainsi au contact d'un autre être humain, et surtout d'un spécimen aussi bavard et colérique. Sans doute une farce des esprits qui y voyaient là une situation aussi cocasse que désopilante.
Bien qu'il n'eut pas particulièrement faim, le géant mordit dans sa ration de nourriture et mâcha bruyamment les céréales, laissant son regard retourner à la contemplation des flammes. S'il avait partagé sa nourriture de bonne grâce avec la rescapée, sans rien attendre en retour, il lui était reconnaissant de ce geste. Ce genre de denrée étaient devenu si rares de leurs jours qu'ils devenaient des mets précieux et convoités. Les partager ainsi étaient à ses yeux un acte d'une grande générosité qui le réconforta un peu sur la nature de la personne qu'il avait sauvé. Tout n'avait pas particulièrement bien commencé, mais lorsqu'elle cessait de hurlait, la dénommée Thalya se montrait bien plus sympathique qu'au premier abord. Et surtout d'une avide curiosité.
La question qu'elle lui posa le laissa figé dans un silence pensif, mâchant et avalant avec difficulté les céréales réduites en bouillie dans sa bouche. Ses mâchoires se serrèrent alors qu'il réfléchissait une réponse qui serait sincère. Depuis qu'il avait quitté sa maison, laissant derrière lui une partie de sa famille, le trappeur avait à plusieurs reprises croisé la route de survivants, partageant parfois avec eux un repars, un toit, faisant un bout de route. Mais toutes ses rencontres s'étaient mal terminées, et l'homme des bois avait fini par apprendre la méfiance. Il avait appris à évier les hommes vivants comme les morts, il avait appris à marcher seul. Et puisqu'il n'avait trouvé personnes encore en vie en arrivant au bout de son long périple, c'est toujours seul qu'il marchait à présent en rentrant chez lui.
Tordant sa bouche dans un rictus, il se gratta le menton, lissant dans un geste habituel sa barbe broussailleuse.


« Longtemps que je suis seul ? Mmrf... j'en sais rien... » finit-il par dire en attrapant une petite branche qui était tombé du foyer et en la jetant dans les flammes. S'il tentait de donner un air détendu au son de sa voix, toute sa gestuelle permettait de comprendre que ce sujet le mettait mal à l'aise, qu'il éveillait de mauvaises choses en lui. Même Thalya, qui ne le connaissait pas depuis plus de quelques minutes pouvait le remarquer. Si l'amérindien était seul par choix, ça ne voulait pas dire qu'il n'en éprouvait aucun regret. « un an peut être... un truc comme ça. J'ai un peu perdu le compte des jours... »


Ce qui était une vérité. Depuis que tout le monde moderne avait périclité, la plupart de ceux qui vivaient encore avaient perdu toute notion de semaines ou de jours. Quelques-uns parvenaient à tenir le compte, mais lorsque comme le géant on traversait la nature seul, avec pour unique compagnie que le vent et les corbeaux, on perdait vite le fil. La seule chose dont l'ancien garde forestier était certain c'était la saison, l'hiver, sans doute entre fin janvier et début février. Au-delà de ça, il n'aurait pas été capable de s'avancer plus. Et s'il avait raison, ça faisait donc plus d'un an qu'il marchait ainsi à travers tout le pays à la recherche de fantômes qui ne cessaient de lui échapper.


« Et toi ? » reprit-il en tournant à nouveau le visage vers la jeune femme qui se trouvait toujours assise sur le lit afin de détourner un peu l'attention « Tu es avec quelqu'un ? Enfin je veux dire... tu as un groupe ? » demanda-t-il visiblement mal à l'aise. Le manque d'habitude à tenir une conversation lui donnait l'impression d'être pataud et ridicule et il détestait ça. Encore qu'il aurait du s'en foutre. Après tout, qu'est ce que ça pouvait bien lui faire que l'inconnue soit seule elle aussi ou non. Elle n'était rien pour lui et il n'avait pas grand chose à faire de ce qu'elle pouvait bien penser de sa personne. Sauf que voilà, il n'y arrivait pas.
Rendu grognon par ce constat, il croqua dans le dernier morceau de sa barre de céréales qu'il mâcha avec acharnement.
Une nouvelle question eut cependant l'effet immédiat de le calmer. Tournant le visage vers la jolie brune, il la retrouva le regard perdu vers les fenêtres calfeutrées de planches vermoulues. A la fatigue et à la douleur des suites de l'accident, venait s'ajouter sur son joli  visage d'une autre expression, l'inquiétude. Une tristesse et une peur voilait ses grands yeux, et le géant s'en troubla. Elle se souciait réellement de ceux qui l'attendaient au dehors, ceux là même qui devaient être en train de la chercher. Sa nouvelle famille. Khaaleb s'en voulu de s'être laissé aller à des pensées aussi égocentrique. En cet instant, la jeune femme devait se sentir bien plus seule, loin des siens qu'elle était, que lui lorsqu'il avait traversé la nature sauvage. Toujours immobile, il se promis de tout faire pour l'aider et la ramener auprès de son groupe, même si cela signifiait pour lui retourner à sa propre solitude.


« Il tombe moins de neige qu'hier soir mais pour le moment ça souffle encore trop... ça devrait se calmer demain. Dès que tu iras mieux, on pourra essayer d'aller retrouver tes amis, mais pour le moment il faut que tu te reposes... t'es pas en état d'affronter ce blizzard. Tiens... enroules toi là dedans... » dit-il en lui tentant une autre couverture alors qu'elle frissonnait. « Tu devrais dormir. T’inquiète pas... je monte la garde. » Ajouta l'amérindien alors qu'il remettait une nouvelle bûche dans l'âtre.

***

Depuis le premier réveil de Thalya, trois jours s'étaient passés. La tempête qui sévissait au dehors avait eu le temps de se calmer, mais la jeune femme, sans doute exténuée par ses propres aventures et ses blessures avait enchaîné les phases de sommeil troublés, chuchotant entre deux rêves, enroulée sous les couvertures qui recouvraient le lit. Comme il le lui avait promis, Khaaleb avait monté la garde, surveillant les alentours de la petite bicoque, alimentant le feu pour maintenir dans la seule pièce de la maison un semblant de chaleur. S'il était certain que la jeune femme reprenait des forces, il n'en restait pas moins attentif à chacun de ses gestes. Après tout il n'était pas médecin, et quelque chose aurait très bien pu lui échapper. Alors il l'observait, aussi régulièrement que discrètement, s'habituant à cette présence à ses côtés. Et bien qu'il faisait tout pour tenir loin de lui ses pensées, il ne pouvait pas s'empêcher de la trouver belle, endormie qu'elle était, sereine. Parfois, alors qu'elle ouvrait les paupières, leurs regards se croisaient et il lui souriait doucement, comme pour la rassurer, lui montrer qu'il était toujours là. Parfois aussi, lorsqu'il était sur qu'elle dormait à point fermé, il sortait afin de trouver du bois ou de la nourriture, prenant soin de ne jamais quitter des yeux la forme sombre de la cahute dans la neige immaculée qui avait recouvert toute la région. Les températures avaient encore baissé, mais pas le vent qui vous giflait avec violence. Si les morts tenaient leurs distances et que tout au dehors semblait calme, le trappeur savait que l'accalmie ne durerait pas. Et comme il s'y était attendu, au matin du troisième jour, le soleil ne se leva pas. Le vent avait ramené des nuages et avec eux la neige qui tombait drue sur la campagne environnante, plus fort encore que le soir de l'accident. Si la veille encore il avait été confiant sur leurs chances de retrouver le groupe de Thalya rapidement, il savait que c'était fichu pour aujourd'hui.


Alors qu'il était en train de réduire en purée à l'aide d'un pilon en bois des glands qu'il avait trouvé prêt de la maison et fait cuir dans la cheminée, il fut surprit d'entendre la voix de la jeune femme derrière lui. Jetant un coup d’œil derrière son épaule, il la vit observer vainement l'extérieur entre deux planches. Cette fois la jolie brune semblait parfaitement  éveillée. Retournant à sa purée, il se surpris à ressentir de la joie à la trouver ainsi enfin debout et en forme.


« Nan aucune idée. Hier ça allait mieux... mais depuis cette nuit ça a recommencé a neigé. » Répondit-il d'un air distrait. En cette saison, la météo était des plus capricieuse. Cette nouvelle vague de tempête pouvait s'arrêter d'un coup, comme durer encore plusieurs jours. Étrangement, le grand brun ne savait pas vraiment quelle option il préférait. Alors qu'elle le rejoignait et s'asseyait avec lui devant la cheminée, il remplit une tasse en acier de la mixture qu'il avait préparé. « Tiens... c'est amer, mais ça nourrit... » dit-il avant d'en avaler une grosse cuillère directement à la casserole. La jeune femme se lança ensuite dans un petit jeu qui était sans nul doute devenu le favori de tous les survivants, à savoir deviner ce que les uns et les autres avaient pu faire avant la fin du monde. Et si ses propositions étaient plus que cocasses -Khaaleb faillit s'étouffer avec sa purée en entendant le militaire- il fallait avouer que la jeune femme n'était pas très douée à ce petit jeu. Toussant et se raclant la gorge, le grand brun attrapa une gourde et but une longue gorgée d'eau avant de s'essuyer la bouche d'un revers de la main. « Tu veux dire encore plus insupportable que maintenant ? » Sa voix rauque avait quelque chose de sérieux que ni son regard pétillant ni son sourire n'avaient, et Thalya pu très vite comprendre que le trappeur s'essayait là à l'humour. Voyant le visage faussement vexé de la jolie brune le géant laissa échapper quelque chose qui lui était presque devenu inconnu. Un rire, franc et sincère, grave, qui résonna dans toute la petite cabane. « Aller aller, ne fais pas cette tête je rigolais... » dit-il en retrouvant son sérieux, mais toujours un sourire amusé éclairant son visage. Un but une nouvelle gorgée d'eau puis se racla la gorge d'une façon pas très gracieuse. « Désolé de te décevoir... mais tu t'es trompée. Pas militaire... ah ça nan... ni reporter d'ailleurs. Enfin j'ai toujours bien aimé la photo... mais nan. » replongeant son regard dans sa purée, il en avala quelques bouchées avant de reprendre, laissant la jeune femme attendre volontairement, ménageant ses effets, lui faisant croire qu'il n'en dirait pas plus. Mais au bout de quelques secondes, le regard toujours braqué sur sa nourriture, il reprit la parole, reniflant bruyamment et retrouvant tout d'un coup son sérieux. « J'étais garde forestier... c'est pour ça que j'sais me démerder dehors... et que je savais comment remettre ton épaule. J'ai d'jà du le faire plusieurs fois sur des promeneurs qui avaient fait une mauvaise chute... j'bossais dans les environs de Kelowna, c'est là que je vais... j'ai de la famille là bas. » A ces mots, les visages de Terry et de Leslie apparurent dans son esprit, et avec eux une douleur sourde dans la poitrine. Les évoquer, même de façon aussi détournée, éveillait la peur et la culpabilité qu'il ressentait à les avoir ainsi abandonné. C'était pour réparer cette erreur qu'il avait fait toute la route en sens inverse, ne tenant que grâce à l'espoir de les imaginer encore en vie. Mâchant sa purée, il déglutit avec difficulté, se rendant soudain compte du mutisme dans lequel il était tombé. La jeune femme, qui se trouvait toujours à côté de lui, allait sans doute lui demander des détails sur ce qu'il venait de dire, ce qu'il préférait éviter au maximum.
Reposant sa casserole, il lissa sa moustache puis croisa les bras, regardant la jolie brune avec un regard soudain intrigué et curieux. « MMMmmm et toi alors ? Qu'est ce que tu pouvais bien faire. » Après tout, lui aussi pouvait bien jouer. Ils n'avaient pas grand chose de mieux à faire de toute façon. « Je sais pas pourquoi... j'imagine bien un truc manuel, j'te vois pas du tout reste assise derrière un bureau toute la journée à jouer les gratte papier. Alors je dirai... jsais pas... un truc artistique ? Ou alors dans la mécanique peut être ? »
Sans doute une proposition surprenante, mais Thalya n'avait pas les mains de quelqu'un qui ne savait rien faire de ses dix doigts. Et puis elle était surprenante elle-même, sous bien des aspects, et plus il apprenait à la connaître, et plus le géant comprenait à quel point.


***


Cinq jours plus tard, tous les aspects positifs de la jeune femme avec qui il partageait le petite espace de vie s'étaient envolés, et il se demandait comment est ce qu'il avait même pu la trouver charmante l'espace d'un instant. La tempête ne s'était pas calmée, bien au contraire, échauffant leurs esprits mutuels. Comme si le mauvais temps extérieur influençait l'air ambiant, le rendant vicieux et mauvais. Si Khaaleb tentait encore de garder la tête froide, la jeune femme elle laissait de plus en plus souvent libre cours à sa mauvaise humeur qu'elle n'hésitait pas à déverser sur le grand brun. Patient par nature, ce dernier ne disait souvent rien, comprenant que la situation devenait de plus en plus invivable, mais aussi calme qu'il pouvait être d'ordinaire, même lui commençait à ne plus supporter la cohabitation forcée. La neige, qui ne semblait plus vouloir cesser de tomber, montait maintenant trop haut pour laisser le trappeur sortir et aller chasser. Il n'aurait de toute façon rien trouvé tant le temps s'était dégradé. Le jour ne semblait jamais se lever, et le vent menaçait à tout instant de faire s'envoler le toit qui grinçait continuellement. Plus que le temps, c'était la diminution progressive de leurs vivres et de leur combustible qui inquiétait l'amérindien. Même avec un bon rationnement, ils ne pourraient pas tenir longtemps avec ce qui lui restait. Seul, il n'y aurait pas eu de problème. Mais il n'était plus seul, et bien qu'elle mangea peu, ça faisait toujours une deuxième bouche à nourrir. Les portions devenaient plus maigres, et très vite, ils eurent faim. Le bois aussi commençait à manquer, si bien qu'une partie du mobilier passa dans la cheminée afin les chauffer. Mais tout avait une fin, et si ce n'était pas la tempête qui cessait, ça serait à eux de voir la fin de la route se profiler devant eux, dans cette maudite masure qui serait bientôt non plus un refuge mais un tombeau.
La faim, le froid, la proximité et la météo exécrable, autant dire que non, ça n'allait pas bien. Serrant les dents la plupart du temps, le géant essayait de ne pas lui aussi céder à la colère, mais en ce cinquième jour, il avait atteint lui aussi les limites de sa patience. Alors qu'il était en train de démembrer une de leurs dernières chaises, il entendit une nouvelle fois la voix de Thalya pester contre le temps, ce qui eut immédiatement l'effet de l'énerver. Sentant son sang bouillir, il crispa ses mâchoires et laissa retomber sa hachette dans le bois du pied de la pauvre chaise. La tête en silex y resta figé. « J'compte rien faire... RIEN FAIRE ?? Mais BORDEL Thalya il NEIGE !! Qu'est c'que tu veux que je FASSE HEIN ? J'ai pas des pouvoirs magiques capables de changer le temps comme j'ai envie !! Y a rien à faire... » marmonna-t-il en retournant à sa chaise. Mais il avait beau tirer sur le manche du tomahawk, ce dernier ne bougeait pas, ce qui, ajouté à la dernière attaque de la jeune femme, finit de le mettre hors de lui. Il n'en pouvait plus de tenir, plus de cette situation, il fallait que ça s'arrête ! Dans un chapelet de jurons, le colosse envoya la chaise voler contre le mur le plus proche et si fracasser. Se redressant de toute sa taille, il se tourna vers la jeune femme l'air furieux, prêt à lâcher tout ce qu'il se retenait de dire depuis des jours.


« JE TE DEMANDE PARDON, J'AVAIS OUBLIE QUE J'ETAIS EN PRESENCE D'UNE PETITE PRINCESSE DELICATE A L'ODORAT SENSIBLE !! JE PASSE MON TEMPS A ESSAYER DE NOUS FAIRE SURVIVRE SI TU L'AVAIS PAS REMARQUE, ET TOI TU M'FAIS CHIER AVEC CA ?? MAIS VAS TE FAIRE FOUTRE THALYA!! T'ES LA A TE PLAINDRE TOUTE LA JOURNEE MAIS VAS-Y TOI, TROUVE UNE SOLUTION A NOTRE SITUATION DE MERDE !!  VAS-Y !! OU BIEN CASSE TOI !! BORDEL J'AURAI MIEUX FAIT DE TE LAISSER CREVER DANS CETTE VOITURE, AU MOINS J'AURAI EU LA PAIX.» Face à la jeune femme, le regard noir et le souffle court, Khaaleb la dominait de toute sa taille, les mains tremblantes de colère mais aussi de fatigue. Il avait eu beau se lâcher, ses nerfs étaient encore à vif, et le pire était qu'il ne pouvait pas s'empêcher de penser à la remarque de la jeune femme. C'était vrai que ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas lavé, mais l'hygiène n'était pas précisément la chose à laquelle il pensait en priorité en ce moment. « PUTAIN fait CHIER !! » D'un mouvement brusque, le géant se retourna et après avoir récupérer un récipient en métal, il se dirigea vers la porte d'entrée qu'il ouvrit à la volée. Un mur de neige se dressait là jusqu'à sa taille, et le vent pénétra dans la maison, faisant voler ses cheveux hirsutes dans tous les sens. Remplissant le récipient de neige, il rentra dans la maison et après avoir fermé la porte, il récupéra quelques plantes dans une sacoche et les jeta dans l'eau qu'il plaça sur la grille de la cheminée. Puis, avec des gestes brusques encore plein de colère, il entreprit de se déshabiller, ce qui eut bien sur comme effet une nouvelle réaction de la part de l'insupportable brune.


« Ce que je FAIS ? BAH J'ME LAVE PUTAIN !! Vu que d'après Madaaame j'embaume la pièce... d'ailleurs si je peux me permettre, ça te f'rait pas de mal non plus hein !! Jsuis pas le seul à pas avoir pris de bain depuis pas mal de temps... » lança-t-il en enlevant ses nombreuses couches de vêtements, découvrant un torse musclé et marqué de nombreuses cicatrices et tatouages. L'amérindien avait toujours été plutôt à l'aise avec sa plastique et plutôt bien dans son corps, mais c'était différent de se mettre à nu de cette façon devant une inconnue, bien que la jeune femme n'en était plus vraiment une désormais. Et puis après tout, c'était elle qui l'avait cherché ! Si ça la mettait mal à l'aise tant pis pour elle ! Sur cette pensée, le trappeur ôta ses bottes fourrées, défit la boucle de sa ceinture et enleva pantalon et sous-vêtement sans autre forme de procès, offrant à qui pouvait le voir la vision d'un corps qui aurait fait pâlir d'envie n'importe quel dieu grec. Essayant de faire comme si tout était normal et qu'il n'était pas du tout gêné, Khaaleb récupéra un vêtement plus ou moins propre parmi ses affaires dans son sac et le trempa dans la bassine d'eau où les plantes infusaient tranquillement. Il faisait froid dans la bicoque, mais près du feu c'était supportable, aussi commença-t-il à se laver, essayant de ne pas penser à la présence de la jeune femme dans la pièce.


Progressivement, sa colère se calma, remplacée par un regret de s'être emporté de la sorte. Le trappeur n'aimait pas se retrouver dans cet état, et il était désolé que Thalya en ait fait les frais, même si elle le méritait un peu dans le fond. Une fois propre, il s'essuya avec une de ses nombreuses couvertures et enfila de nouveaux sous-vêtements avant de repasser son pantalon et d'aller jeter l'eau de la bassine. Il remplit cependant cette dernière à nouveau, y jetant une nouvelle fois des herbes sauvages séchées qu'il avait cueillit à la belle saison. Après avoir remit le récipient sur le feu, il étendit la couverture entre le haut du lit et la dernière chaise qu'il leur restait afin de créer une séparation entre le devant de la cheminée et le reste de la masure avant de se tourner vers la jeune femme.


« BIEN... Maintenant que j'ai une fois de plus répondu à vos caprices princesse, je vais aller préparer le repas, et à moins que vous ayez encore quelque chose à me reprocher, je vous conseille de profiter de l'eau que je viens de mettre à chauffer pour vous rafraîchir avant le dîner qui sera composé de viande de rennes séché et de purée de gland... Oui je sais... ENCORE. » dit-il. Ses tournures de phrases étaient ridicules, et sonnaient mal dans sa bouche, mais c'était la seule façon qu'il avait trouvé pour ne pas à nouveau exploser. « Et si ça ne vous plaît pas, vous pouvez toujours aller au diable voir ce qu'il y bouffe... »

Et sans plus rien dire, ni sans entendre les commentaires sans doute gratinés de sa compagne d'infortune, l'amérindien alla s'installer dans le coin le plus éloigné possible de la pièce et lui tournant le dos, et s'affaira au repas, qui en réalité ne lui vendait pas non plus du rêve.


***

Le repas comme le reste de la soirée fut particulièrement maussade et glaciale. L'un comme l'autre refusant de dire le moindre mots et encore moins de s'excuser pour ce qui c'était passé plus tôt. Une fois leurs maigres rations avalées, ils s'installèrent pour une nuit qui promettait d'être aussi sordide que les précédentes, dans le froid de la tempête de neige. Après plus d'une semaine passé dans la petite maison, chacun avait pris ses habitudes. Si Thalya dormait toujours dans le grand lit, Khaaleb lui s'allongeait dans une de ses couvertures devant la cheminée, profitant de la chaleur mais aussi de la proximité de l'âtre pour remettre régulièrement de bois dans le feu qui était leur seul chauffage tout comme leur seule source de lumière.
Comme il l'avait anticipé, cette nuit fut la pire de toutes depuis qu'ils s'étaient retrouvés bloqué entre ces quatre murs de planches. La température chuta encore, et le vent força si bien qu'il glissait dans le conduit de la cheminée, manquant d'éteindre perpétuellement les braises du foyer. Bien qu'habitué à survivre dans des conditions extrêmes, l'ancien garde forestier ne faisait pas le fier. A tout moment, il imaginait le toit s'envoler ou leur tomber dessus sans prévenir. Même s'ils étaient toujours mieux là que dehors, la peur et le froid le maintenaient éveillé. Les heures passaient, sans qu'il parvint à trouver le sommeil. Mais le blizzard n'était pas la seule cause de son insomnie. Dans le lit, Thalya claquait des dents, visiblement frigorifiée et au prise avec les mêmes angoisses que lui. Observant la silhouette recroquevillée sur le lit, il se mordit l'intérieur de la joue, repensant à leur prise de bec ridicule qu'il regrettait. Ils étaient tout les deux dans cette galère, alors autant se soutenir plutôt que de s'opposer à l'autre en permanence. La jeune femme était insupportable certes, mais elle avait aussi ses bons côtés. De très bons côtés...
Enfin des bons côtés quand elle ne l'empêchait pas de dormir ! Pendant de longues minutes, le géant observa les poutres couvertes de mousses du toit, puis, enfin résolu à faire quelque chose, il se leva. « Tu fais tellement de bruit que même avec ce vent, tous les rôdeurs du coin vont rappliquer... » S'approchant du lit, il en souleva les couvertures, décidé à ne pas passer une nuit de plus à se geler les miches sur le sol. « Pousse toi et fais moi une place... on aura plus chaud à deux... » Mais comme il s'y était attendu, la jolie brune ne se priva pas pour réagir, comme à son habitude, de façon excessive, ce qui eut tôt fait de réveiller son exaspération. « Arrête avec ça BORDEL ! Je veux juste DORMIR ! Et si je passe encore une nuit à t'entendre claquer des dents, je vais devenir taré ! Donc tu te CALMES, tu te mets une bonne fois pour toutes dans le crâne que NON je ne te toucherai pas et tu m'fais une place fissa ! Compris ?! » Pendant plusieurs secondes, les deux jeunes gens s'observèrent, tenant leur position, leurs regards s'affrontant plutôt que leurs mots. Au bout d'un temps cependant, pendant lequel seul le vent résonna dans la masure, le visage de la jeune femme se tourna, résigné. Elle avait un vrai caractère de cochon, ça c'était indéniable, mais elle était loin d'être idiote. Peut être avait-elle compris que c'était la seule solution pour ne pas crever de froid. Soufflant, et pas mécontent de remporter cette bataille la, le géant se glissa sous les épaisses couvertures dans un grincement de sommier, réquisitionnant un ses oreillers miteux qu'il cala sous sa tête. « Ne sois pas ridicule... » ajouta le trappeur en remarquant que Thalya se déplaçait le plus loin possible de lui. Poussant un soupir exaspéré, l'amérindien ouvrit un bras, il lui fit signe de se rapprocher de lui, gardant le regard braqué sur le mur d'en face, avec sur le visage une expression qui voulait dire « ça mfais pas plus plaisir qu'à toi ». Il fallut encore un temps avant que le jeune femme se décide à venir contre lui, posant sa tête sur son épaule avec des gestes maladroits qui montraient leur malaise respectif. Pourtant, la proximité aidant, ils eurent rapidement beaucoup plus chaud. « Mieux non ? Bon maintenant on dort. » dit-il d'un ton ferme et catégorique.


Mais fort était de constater que bien qu'ils avaient en effet plus chaud, ni l'un ni l'autre ne parvenaient à véritablement trouver le sommeil. Peut être était-ce toujours la faim, ou bien ce vent qui n'en finissait pas de souffler, mais Khaaleb sentait son cœur battre étrangement vite, et une sorte de poids lui serrer la poitrine. Refusant catégoriquement d'associer ça au contact de la jolie brune, il ferma les yeux, se réfugiant dans des pensées lointaines. Mais invariablement, son esprit revenait à cette présence contre lui, à ses regards, son rire.
Alors qu'il sombrait enfin, épuisé de voguer entre sa raison et ses émotions, une voix le tira de l'endormissement. Sursautant légèrement, il ouvrit des paupières lourdes, grommelant des mots incompréhensibles.


« Non...non j'dors pas... » mentit le grand brun. Le feu avait baissé dans la cheminée, n'étendant plus que des ombres fugaces sur les planches du sol. Un instant, il se demanda quelle heure il pouvait bien être, avant de se souvenir que de toute façon ça n'avait pas d'importance. Immobile, toujours contre lui, Thalya passait ses longs doigts dans un fil qui sortait d'une des couvertures, visiblement incapable de trouver le sommeil. Poussant un profond soupir, l'amérindien ferma les paupières, cherchant une solution à son problème. Il n'en vit qu'une seule.


« Il y a cette histoire... Une histoire qu'on me racontait quand j'étais petit dans la réserve. » Sa voix était pataude et rauque. Il se racla la gorge afin de la rendre plus claire. « C'est l'histoire d'Eskaarahkwa. Eskaarahkwa était la fille d'un grand chef dont la tribu vivait en bordure de la plus grande forêt du pays. Elle était d'une incroyable beauté, plus belle que toutes les autres filles de la tribu, si belle qu'on disait d'elle qu'elle était la fille du soleil. Mais Eskaarahkwa était aussi incroyablement mauvaise et prétentieuse. Elle se moquait de tout le monde et rejetait tous ceux qui avaient le malheur de lui parler. Le chef du clan son père était bien embêté d'avoir une fille aussi méchante et la sermonnait souvent, mais sans effet. Un jour qu'Eskaarahkwa avait été particulièrement odieuse, son père l'envoya dans la forêt avec les autres filles du village pour cueillir des baies. Dès que les jeunes filles furent dans les sous-bois, elles se mirent à chanter, au grand étonnement d'Eskaarahkwa qui avait toujours échappé à cette corvée. Elle leur demanda pourquoi elles chantaient ainsi. Les filles du village lui répondirent que c'était pour informer les animaux de la forêt de leur présence, ne pas les effrayer, surtout les ours. Eskaarahkwa éclata de rire « Les ours ?! » leur dit-elle « Mais les ours sont idiots !! Ce ne sont que des gros balourds stupides et puants ! Je les méprise encore plus que tous les autres ! » A ça les filles du village ne répondirent pas et haussèrent les épaules, continuant de chanter. Au bout d'un moment, elles décidèrent de rentrer, mais Eskaarahkwa qui voulait prouver qu'elle valait plus qu'elles décida de rester dans les bois afin de ramener encore plus de fruits. Elle prétexta qu'elle n'aurait besoin de personne pour retrouver son chemin dans la forêt. Et les filles du village, bien heureuses de se débarrasser d'elle, la laissèrent là. Plusieurs heures plus tard, alors que la nuit tombait, Eskaarahkwa voulu reprendre le chemin de son village, mais elle se rendit alors compte qu'elle était perdue. La dessus, la lanière de son sac lâcha et toutes les baies tombèrent au sol. Eskaarahkwa était désespérée, mais c'est alors qu'un jeune homme sorti des bosquets. Il était étrange et avait un regard sauvage, mais sa voix était douce. Il lui proposa son aide, ce qu'elle accepta. Lorsqu'ils eurent ramassé toutes les baies, le jeune homme lui expliqua qu'il était trop tard pour rentrer chez elle, mais qu'elle pouvait venir dans son village à lui pour la nuit, qu'il était tout proche. Eskaarahkwa suivi donc le jeune homme dans son village, au milieu de l'immense forêt. Dès qu'elle eut passé les premières maisons, Eskaarahkwa se rendit compte qu'il y avait quelque chose d'étrange avec les gens de cette tribu, ils avaient tous le même regard étrange que le garçon qui l'avait aidé. Elle fut conduite devant le chef de la tribu, un homme immense avec un visage terrible et un grand collier en griffes de grizzli. L'homme, qui parlait avec une voix de tempête dit « Eskaarahkwa, tu es désormais notre prisonnière, demain, tu épouseras mon fils -qui se trouvait être le jeune homme qui l'avait aidé- et tu vivras dans notre tribu. » Eskaarahkwa était paniquée, elle voulu répliquer, mais on ne lui laissa pas le temps et on l'enferma dans un hutte. Alors qu'elle tombait sur le sol et pleurait à chaudes larmes, une petite souris sorti du sol et vint lui murmurer des mots à l'oreille. « Eskaarahkwa te voilà dans de beaux draps... tu as été bien bête d'insulter les ours sur leur territoire ! Tu les as fâché ! » Eskaarahkwa ne comprenait pas ce que venait faire les ours dans son malheur, alors la souris lui expliqua « Ce village appartient au clan des Ours ! Leur chef a été très offensé par tes paroles dans les bois, et il te punit ainsi pour tes mauvaises paroles. Je te conseille cependant de ne pas t'enfuir, car s'il te rattrape, il te tuera, toi et les tiens. Fais ce qu'ils te demandent, apprend d'eux, et il ne t'arrivera rien. » Cette nuit là, Eskaarahkwa pleura beaucoup, mais au petit matin, elle avait accepté son sort. Elle épousa donc le fils du chef, qui l'avait toujours secrètement aimé, l'observant de loin depuis l'orée de la forêt que lui et les siens ne quittaient jamais. Les débuts furent difficiles, mais au bout d'un temps, le cœur d'Eskaarahkwa s'adoucit. Elle se rendit alors compte qu'elle n'était plus prisonnière du clan, mais un membre comme les autres. Les ours étaient bons et bienveillants avec elle, ils lui apprirent tout ce qu'ils savaient, à vivre en harmonie avec tout ce qui pousse et tout ce qui vit dans la grande forêt, dans les lacs et les rivières. Pendant plusieurs années, Eskaarahkwa fut heureuse parmi eux, leur rendant l'amour qu'ils lui donnaient. Elle donna même naissance à deux jumeaux, qui avaient pour eux la beauté du soleil de leur mère et le regard sombre et profond de leur père. » Khaaleb marqua une pause dans son récit, avalant sa salive, laissant un instant la brise combler le vide de son silence. « Un jour, le mari d'Eskaarahkwa se leva et lui dit « femme, cette nuit j'ai fait un rêve. J'ai rêvé que je partais dans la forêt et que tes frères me trouvaient et me tuaient. » Eskaarahkwa tomba au sol, pria son mari-ours de ne pas quitter le village, car elle l'aimait sincèrement, mais l'ours prit Eskaarahkwa dans ses bras, la serrant contre lui une dernière fois, lui expliquant que c'était son destin, qu'il avait été le plus chanceux des ours d'avoir une épouse aussi merveilleuse et qu'il l'attendrait dans le royaume des esprits. Il lui enseigna aussi le dernier savoir, celui des morts, et de ce qu'il fallait faire pour honorer leur dépouille. Alors, séchant les larmes d'Eskaarahkwa dans un dernier baiser, le mari-ours quitta la hutte et parti dans la forêt, tombant à quatre pattes dès la sortie du village. Ne pouvant attendre ainsi, Eskaarahkwa partie dans les bois avec ses deux fils dans l'espoir de raisonner leur père. Mais c'était déjà trop tard. Dans une clairière, Eskaarahkwa trouva ses deux frères avec à leurs pieds le corps sans vie de son époux. Bien que rongée par le chagrin, elle n'en était pas moins heureuse de retrouver ses frères qui n'en revenaient pas de la retrouver vivante après toutes ces années. Ils la ramenèrent dans sa famille, avec elle ses deux fils. Pendant de nombreuses années Eskaarahkwa vécut à nouveau parmi les siens, et tout le monde s'étonna de la trouver si différente. Elle enseigna à son clan tout ce que les ours lui avait appris, comme vivre en harmonie avec tout ce qui pousse et tout ce qui vit dans la grande forêt. Le clan grandit de ce savoir qu'il transmettait tout autour de lui. La joie tomba sur la grande forêt et sur tous ses environs. Et bien des années plus tard, alors qu'elle était une vieille femme, les fils d'Eskaarahkwa apportèrent à leur mère une grande peau d'ours. Elle comprit alors, et les serra contre elle une dernière fois. Puis, recouvrant ses épaules de la grande peau, elle tomba à quatre pattes, sa peau se recouvrit de fourrure brune, et Eskaarahkwa quitta le village, retournant vers la forêt et par delà, vers le monde des esprits, ou son mari-ours l'attendait. »


La voix de Khaaleb se perdit dans sa gorge. Dans l'âtre, le feu crépitait doucement, et contre lui, Thalya se tenait toujours immobile, calme et sereine. Dormait-elle ? Il n'en était pas certain. Mais au moins semblait-elle apaisée. « Je... » commença-t-il dans un murmure « Je suis désolé de ce que j'ai dit ce que j'ai dit tout à l'heure... j'étais énervé, et je... je ne le pensais pas... je ne regrette pas de t'avoir sorti de cette voiture, c'est plutôt l'inverse...enfin... je... » il s'arrêta là. Qu'est ce qu'il essayait de dire dans le fond ? Qu'il était heureux qu'elle ait eu cet accident et qu'elle ait bien failli y rester ? Pas terrible, et rien de mieux surtout pour réveiller une nouvelle dispute. Mais puisqu'elle dormait sûrement, il ne risquait sans doute rien à avouer ce qu'il avait sur le cœur.Prenant une profonde respiration, le géant ferma les paupières, se surprenant à aimer le parfum qui se dégageait des cheveux de la jeune femme dont la tête reposait toujours sur son épaule. « Je... je suis heureux de partager un peu de ma solitude avec toi... » murmura-t-il si bas que lui même l'entendit à peine.

 
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Thalya Torres
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05.03.20 3:51
In the middle of somewhere

Khaaleb & Thalya




Thalya ne connaissait son sauveur ni d'Adam ni de Eve et pourtant elle avait appris à le cerner assez facilement. Bien sûr, prétendre qu'elle le connaissait, qu'elle avait tout compris de lui, serait aussi prétentieux que stupide, mais il y avait chez lui de nombreux signes qui le trahissaient et qui pouvaient se montrer terriblement révélateur lorsque l'on prenait le temps de l'observer et de lire à travers ces derniers, à commencer par la gestuelle de son corps. Si de prime à bord sa silhouette imposante associée à son regard noir impressionnaient ... Thalya s'était très vite rendu compte qu'elle n'avait rien à craindre de lui. Non pas qu'il ne savait pas se défendre ou se montrer menaçant mais il n'était pas le genre d'homme à user de la force si ce n'était pas une question de survie.
Il y avait dans ses gestes une maladresse parfois touchante quand il était embarrassé ou gêné, comme si soudainement elle se retrouvait face à un petit garçon coincé dans un corps beaucoup trop grand et imposant pour lui et qui ne savait pas quoi faire pour disparaître ou se faire le plus petit possible. Elle avait aussi compris que parler de lui, des raisons qui l'avaient poussé à vivre en solitaire, étaient quelques peu tabou. Khaaleb était le genre d'homme que n'importe qui apprécierait d'avoir à ses côtés. Bien qu'il se dissimulait derrière une carapace d'ours mal léché, c'était quelqu'un de profondément gentil, débrouillard et altruiste. Qui plus est, elle ne doutait pas qu'en cas de danger il avait le potentiel pour mettre ses agresseurs en difficulté. Lorsqu'elle lui avait demandé si cela faisait longtemps qu'il était seul et qu'il avait réfléchi avant de lui répondre qu'il l'ignorait, la jeune femme avait haussé un sourcil tout en trouvant par elle-même la réponse évidente à sa question avant même qu’il ne la formule. Perdre le fil des jours était une chose commune à tous les survivants. Elle imaginait très mal quelqu'un n'avoir rien d'autre à faire que de tenir un calendrier à jour, mais être obligé de réfléchir à la question, ça c'était déjà un signe qui ne trompait pas.

- Si tu ne sais pas c'est que ça fait beaucoup trop longtemps ! Lui avait-elle rétorqué

Khaaleb était également un homme secret, qui n'aimait pas beaucoup parler de lui, c'était d'ailleurs quelque chose que Thalya n'arrivait pas à comprendre. S'il n'avait rien à cacher, pourquoi tant de mystères ? Il fallait souvent qu'elle lui tire les verres du nez pour découvrir une information aussi minime soit-elle le concernant. Si ce côté de sa personnalité la frustrait énormément, il fallait admettre que cela ajoutait à son charme mystérieux.
Derrière ses manières rustres, se cachait quelqu'un de très attentionnée qui trouvait toujours les mots qu'il fallait pour parvenir à calmer ses peurs et ses doutes, et ce, même lorsqu'elle ne les formulait pas à haute voix, comme s'il pouvait lire en elle. C'était à la fois très déstabilisant mais également très réconfortant, comme cette fois où il avait compris que ses amis lui manquaient et qu'elle s'inquiétait de leur réaction lorsqu’ils ne la verraient pas revenir.
Khaaleb avait pris soin d'elle, soignant ses blessures physiques mais aussi ses vagues à l'âme lorsqu'elle en avait. Sa présence était chaleureuse, un simple regard de sa part, un sourire, suffisait à la rassurer, à lui faire chaud au coeur et à lui permettre de trouver le sommeil. Si ses amis lui manquaient, elle devait reconnaître que leur absence avait du bon aussi. Il n'était pas toujours aisé de contenir six personnalités comme la leur et ce n'était pas sur elle qu'il fallait compter pour calmer les esprits enflammés. Au moins avec Khaaleb, il n'y avait pas de prise de tête. Malgré son humour parfois douteux, elle était très vite entrée dans son jeu, jouant les offusquées lorsqu'il se moquait d'elle, elle qui pourtant n'aimait pas être sujet à moquerie mais avec lui c'était différent. C'était taquin et mignon et pour une raison qu'elle ne s'expliquait pas, elle aimait beaucoup l'entendre rire, peut-être parce que c'était devenue quelque chose de rare et que s'il y avait bien une chose qui n'avait pas changé dans ce monde c'était que tout ce qui était rare était précieux. A ses côtés tout était calme et paisible et plus elle le côtoyait plus elle comprenait pour quelle raison il avait exercé ce métier de garde forestier, un métier qui lui correspondait bien. Derrière ses airs bourrus et discret ce cachait un homme sensible, intelligent et perspicace... Il ne la connaissait pas du tout et pourtant il avait été plus habile qu'elle au jeu qu'elle avait lancé en essayant de deviner le métier qu'il avait pu exercer par le passé. De mauvaise foi, et parce qu'elle ne voulait pas lui donner la satisfaction de se savoir meilleur qu'elle en ayant eu le mérite de trouver d'excellentes pistes, elle lui avait inventé un monstrueux bobards concernant sa vie professionnelle passée. Mais son partenaire de jeu n'était pas dupe, il avait vu la surprise se refléter dans son regard lorsqu'il avait évoqué la possibilité qu'elle puisse avoir un travail manuel, c'était cela qui l'avait trahit, et comme il se devait, il était parvenu à la piéger « innocemment ». Ils en avaient bien rit tous les deux, c'était bête, elle en avait parfaitement conscience, ils s'étaient comportés comme deux gamins, enfin surtout elle, mais ça les avait bien fait marrer, n'était-ce pas là le plus important ? Ça avait du bon de pouvoir rire un peu, après tout, il y avait bien pire comme situation et comme compagnie... du moins, ça, c'est ce qu'elle pensait jusqu'à récemment...

Etre constamment l'un sur l'autre, enfermés dans cette petite pièce qui ne leur accordait pas la moindre intimité avait fini, au fil des jours, par la rendre passablement irritable. Depuis que les supermarchés avaient fermé boutique, Thalya avait appris à ne plus faire la fine bouche et à manger sans faire la difficile tout ce qui lui tombait sous la main, dès l'instant où c'était comestible. Mais elle devait reconnaître que manger continuellement la même chose commençait à lui peser et à lui donner la nausée. Autant elle pouvait avoir faim autant elle commençait à ne plus pouvoir voir la viande de rennes séchée et la purée de gland en peinture ! Et encore s'il n'y avait que ça... le froid de plus en plus difficile à supporter lui donnait un peu plus l'impression chaque jour de se transformer lentement en glaçon. Cette tempête qui sévissait dehors et qui les retenait prisonniers malgré eux dans cette bicoque, si elle ne les condamnait pas à mourir de faim, finirait par les congeler vivants. Rajouter à cela ce taudis, qui s’il avait le mérite de les protéger tant du froid que des virulents était loin d'être l'abri idéal. Le vent et le froid pénétraient par tous les orifices possibles et imaginables, cette bicoque n'était absolument pas fonctionnelle, s’ajoutait à cela qu’entre ces quatre murs autant dire qu'elle étouffait et en parlant d'étouffer, la mauvaise odeur qui y régnait était arrivée à saturation. C'était bien plus qu'elle ne pouvait en supporter alors, elle avait fait ce qu'elle savait faire de mieux, elle avait déchargé toute sa frustration sur la seule personne qui, pour son malheur, était coincé ici avec elle.

Thalya avait bien conscience que cela faisait des jours que Khaaleb se retenait pour ne pas entrer dans son jeu, elle pouvait le deviner aux regards noirs qu'il lui lançait de plus en plus fréquemment mais aussi à sa manière de crisper sa mâchoire. Habile de ses mains, quoi qu'il le fasse, il le faisait avec habilité et précision, depuis peu, elle pouvait déceler un énervement perceptible dans ses gestes qui trahissait cette tension palpable qu'il contenait jusqu'à... aujourd'hui. Thalya ignorait ce qui en avait été le déclencheur mais elle était bien heureuse de le voir enfin se lâcher car il n'y avait rien de plus frustrant, lorsque l'on voulait se défouler, que d'avoir un adversaire qui vous ignorait. Fixant la fenêtre tout en maudissant ce temps, elle se retourna en l'entendant soudainement élever la voix. Il l'avait enfin fait, il lui avait enfin donné l'opportunité d'en rajouter une couche, ce qu'elle ne se priva pas de faire, en lui suggérant vivement d'aller prendre un bain ! Une journée de plus dans cette porcherie et elle finirait par faire un meurtre. Thalya ne savait pas réellement à quoi s'attendre mais elle ne craignait pas Khaaleb. Au fil des jours qui s'étaient écoulés, elle pensait avoir percé sa personnalité et si elle était bien convaincue d'une chose, c'est qu'aussi insupportable puisse-t-elle se montrer, jamais il ne lui ferait le moindre mal,… bien qu’elle ne put s'empêcher de sursauter de frayeur malgré elle, lorsqu'elle le vit fracasser la chaise contre le mur avec rage. Si ce mouvement d'humeur l'avait surprise, car totalement inhabituelle chez son sauveur, la colère prit rapidement le pas sur la frayeur lorsqu'il la traita de princesse avec dédain. Le défiant, elle fit un pas dans sa direction sans le quitter une seule seconde du regard. L'homme la dominait de toute sa hauteur et elle ne doutait pas qu'il n'aurait aucun mal à lui briser la nuque si l'envie lui en prenait pourtant elle ne le redoutait absolument pas, parce que s'il y avait bien une chose que Thalya avait compris c'est que Khaaleb avait un coeur en or, et qu'il ne lui ferait jamais de mal délibérément.

- OH CA VA ! INUTILE DE JOUER LES OFFUSQUE ! PAS BESOIN D'ETRE UNE PRINCESSE POUR ËTRE DERANGE PAR L'ODEUR QUI REGNE ICI ! ET PAS BESOIN DE SORTIR D'HARVARD POUR SAVOIR D'OU ELLE VIENT, NOM DE DIEU !

Hurla-t-elle à son tour par-dessus sa voix qui portait plus fortement que la sienne. Parce que oui, l'odeur qui la dérangeait c'était vraiment la seule chose que la jeune femme se savait en droit de lui reprocher. Etait-ce ce nouveau monde qui l'avait habitué à avoir une hygiène déplorable ou était-il déjà ainsi par le passé pour ne pas être indisposé plus que ça ? Elle en tout cas, ça la dérangeait. Ce qu'elle savait aussi par contre, c'est qu'à aucun moment elle n'avait le droit de lui faire le moindre reproche concernant les moyens qu'il utilisait pour les maintenir tous deux en vie envers et contre tout et tout particulièrement pour lutter contre le froid et la faim. Jamais elle ne le lui aurait reproché tous ces efforts en prétendant que ce n’était pas suffisant et pourtant c'est ce qu'il sembla penser et qui le fit littéralement exploser. Bien sûr que si elle avait la moindre idée de ce qu'il fallait faire pour se sortir de là, pour se réveiller de ce foutu cauchemar, elle le ferait, mais voilà, elle était tout aussi impuissante que lui ! Bien pire encore puisque sans lui elle serait déjà morte 10 fois. Elle le savait, elle avait conscience de ce qu'elle lui devait, et ça la mettait davantage en colère contre elle-même de se sentir aussi inutile, aussi lorsqu'il lui cracha à la figure qu'il aurait préféré la voir morte, cette remarque la frappa tel un uppercut en plein ventre, lui coupant toute respiration. Ce n'était pas tant le spectacle de cet homme pourtant habituellement calme, en colère qui la dominait de toute sa hauteur, les mains tremblants de rages, qui l'impressionnèrent mais la violence de ses mots. Peut-être avait-elle eut tort, peut-être avait-elle eut tort de penser qu'il pourrait peut-être venir avec elle lorsque cette saloperie de tempête finirait enfin par s'arrêter. Il lui fallut quelques secondes pour se remettre de cette gifle verbale, puis, avec tout l'aplomb qui lui restait, la brune le fixa et d'une voix froide répondit à ces mots tranchants

- Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même, je ne t'avais rien demandé. Maintenant assume et au passage fais quelque chose pour cette crasse, toi elle ne te dérange peut-être pas mais moi si

Elle n'avait plus rien à perdre de toute manière. Qu'il la déteste un peu plus ou un peu moins désormais ne faisait plus aucune différence. Elle n'avait plus rien à attendre de leur relation, si tant est que l'on puisse appeler le lien qui unissait deux personnes coincés dans un même lieu obligé de se supporter, une relation. Elle s'était bêtement surprise à imaginer qu'il puisse venir avec elle, mais désormais elle n'avait plus aucun doute sur la direction que prendrait leurs chemins si tant est que cette fichue tempête de neige daigne enfin cesser et ce, de préférence avant qu'ils ne finissent par s'entretuer. Si elle ne broncha pas devant son nouveau coup de colère et son juron, elle ne put s'empêcher d'être très vite intriguée par le cirque qu'il fit en commençant à s'activer. L'espace d'un instant, lorsqu'elle le vit ouvrir la porte de leur abri, Thalya éprouva un sentiment d'inquiétude à l'idée qu'il puisse s'en aller et la laisser seule ici. Presque aussitôt, elle regretta de s'être montrée aussi imbuvable et elle était prête à s'excuser si elle n'avait pas été interdite en le voyant récupérer de la neige dans un récipient... Qu'est-ce qu'il comptait faire avec tout ça ? Il ne comptait quand même pas l'en arroser pour se venger et lui rafraichir les idées ?!! Avec méfiance, elle l'observa sans un mot refermer la porte et revenir vers son sac dans lequel il farfouilla pendant quelques minutes avant d’en sortir une poignée de plantes séchées qu'il balança dans la neige qu'il venait de récupérer et qu’il fit fondre dans la cheminée. Ne comprenant toujours pas où il voulait en venir, elle le vit, à sa plus grande surprise se dézapper sans la moindre gêne devant elle

- Non mais je peux savoir ce que tu fous ?! S'exclama-t-elle interloquée

La réponse ne se fit pas attendre et ce fut à son tour d'assumer ses paroles. Elle lui avait demandé de se laver, il s'exécutait, que pouvait-elle lui reprocher cette fois ? Qu'il se déshabillait sans la moindre pudeur devant elle ? La belle affaire, où aurait-il pu prendre un bain si ce n'était ici puisqu'il n'y avait qu'une seule et misérable pièce dans cette bicoque. Elle aurait dû y réfléchir à deux fois avant de lui balancer cette remarque. Et comme si ce n'était pas suffisant, voilà qu'il l'accusa de ce qu'elle lui avait reproché quelques minutes plus tôt. Outrée et furieuse qu'il ait pu se permettre de lui balancer ce genre de remarque en pleine figure, la brune croisa les bras sur sa poitrine tout en lui jetant un regard haineux.

- Là c’est l’hopital qui se fout de la charité !

Il voulait jouer au plus malin ? S'il pensait qu'elle allait détourner le regard pendant qu'il retirait ses vêtements il se trompait lourdement. Lentement, son regard glissa sur le torse musclé de cet homme qui arborait quelques cicatrices et des tatouages qui l'intriguèrent autant les uns que les autres. Comment s'était-il fait ça ? D'où provenait cette marque ? Que signifiait ce tatouage ? Et celui-ci ? Sa contemplation fut interrompue lorsque le trappeur retira ses bottes et Thalya ne put retenir un désagréable froncement de nez tout en portant sa main sur ce dernier. Lorsqu'il déboucla sa ceinture et qu'il abaissa son pantalon sans autre forme de procès, lui offrant une vue parfaite sur son divin postérieur Thalya ne put s'empêcher de penser que si cet homme n'avait pas un aussi mauvais caractère il aurait pu frôler la perfection car des hommes battit comme lui, elle n'en n'avait vu qu'au cinéma ou dans les pages glacées de magazines. Prenant place sur son lit en lâchant un soupir contrarié, Thalya fit mine de ne pas s'intéresser à ce qu'il faisait, toutefois, elle ne pouvait s'empêcher de glisser un regard dans sa direction de temps en temps, après tout, c'était sa faute, c'était lui qui s'était déshabillé et qui lui avait dévoilé cette plastique irréprochable. Elle ne pouvait nier que Khaaleb était un bel homme et que ses yeux et son sourire en plus de sa gentillesse étaient ce qui l'avait interpellé en premier mais présent qu'il n'avait plus le moindre secret pour elle, elle ne pouvait s'empêcher de le trouver incroyablement beau et sexy. Quel effet cela faisait-il de sentir ses mains viriles caresser sa peau ?...

Mais à quoi pensait-elle ?!!! S'engueula-t-elle mentalement en réalisant le genre de pensées qui venait de lui trotter dans la tête. Cela faisait visiblement beaucoup trop longtemps qu'elle n'avait pas été avec un homme à croire que ça lui montait à la tête pour commencer à fantasmer sur un rustre pareil !
Détournant la tête pour regarder au-dehors cette tempête qui ne voulait pas faiblir, Thalya lâcha un soupir avant de se tourner plus franchement en direction de Khaaleb qui était en train de se rhabiller. Il avait bien meilleur mine ainsi, après cette douche, mais ça, elle ne comptait pas le lui dire car elle était bel et bien décidée à ne plus lui adresser la parole. Parce qu'elle était encore fâchée après lui, oui, mais aussi parce qu'elle ne savait pas ce qu'elle pourrait dire pour tenter de briser la glace qui s'était désormais installer entre eux sans avoir l’air de s’excuser, ce qui, après tout ce qu’il lui avait balancé était absolument hors de question. Lorsqu'elle l'observa dresser une couverture pour séparer la pièce elle comprit immédiatement ses intentions. La maison ne contenant qu'une pièce et compte tenu qu'il paraissait désormais évident qu'ils étaient incapables de cohabiter dans le même espace, il était en train de dresser une frontière pour avoir la paix. Elle aurait le lit, lui la cheminée... Comment en étaient-ils arrivés là ? Se demanda-t-elle en lâchant un soupire désabusée lorsque sa voix retentit, l'incitant à se tourner dans sa direction avec stupéfaction. Il était sérieux ? Il lui demandait vraiment à elle, de se laver ?!!! Thalya était tiraillée entre l'envie de lui dire sa façon de penser et... celle de le remercier. Car bien qu'elle n'avait aucune envie de se déshabiller dans ce congélateur pour se laver avec de la neige fondu, elle avait été touché qu'il dresse un drap pour préserver son intimité alors que pour lui, il n’en n’avait strictement rien fait. Se levant avec humeur, plus pour la forme qu'autre chose, elle passa devant lui et le foudroya du regard lorsqu'il évoqua le diable et sa suggestion d'aller y voir ce qu'il y bouffait.

- Au moins je sais que sa compagnie sera plus agréable, parce que ce serait difficile de faire pire que la tienne !! Rétorqua-t-elle en tirant le drap d'un mouvement brusque

Et voilà c'était reparti ! Pourquoi avait-il fallu qu'il ouvre la bouche pour lui balancer ça alors qu'elle commençait à le trouver touchant et à revenir à de meilleures dispositions le concernant ?! Comment parvenait-il à lui faire passer par une kyrielle de sentiments en si peu de temps et la rendre folle de rage en une fraction de seconde ?!! Furieuse, elle resta ainsi les bras croisés à fixer l'eau qui chauffait doucement sur le feu. Sentir la douce chaleur des flammes la réchauffer, et la bonne odeur des herbes qui s'en dégageait, finir par avoir raison de sa mauvaise humeur et à la mettre dans de meilleurs dispositions. Jetant un rapide regard derrière le drap pour s’assurer qu’il n’était pas en train de l’espionner, Thalya pu constater que l'homme lui tournait le dos, s'affairant probablement à faire sa purée de gland. Si elle aurait dû se montrer satisfaite de voir qu'il respectait son intimité, une part d'elle était déçue de constater qu'elle ne lui inspirait pas le moindre attrait. Pas une seule fois il n'avait manifesté de l'intérêt pour elle et c'était quelque chose à laquelle Thalya n'était absolument pas coutumière. La vie qu'elle menait aujourd'hui l'avait-elle à ce point marqué ? Ou est-ce qu'il préférait les hommes ? A moins qu'une autre monopolisait toutes ses pensées... Oui les hommes comme lui étaient soit pris, soit gay.
Prenant appui contre la cheminée puisqu'il n'y avait plus de chaise pour s'assoir, Thalya défit les lacets de ses chaussures qu'elle retira une à une en les faisant tomber sur le plancher juste à ses côtés. Jetant un regard par-dessus de son épaule et constatant qu'il lui tournait toujours le dos, elle se déshabilla à son tour, commençant par retirer les deux pulls en laine qu'elle portait puis le sweat fin à longue manche. Debout en soutient gorge, elle défit le bouton de son jeans et retira son pantalon, puis se fut autour de ses sous-vêtements de rejoindre le sol. Tremblante, elle plongea ses mains dans l'eau chaude tout en respirant la bonne odeur qui émanait de la bassine et se dépêcha de se nettoyer. Se délasser dans un bain interminable, sentir l'eau de la douche bien chaude couler sur sa peau dorée étaient autant de moment précieux qui lui manquaient terriblement. Au lieu de ça, elle avait l'impression d'être retourné à l’âge de pierre avec tout le confort qui allait avec. Mais aussi rudimentaire puisse être cette salle de bain improvisée, elle devait reconnaître qu'il était des plus agréables de se nettoyer enfin un peu. Ça l'aidait à se sentir mieux comme si toutes ses idées noirs et ça mauvaise humeur avaient été emportés par l'eau sale avec toute cette crasse qui lui collait à la peau depuis quelques jours.
Une fois sa toilette terminée, Thalya sortie de derrière le rideau propre et habillée, les cheveux encore mouillés et céda sa place près de l'âtre sans un mot, pour que Khaaleb puisse faire cuire leur maigre pitance.

A l'image de cette journée, que Thalya qualifia de la pire de toute depuis qu'ils étaient coincés ensemble dans cet endroit détestable, le repas se fit dans une atmosphère des plus glaciales. Etait-ce l'ambiance qui régnait entre eux qui lui donnait cette sensation, mais elle avait l'impression que même l'air de la maison s'était refroidit brutalement, comme s'il ne se dégageait plus la moindre source de chaleur depuis la cheminée. Après avoir avalé son repas, Thalya se releva, enfila son blouson et retourna dans son lit où elle s'enveloppa en boule dans ses couvertures.
Tournée sur le côté, les yeux grands ouverts, elle fixa le mur qui se trouvait droit devant elle sans parvenir à trouver le sommeil, se concentrant sur les bruits que faisaient Khaaleb avant qu'un silence de mort ne vienne envahir la maisonnée. Thalya n'était pas fatiguée, et même si cela avait été le cas, elle aurait été bien incapable de dormir car milles et une pensée tournaient encore et encore dans sa tête, et tout particulièrement cette engueulade avec Khaaleb. Est-ce que cela allait être comme ça à présent ? Ils n'allaient plus s'adresser le moindre mot jusqu'à ce que cette putain de tempête cesse enfin ?! Cet état de fait lui donnait envie de pleurer mais elle était visiblement aussi bornée que lui. Thalya se refusait de faire le premier pas, pas après tout ce qu'il lui avait dit. Se recroquevillant toujours un peu plus sous les couvertures, La brune essaya de fermer les yeux sans parvenir à se réchauffer, le froid qui envahissait la pièce l'étreignant sans la moindre pitié. Elle savait qu'elle n'était pas la seule à ne pas trouver le sommeil, la respiration de Khaaleb le trahissait. Elle aurait pu lui demander de mettre davantage de bois dans la cheminée ou se lever pour le faire elle-même, mais aussi congelé puisse-t-elle être, elle savait que tout ce qui leur restait à bruler c'était cette foutue chaise que Khaaleb avait explosé contre le mur dans un mouvement d’humeur. Ils devaient économiser leurs combustibles un maximum, mais combien de temps tiendraient-ils encore ainsi ? Entendre Khaaleb bouger et se relever, l'incita à jeter un regard par-dessus de son épaule avant de se retourner plus franchement en prenant appui sur son bras lorsqu'elle réalisa qu'il se dirigeait vers le lit.

- Est-ce que tu sais faire autre chose que te montrer désagréable ou est-ce que c'est juste un passe-temps dans lequel tu excelles ? Les femmes d'ici sont-elles sensibles à ta rugosité ? Ou est-ce pour ça que tu es seul ? Lui demanda-t-elle bien décidé à ne pas se laisser faire avant de réaliser qu'il avait l'intention d'entrer dans le lit.

Ecarquillant les yeux de stupeur, elle repoussa ses couvertures et s'avança sur le lit à quatre pattes pour l'empêcher d'aller plus loin

- Oh non non non ! Certainement pas ! S'empressa-t-elle de répondre tout en lui faisant barrage alors qu'il lui faisait part de son attention d'entrer dans ce lit. Ici c'est mon espace, le tien est là-bas, près de la cheminée ! Ça a toujours été comme ça, et ce n'est pas prêt de changer

Qu'est-ce qu'il s'imaginait ? Qu'elle allait partager son lit avec lui ? Qu'ils allaient se réchauffer ? la désinvolture avec laquelle il parlait de ça, la choqua ? Il n'avait donc pas une once de romantisme ! Ce n'était pas parce qu'elle avait pu admirer sa plastique de rêve qu'elle avait changé d'avis pour autant sur leur cohabitation et s'il s'imaginait qu'il n'en fallait pas plus pour la mettre dans son lit il se trompait lourdement... bon en toute franchise pas tant que ça... Elle était sûr qu'en d'autres circonstances elle n'aurait pas du tout résisté à ce charme naturel et sauvage qui émanait de lui, mais seulement en d'autres circonstances, pas ici, et certainement pas maintenant ! Surtout pas après la journée épouvantable qu'ils venaient de passer tous les deux !

On disait que les hommes réfléchissaient qu'avec ce qu'ils avaient dans le pantalon, qu'ils ne pensaient qu'au sexe, mais il fallait croire que des deux, c'était elle qui y pensait le plus, car à nouveau il la détrompa sur ses intentions ! Il était on ne peut plus claire depuis le début, elle ne l'intéressait pas et si elle aurait dû en être ravie, une part d'elle se sentait... elle n'aurait su dire si c'était déçue ou vexée de le voir afficher autant d'indifférence à son égard. Se défiant pendant un long moment du regard, elle savait que Khaaleb attendrait un signe de sa part avant de pouvoir se réfugier à son tour sous les couvertures, elle savait aussi qu'il ne changerait pas d'avis et qu'ils pourraient continuer à se défier de la sorte toute la soirée. Qui plus est, elle avait parfaitement conscience d'avoir eu jusqu'à aujourd'hui la meilleure place pour dormir, et qu'il aurait pu lui demander un échange un soir sur deux, mais il n'en n'avait rien fait, il ne s'était même jamais plains jusqu'à aujourd'hui. Et puis, cette nuit, le froid était particulièrement pugnace. Elle savait très bien qu'il s'engouffrait par la cheminée, et que de là où il se trouvait, le froid se faisait particulièrement sentir. Elle avait pu s'en rendre compte en se lavant, et puis, il fallait bien reconnaître qu'il avait raison, leurs chaleurs respectives leur tiendrait bien plus chaud que s'ils s'obstinaient à dormir chacun dans un coin de la pièce. Toutes ces raisons l'incitèrent finalement à céder du terrain et à se pousser pour lui laisser un peu de place, non sans afficher une mine contrariée d'avoir une nouvelle fois dû céder.. pour la forme. Alors qu'elle reprenait sa place à l'autre bout du lit, elle fut surprise de l'entendre l'appeler pour l'inviter à se blottir contre lui.
Si la stupeur avait été sa première réaction, l'auto-défense fut la seconde. Se braquant immédiatement elle le fixa de son regard noir avant de réaliser que l'homme ne la fixait pas du tout préférant visiblement contempler le mur qui se trouvait face à eux. De toute évidence cette proposition ne lui plaisait pas plus qu'à elle alors pourquoi la faire ? Pour se tenir chaud...
Thalya se sentit un peu idiote, il était évident que Khaaleb n'avait rien d'un profiteur et encore moins d'un violeur, il ne s'intéressait même pas à elle, qu'avait-elle à craindre à se blottir dans ses bras rassurants ? Se détendant, Thalya fini par se rechoucher, tout en réduisant la proximité de leurs corps avant de parvenir à se caler maladroitement contre lui. La tête contre son épaule, son bras droit reposant sur son torse, elle se sentait terriblement figée. Les yeux grands ouverts elle avait l'impression d'entendre les battements de son coeur battre à une cadence qui n'était pas permis. Elle était troublée de se retrouver ainsi, dans cette position avec lui, lui dont elle ne savait pas quoi penser. Non pas qu'elle n'avait jamais partagé son lit avec qui que ce soit, mais jamais comme ça, jamais de cette manière. A aucun moment Khaaleb n'avait tenté de profiter d'elle ou d'abuser de sa position alors qu'il aurait très bien s'il l'avait voulu. Pas une seule fois, il n'avait eu de gestes ou de paroles déplacées à son encontre. Il avait beau avoir des manières de rustre, la rendre folle de rage, elle ne pouvait nier qu'il la troublait de plus en plus. Il lui avait dit de dormir, mais ainsi, dans cette position, même si elle avait bien plus chaud, il lui était strictement impossible de trouver le sommeil, à vrai dire, à présent elle se sentait même parfaitement réveillée... ce qui ne paraissait pas être du tout son cas à lui....

- Tu dors ? Lui demanda-t-elle en relevant légèrement la tête pour voir son visage à travers la faible lueur de la lune qui éclairait la pièce.

Thalya le sentit sursauter légèrement à sa question, et un sourire amusé se dessina sur ses lèvres. Elle connaissait la réponse, il s'était assoupit, contrairement à elle, il n'avait visiblement aucun mal à trouver le sommeil, bien qu'il prétendit le contraire.

- Tu n'es pas très crédible, fit-elle mutine tout en jouant avec un des fils de la couverture... tu dois être terriblement mauvais au poker

Une femme l'attendait-il quelque part ? Il ne portait pas d'alliance mais après tout, cela ne signifiait rien. Il lui avait confié se rendre à Kelowna pour retrouver de la famille,... cette famille, était-ce une femme ? Des enfants ? Elle s'apprêtait à engager la conversation en lui posant la question mais l'homme la devança en prenant la parole avant qu'elle n'ai le temps de le faire. Silencieuse, elle l'écouta lui conter l'histoire d'Eskaarahkwa. La voix de Khaaleb était douce, tendre, et Thalya se laissa transporter par son récit, se demandant quel destin funeste attendrait les deux amants, et la raison pour laquelle Khaaleb avait bien pu lui raconter cette histoire. Lorsqu'il s'arrêta quelques instants, faisant une pause dans son récit, Thalya resta tout aussi silencieuse, attendant une suite qui n'allait plus tarder

Khaaleb avait des talents de conteur indéniable, à croire qu'il avait fait ça toute sa vie... elle l'imaginait très bien raconter des histoires issues des contes et légendes folkloriques à ses enfants assis autour de lui, près de la cheminée, la bouche grande ouverte. Cette image lui correspondait bien et la fit sourire. Elle bougea légèrement la tête dans sa direction lorsqu'il reprit son récit puis l'écouta silencieusement jusqu'à la fin. Lorsqu'Eskaarahkwa revêti la peau d'ours et rejoignit son mari, clôturant par là-même le récit de Khaaleb, Thalya garda le silence, réfléchissant au sens de cette histoire... sur bien des points, Khaaleb lui faisait penser à cet homme ours qui n'avait même pas de nom. Doux, patient, respectueux de la nature qui n'avait semblait-il aucun secret pour lui, sans oublier son apparence et son caractère d'ours mal léché. Si ce dernier point l'amusa terriblement son sourire disparu dès lors que Khaaleb reprit la parole pour s'excuser. Relevant la tête, ses longs cheveux brun retombant en cascade sur son épaule, elle fixa Khaaleb, touchée par ses excuses qu'elle n'attendait pas. Pourquoi son coeur battait-il ainsi à la chamade ?
Plus d'une réaction lui était passé par la tête, se moquer en prétendant qu'elle, elle pensait tout ce qu'elle avait dit avant de reprendre son sérieux et de le remercier, ou reconnaitre à son tour qu'elle était heureuse elle aussi qu'il partage sa solitude avec elle. Evoquer à haute voix tout ce qu'elle lui devait car si elle était toujours en vie aujourd'hui, c'était à lui et uniquement à lui qu'elle le devait, ou encore revenir sur cette méprise qu'il y avait eu entre eux, lorsqu'il avait cru qu'elle sous-entendait qu'il se tournait les pouces, lui dire à quel point elle avait conscience de tout ce qu'il avait fait pour eux, et que c'était surtout son impuissance à elle qui la rendait folle. Pourtant elle ne dit rien, elle ne prononça pas le moindre mot. Sa main caressa son visage et tout particulièrement cette barbe fournit qui lui mangeait les joues tout en se perdant dans la contemplation de son regard, qui au simple contact de sa main sur sa joue lui avait fait ouvrir les paupières. Jamais encore ils n'avaient été aussi proches, et ce n'était à la seule proximité physique qu'elle pensait en songeant à cela. Puis, elle avait fait ce qu'elle brulait d'envie de faire depuis le début, elle s'était penchée sur lui pour l'embrasser.

Khaaleb mit quelques instants avant de réagir et de lui rendre avec douceur son baiser puis doucement leurs lèvres se séparèrent et tous deux se fixèrent sans dire un mot. Pourquoi avait-elle fait ça ? Elle n'en savait rien, la seule certitude qu'elle avait c'est qu'elle ne voulait pas s'arrêter là... Basculant au-dessus de lui, elle se pencha sur lui pour s'emparer à nouveau de ses lèvres avec fougue tout en commençant à faire courir ses mains sur son torse. Sans un mot, assise à califourchon au-dessus de lui, la jeune femme se redressa et retira sa grosse veste suivit de son premier pull, puis du second. La couche de vêtement impressionnant qu'ils portaient tous les deux la fit rire, s'en était à n'en plus finir. Alors qu'il ne restait plus que son sweat à manche longue collant à la peau, elle décida de délester à son tour son compagnon de cette impressionnante couche de vêtements. Les doigts de la brunette glissèrent le long de la nuque de l'homme alors que celles de Khaaleb qui erraient déjà sur son corps lui procurèrent des frissons jusqu'à l'échine. Remontant légèrement le pull de son amant, elle entreprit de couvrir de baiser mouillée chaque centimètre de peau qui s'y dévoilait au fur et à mesure de son avancée. Elle continua ainsi sa progression jusqu'à le contraindre de se relever légèrement afin qu'il puisse retirer ce satané pull qui était indiscutablement beaucoup de trop. A nouveau, elle put dévorer le torse musclé de cet homme qui avait un don certain pour la rendre folle. Se laissant renverser sur l'oreiller, Thalya qui sentait déjà la passion la galvaniser, ferma les yeux pour mieux s'abandonner à ses caresses. Cherchant le contact de ses lèvres sur les siennes, elle les captura avec fougue tout en faisant glisser ses mains le long de son dos si bien dessiné jusqu'à ce qu'elle trouve le chemin qui menait jusqu'à son jeans qu'elle entrepris de lui ouvrir, mais il l'en empêcha en posant sa main sur la sienne qu'il remonta au-dessus de sa tête l'empêchant d'aller trop vite et la tenant ainsi à sa merci pour la cajoler à son tour. Gémissante, se laissant torturer avec plaisir, Thalya se laissa porter par la volupté de ses caresses lui griffant le dos alors qu'elle était tenaillée par le plaisir

- Je te déteste ria-t-elle entre deux soupires parce qu'ainsi prisonnière entre ses mains expertes, elle se sentait ruisseler de désir.

Elle aimait la manière dont il s'occupait d'elle, dont il la chérissait et l'aimait. Il savait la rendre folle, oui, c'était indéniable. Des sentiments étranges l’envahissaient de plus en plus à son égard. Ce que Thalya avait désiré de son corps n’était rien comparé à ce qu’il lui avait offert en cette première nuit. Khaaleb savait mettre le feu à chacun de ses sens, elle l'avait désiré comme aucun autre. Entre ses mains, elle s'était sentie non seulement désirée mais aussi aimé. Laissant son corps se reposer contre le sien, les yeux grand ouvert, Thalya reprenait lentement le contrôle de sa respiration alors qu'elle ne parvenait pas à en faire autant avec les battements de son coeur et les tremblements de son corps. Levant légèrement la tête elle déposa un baiser sur son torse avant de faire glisser ses doigts sur ce dernier

- La légende d'Eskaarahkwa, je l'ai trouvé triste... Je suis fille unique alors je ne peux pas comprendre mais je pense que frère ou pas frère, jamais je n'aurais pu pardonner l'assassinat de l'homme que j'aimais. Je sais qu'en revenant dans son village elle leur a apporté son savoir de la tribu des ours mais je n'aurais pas eu sa sagesse.... d’ailleurs, sur bien des aspects tu me fais penser à son mari... Tu avais quelqu’un… dans ta vie… je veux dire avant tout ça. Une petite amie ? Des enfants ?

Elle avait envie de le connaitre, de découvrir le genre d’homme et de vie qu’il menait avant. Elle ne pouvait imaginer un homme comme lui, vivre seul. Face à lui, Thalya se perdit à nouveau dans ses yeux clairs qui la faisaient indéniablement chavirer. Le réduisant au silence par le charme voluptueux de ses caresses, “ Fais-moi encore l’amour, “ fut la dernière chose qu’elle murmura, sur un ton qui était un mélange de supplique et d’ordre.

***

Epuisée, elle s’abattit sur lui de tout son poids, reposant sa tête sur sa poitrine. Ses joues goûtèrent le contact de sa peau douce sur les muscles bien dessinés de Khaaleb et sa main droite suivie la trace de l'un de ses nombreux tatouages. A présent que toutes ces barrières qu'ils avaient si stupidement dressées entre eux étaient enfin de l'histoire ancienne, Thalya n'avait plus réellement envie de voir cette tempête qu'elle avait tant honnit, prendre fin. Non pas qu'elle ne désirait pas retrouver ses amis mais en cet instant, il fallait bien avouer qu'ils étaient le cadet de ses soucis...
Elle n'était cependant pas la seule qui désirait retrouver des proches, Khaaleb aussi désirait rejoindre quelqu'un, il lui en avait parlé en employant le terme « famille » de qui s'agissait-il ?

- Cette famille que tu veux rejoindre... Tu ne m'en as jamais réellement parlé... qui est-ce ? Est-ce que tu sais où chercher pour les retrouver ?

Ces personnes que Khaaleb désirait tant rejoindre étaient-ils seulement toujours en vie ? Etaient-ils toujours à Kelowna, n'avaient-ils pas fui ?

- Et si... Et si tu venais avec moi ? Je suis sérieuse, fit-elle en s'appuyant sur son coude pour se relever légèrement

Ce fut tout naturellement, qu'elle commença à lui parler de ses amis, de l'exubérant Kevin sur de son charme dont l'assurance qu'il dégageait ne l'avait, fut un temps, pas laissé indifférente. De Kelly la féministe avec laquelle Thalya était constamment en compétition et qui ne s'arrêtait jamais de parler mais avec laquelle pourtant, elle se sentait la plus proche. De Flora qui était probablement l'élément le plus réfléchit et intelligent de leur groupe. Du taciturne Jonathan qui décrochait très peu de mots, gardant pour lui ses pensées les plus profondes mais qui ne semblait pas insensible au charme de Kelly et enfin il y avait le discret David qui détestait prendre des responsabilités et qui était bien plus un suiveur qu'un meneur. Ils avaient tous un trait de caractère bien déterminée et seule la propagation du virus et le besoin de survivre les avaient fait se réunir. Au fils du temps, ils avaient fini par tisser de véritables liens devenant un groupe soudé, du moins s'était ainsi qu'elle, elle voyait les choses. Sans eux, elle ne pouvait survivre et c'était pareil pour chacun d'entre eux.

- Tu devrais venir avec moi. Ce sont des gens bien, ils t'accueilleront à bras ouvert

Thalya en était convaincu et puis avec tous les talents de Khaaleb, nul doute qu'il trouverait vite sa place parmi eux, à l'exception peut-être de Kevin qui verrait surement en lui un potentiel rival mais il apprendrait à ravaler sa fierté. Quand à Kelly, elle ne doutait pas un instant que la blonde lui tournerait autour dès qu'elle le verrait et ça, ça n'allait certainement pas améliorer leur relation, mais cela n'avait aucune importance... Kevin, Kelly, ou les autres, lui importait peu, ce qui comptait en ce moment, c'est qu'elle n'avait aucune envie de repartir seule dans son coin en l'abandonnant à son sort. Pas maintenant... pas après ça

- Et par la suite, quand l'hiver sera passé, on pourra essayer de partir à la recherche des tiens, tous ensemble





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Khaaleb Talarion
The pain doesn't go away

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28.03.20 9:12
In the middle of somewhere

  Thalya et Khaaleb

 


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Khaaleb détestait sa propre colère. Elle était son ennemie la plus redoutable ; cette part de lui qu'il essayait toujours de faire taire, d'oublier. D'ordinaire calme, il parvenait la plupart du temps à contrer ce sentiment qu'il méprisait chez lui. Mais peut être pour cela, les rares fois où elle éclatait, il le regrettait amèrement. L'amérindien haïssait cette violence qu'il avait en lui, cette animalité qui grondait dans sa poitrine et qui se manifestait dans ses excès de rage. Mais c'était un cercle vicieux ; la freiner rendait le mal plus terrible encore, plus sournois. Il cachait sa colère, effrayé de ce qu'elle pouvait causer, et elle n'en était que plus horrible parce qu'elle était constamment muselée.

Le géant se sentait terriblement honteux. Les mots qu'il avait dit, il les avait regretté dès l'instant qu'ils étaient sortis de sa bouche. S'il avait pu, il aurait effacé ces dernières minutes, il aurait effacé ses mots, ses attaques. Il n'aurait pas brisé cette chaise, il n'aurait pas cédé à la rogne qui le rongeait depuis des jours, il n'aurait pas dit ces phrases horribles et cruelles qu'il ne pensait pas dans le fond.
Peut être que Thalya méritait d'être remise à sa place, mais pas de cette façon, pas comme ça. Depuis que la tempête menaçait de plus en plus de les anéantir, leurs rapports étaient devenus de plus en plus tendus, et sa compagne toujours plus insupportable. Mais qui ne l'aurait pas été dans une telle situation ? C'étaient les circonstances qui étaient insupportables, pas elle ! Elle, elle était... Elle ! Alors oui, peut être aurait-elle pu se montrer plus diplomate, mais lui n'aurait jamais du réagir ainsi ! Mais qu'est ce qui lui avait pris bon sang !! Qu'est ce qui lui avait pris de lui dire qu'il aurait préféré la laisser crever dans cette maudite voiture, alors que malgré tout, malgré son caractère de cochon, c'était tout l'inverse !!
Assis dans son coin, penaud comme un animal battu et occupé à préparer ce misérable repas qui serait le leur ce soir encore, Khaaleb voyait ces mots qu'il avait dit tourner dans sa tête. La jeune femme était caractérielle oui, mais elle était forte aussi. Ces jours passés avec elle n'étaient pas tous faciles, mais ils avaient appris à s'apprivoiser petit à petit l'un l'autre, à se connaître. Il avait appris à l'apprécier, passant sur ses a priori et ses craintes des premiers instants. La personne qu'il avait découverte était quelqu'un d'intelligent et de drôle, de touchant aussi, parce qu'au delà de cette rudesse qui la caractérisait, il y avait aussi une fragilité dans ses grands yeux pétillants qu'il essayait de ne pas trop croiser. Plongé dans son mutisme d'ours, seul face à ses réflexions, le grand brun dû bien admettre qu'il avait été troublé par la jeune femme. Peut être pas tout de suite, mais c'était venu oui. Quelque chose d'étrange et d'inattendu. Quelque chose qui lui avait donné une nouvelle énergie, qui l'avait fait sourire, rire même ! Et cela faisait si longtemps qu'il n'avait fait ni l'un ni l'autre. Etait-il le seul des deux à le sentir ce quelque chose ? Sûrement, vu les remarques cinglantes qu'elle lui lançait depuis des jours. Elle le détestait comme elle devait détester cette maison, cette tempête et ce foutu pays. Et il y avait pire que ça.
Car s'il y avait pu y avoir quoi que ce soit de naissant entre eux, il venait de tout gâcher en l'espace d'un claquement de doigt. Il l'avait vu. Il l'avait vu passer dans ses yeux. L'espace d'une seconde, comme un voile soudain, il avait aperçu la peur dans le regard de Thalya. Une peur dont il était la cause, et pour ça plus encore que pour tout le reste il s'en voulait. Terriblement.

Mais dans le fond, peut être était-ce mieux ainsi ? Après tout ils n'étaient que deux égarés que le destin avait enfermé dans cette bicoque miteuse. Leurs chemins respectifs s'étaient croisés par hasard, et si la tempête ne les emportait pas, ils repartiraient chacun de leur côté dès que l'occasion se présenterait. Elle avait son groupe, lui sa famille à retrouver. Alors peut-être valait-il mieux ne pas s'attacher. Peut être était-ce mieux, en définitive, qu'elle le détesta de la sorte. Oui, c'était mieux comme ça.

Soudain, un clapotis d'eau attira l'attention de l'ancien garde forestier. L'esprit embrumé par ses réflexions, Khaaleb en oublia un instant ce que la jeune femme était en train de faire, et tourna la tête vers l'origine du bruit.
Le tableau qui s'offrit alors à lui fit voler en éclat toutes les certitudes dont il essayait de se convaincre lui-même une seconde plus tôt. Il retint son souffle.
Les flammes dans la cheminée projetaient sur le drap tendu une ombre chinoise aux contours troubles. La silhouette nue de la jeune femme apparaissait comme dans un brouillard, tremblante au rythme anarchique du feu. Figé par cette vision inattendue, le jeune homme ne pu s'empêcher de suivre des yeux ses gestes lents, rendus étonnement gracieux dans ce théâtre d'ombres. Ses mains, ses longs doigts fins, ses épaules, son profil, aussi fier que tendre, la cambrure de ses hanches, cette façon qu'elle avait de remonter ses cheveux sur sa nuque. La lumière, chaude et rougeoyante mais pourtant si faible, n'offrait qu'une vision fugace, mais le tableau n'en était que plus bouleversant. Pour la première fois depuis leur rencontre, l'amérindien se rendit compte à quel point Thalya était belle. Pour la première fois aussi, et pour un instant seulement, il laissa ce trouble contre lequel il luttait l'envahir totalement. Il y avait des combats qu'on ne pouvait gagner indéfiniment.

Mais alors la bulle de savon fragile dans laquelle ils étaient enfermés éclata, et prenant soudain conscience de la position de voyeuriste dans laquelle il se trouvait, Khaaleb tourna le regard, quittant un peu honteux mais pourtant à contre cœur cet instant volé. Si se mettre à nu un peu plus tôt devant la jeune femme et se sentir regardé par elle n'avait été avant tout qu'un bon moment de provoc gratuite, ici c'était différent, et il s'en voulait de s'être permis de s’immiscer, même de loin, dans l'intimité de sa compagne d'infortune.
Réprimant un grognement, préférant une profonde inspiration, le grand brun essaya de se concentrer sur sa tâche, mais le cœur n'y était plus. Il ne pouvait désormais arracher de sa mémoire cette ombre face au feu, comme il ne parvenait pas plus à calmer le rythme affolé de son cœur et ce nœud dans son ventre.
Il ressentait comme une pression sur sa poitrine, comme si quelqu'un y était assis, l'empêchant de respirer correctement.

Cette étrange sensation n'avait été que crescendo, malgré la soirée lugubre qu'ils passèrent, et se retrouver plus tard avec la jolie brune lovée contre lui n'arrangea rien à la situation. Malgré l'air détaché que le géant voulait bien afficher alors qu'ils étaient tout les deux étendus l'un contre l'autre dans le grand lit froid, il se sentait fébrile. Le trappeur avait beau se faire violence, essayer de penser à autre chose, il n'arrivait pas à faire taire se cœur qui bâtait la chamade depuis qu'elle avait posé sa tête sur son épaule, sa main sur son torse. Au fond de lui, il espérait que la jeune femme ne remarquerait rien. Il lui avait assez répété qu'elle ne l'intéressait pas et qu'il ne tenterait jamais rien la concernant pour soudain changer d'avis. Mais qui tentait-il vraiment de convaincre en disant ça ? Bien sur il lui avait tout de suite trouvé du charme. Ses regards, son sourire, ce caractère qui l'avait bien vite rendu fou. Il s'était fait prendre au piège, il avait baissé sa garde. Mais les circonstances avaient joué contre eux. Si seulement ils avaient pu se connaître avant.
Khaaleb avait bien failli s'endormir sur cette pensée dangereuse, mais sa compagne l'en avait empêché. Il ignorait totalement la raison qui le poussa ensuite à raconter cette vieille histoire. Elle lui était venue comme ça, comme ressurgi des tréfonds de sa mémoire. Cette vieille légende, ont la lui avait conté lorsqu'il était enfant et qu'il grandissait dans la réserve. Il se revoyait encore, si petit à l'époque, les cheveux en bataille et l'air sauvage, face à sa grand mère enroulée dans une grande couverture aux motifs colorés et géométriques. Cette histoire avait pendant longtemps été sa préférée, il la réclamait souvent à la veillée, et souvent on la lui cédait. Plus tard, il l'avait transmise à sa nièce, comme bon nombre de ces récits traditionnels. Même si Leslie ne partageait pas avec lui ce sang natif, il avait tenu à lui transmettre sa culture, ses racines.
Mais pourquoi cette légende plutôt qu'une autre ? Il n'en savait rien. Peut être était-ce à cause de ces personnages, qui lui rappelait étrangement certaines personnes. Peut être y avaient-ils des parallèles à faire. Dans le fond, Thalya était fière comme l'héroïne de l'histoire, et oui elle était parfois agaçante, mais devait-il pour autant se conduire en ours ? Les excuses qui suivirent le récit vinrent sans qu'il y eu réfléchi, naturellement. Il en avait besoin. Il avait besoin qu'elle comprenne sa sincérité, qu'elle pardonne sa maladresse. Bien sur, rien ne pouvait excuser la violence dont il avait fait preuve, lui même ne se le pardonnerait sans doute jamais, mais il avait besoin qu'elle sache. Qu'elle sache que malgré tout, malgré les cris, malgré la faim et le froid, malgré ces conditions inhumaines dans lesquelles ils étaient obligés de vivre, il était heureux, étrangement mais réellement heureux ; parce qu'elle était là ; parce qu'ils étaient ensemble, ici et maintenant à la fin de toutes choses.


Alors il se passa quelque chose que Khaaleb n'avait pas prévu.
Il sentit soudain, dans un geste d'une douceur étonnante, une main caresser sa joue rugueuse. Surprit, le grand brun ouvrit lentement les paupières pour se retrouver face à face avec la jeune femme qui s'était légèrement redressée. Malgré la très faible lumière que projetait les dernières flammes dans la cheminé, il pouvait très nettement sentir son regard dans le sien. Pendant plusieurs secondes, comme un compte à rebours, ils s'observèrent l'un l'autre, essayant peut être de comprendre ce qui était en train de se passer. Le trappeur entrouvrit la bouche, comme pour dire quelque chose, mais la jolie brune ne lui en laissa finalement pas le temps et l'embrassa.

Il fallut un instant à l'amérindien pour comprendre ce qui était en train de se passer, mais reprenant rapidement ses esprits, il lui rendit ce baiser,  se redressant légèrement et inspirant profondément son odeur envoûtante. Elle sentait l'herbe coupée, mais aussi les épices, et quelque chose de sucré et de délicieux qui lui fit immédiatement tourner la tête. Brisant ce rapprochement soudain, ils s'éloignèrent un instant, se regardant à nouveau, comme deux personnes prises en faute, interdits l'un comme l'autre par ce qu'ils venaient de faire, essayant sans doute de résister à ce cris intérieur qui les poussait l'un vers l'autre. Si la raison de Khaaleb lui soufflait que ce n'était peut être pas une bonne idée, une erreur même, son cœur hurlait bien plus fort. Ce dernier tambourinait à en crever, rependant dans tout son corps une vague de chaleur qu'aucun feu réel n'aurait pu diffuser. Il avait faim d'elle bien plus qu'il n'avait faim de nourriture, et ce qu'il lisait dans ses yeux lui faisait comprendre qu'il n'était pas le seul à souffrir de cette envie impulsive. Alors oubliant la tempête et le feu mourant, oubliant les cris et la colère, oubliant le vent qui menaçait de les emporter et oubliant les morts figés dans leurs congères aux alentours , ils s'embrassèrent à nouveau, à en perdre la raison.
Assise sur lui, la jeune femme retira ses nombreuses couches et l'aida à se débarrasser des siennes qui allèrent s’étaler sur le parquet froid de la pièce, capturant sa bouche dès qu'elle le pouvait. Lui, gestes fébriles mais sûrs, glissa sa main sur sa peau, le long de son dos et de son ventre jusqu'à ses seins, embrassant ces lèvres, cette joue, cette gorge. Chaque mouvement, chaque étreinte semblait vouloir accélérer encore un peu plus le battement de son cœur qui ne tarderait sans doute plus à lâcher tant il paraissait à Khaaleb qu'il battait vite. Il n'entendait plus que ça, ce sang pulser à ses oreilles, il ne voyait plus qu'elle, ses regards brûlants, ses cheveux qui tombaient sur ses épaules, la perfection de ce qu'elle était.
Agrippant sa taille, il la retourna d'un coup, prenant l'ascendant sur son amante. Capturant ses mains pour l'empêcher d'aller trop vite, il laissa l'une des siennes couler le long du corps de la jeune femme pour atteindre son pantalon à elle qu'il déboutonna. Quittant sa bouche, il plongea son regard dans le sien, la regardant au moment qu'elle lui disait le détester alors qu'il glissait en elle. La voir fermer les yeux, ouvrir la bouche dans une inspiration coupée, se cambrer, ne faisait que grandir son propre désir d'elle. Il avait envie de l'entendre gémir, de lui donner du plaisir, de l'aimer, plus qu'il ne l'avait jamais voulu. Le géant n'était pas un débutant en la matière, loin de là, mais il y avait dans ce moment quelque chose d'unique et d’enivrant qu'il n'expliquait pas, de logique presque, comme si leurs corps étaient faits pour s'entrelacer, pour s'affronter, non pas l'un contre l'autre mais l'un avec l'autre.
Au bout d'un moment, croisant le regard fiévreux de Thalya, il compris qu'ils n'en pouvaient plus ni l'un ni l'autre, et les pantalons et le reste de leurs vêtements volèrent. Le froid à l'intérieur de la cabane était toujours glacial, mais ils n'en avaient que faire. Corps contre corps, front contre front, ils se regardaient avec une intensité que des mots avaient bien du mal à transmettre. Il la pénétra en même temps qu'il l'embrassait à nouveau, ne pensant pas une seule seconde ni au lendemain ni aux conséquences. D'abord lents, ses va et vient se firent plus rapides et forts, en même temps que leurs souffles s'accéléraient. Fort heureusement, le vent soufflait cette nuit là, sans quoi les rôdeurs n'auraient eu aucun mal à les entendre. Remontant une des jambes de la jeune femme, Khaaleb glissa sa main jusqu'à son entre-jambe, continuant de la torturer en même temps que s'intensifiaient ses mouvements, désireux de la combler plus que tout, son plaisir s'exacerbant au travers de celui de sa partenaire, n'atteignant son paroxysme qu'en la voyant elle-même, les paupières closes et la bouche ouverte dans un cris muet, accéder au sommet de la jouissance.


Ce ne fut qu'après, lorsque lové l'un contre l'autre ils purent reprendre leur respiration haletante, que le géant se rendit compte de ce qui venait de se passer entre eux. Et si l'inquiétude aurait pu le saisir, il était encore bien trop retourné par le bonheur et la chaleur qui parcourait chaque partie de son corps. Les yeux fermés, il sentait une fatigue bienfaitrice l'envahir, et caressait lascivement du bout des doigts le dos nu de Thalya, qui elle ne semblait pas du tout fatiguée par l'effort et parlait de ce qu'elle aurait fait à la place de l'héroïne de l'histoire qu'il lui avait raconté un peu plus tôt.
« C'est parce que tu n'as jamais vécu parmi les ours... » sentit-il murmurer. Bien sur, la réflexion de la jeune femme était légitime, normale même. On était tous en droit d'en vouloir à la personne responsable de la mort d'un être cher. Mais la légende allait bien au-delà de ça et la mort du mari-ours était une condition pour permettre aux hommes d'apprendre la connaissance de la nature. Encore une fois, sa compagne montrait son caractère entier et fort, cette façon touchante qu'elle avait de tout prendre à cœur qui arracha un sourire à Khaaleb qui pourtant disparu dès qu'elle l'interrogea sur son hypothétique famille. Une petite amie ? Il était un peu tard pour s'en soucier. Ouvrant toutefois les paupières, il cala son regard dans celui de la joli brune. Levant la main, il replaça une mèche de ses longs cheveux qui tombait sur ce visage qu'il aimait.
«Non... » finit-il par répondre de sa voix grave, après avoir essayé de comprendre ce que cette question pouvait représenter pour elle. « Jamais rien de stable... je crois... je crois que ça fait longtemps que j'attends Eskaanahkwa depuis l'orée de la grande forêt... ». La réponse du plaire à la jeune femme, car elle glissa une main vers lui, le faisant taire immédiatement. Sentant une nouvelle vague de désir le submerger en entendant sa demande, il s'exécuta avec le plus grand des plaisirs, trop heureux de la combler encore.

Mais il fallait croire qu'il en fallait beaucoup plus pour faire taire Thalya, car à peine s'était-elle étendue sur lui, autant ivre de plaisir que tremblante après leurs nouveaux ébats, que déjà elle le questionnait à nouveau sur sa famille, alors même qu'il était encore en elle. Lui-même à bout de souffle et passablement fatigué par leur activité nocturne des plus sportives, il ne pu retenir un rire. Sentant ses muscles se détendre, il prit une profonde inspiration, regardant toujours la jeune femme allongée sur lui. « Tu t'arrêtes donc jamais ? » dit-il l'air soudain taquin. Ce n'était pas vraiment une critique, même pas du tout en fait et la jolie brune pouvait sans rendre compte sans mal en voyant ce sourire sur ses lèvres. D'un mouvement brusque du bassin, le trappeur la fit basculer sur le côté pour se dégager de son emprise et la faire rouler sur l'espace libre du matelas. Ricanant de bon cœur de sa manœuvre, il l'attira cependant à lui dans un geste tendre, entourant ce corps qu'il aimait découvrir toujours plus de ses bras de géant. Calé contre son dos, il approcha son visage qu'il enfoui dans l'épaisse chevelure brune de Thalya, juste au niveau du cou, afin de s’imprégner un peu plus de son odeur qu'il adorait.

La phrase qu'elle prononça alors le figea.

Venir avec elle. Dire qu'il n'y avait pas pensé aurait été mentir, surtout après tout ça. Venir avec elle, la suivre. Maintenant plus encore qu'avant, cette perspective lui faisait envie, terriblement. Il n'avait jamais attendu une telle rencontre, jamais espéré, mais à présent qu'elle était entrée dans sa vie, avec la puissante dévastatrice d'une tempête, il ne voulait pas la laisser s'échapper. Pourtant, malgré son envie de rester avec elle, un doute lui serra le cœur presque instantanément, comme un présage. Et l'entendre parler des autres membres de son groupe de l'aida en rien. Depuis le temps qu'il était seul, s'imaginer à nouveau vivre en communauté lui donnait le vertige. Il avait aussi le pressentiment qu'il ne devait plus retarder son départ pour Kelowna, qu'il devait s'y rendre absolument, avec célérité, car le temps comptait.
« Je... je ne sais pas Thalya... je ne sais pas si je serai capable de vivre à nouveau avec...et bien avec d'autres êtres humains. » murmura-t-il. Sentant la jeune femme se redresser, il la regarda, plongeant une fois encore ses yeux dans les siens, bouleversé par ce regard et tout ce qu'il y lisait. Levant la main, il caressa la peau si douce de sa joue, de son épaule, de son dos. Il savait ce qu'il devait faire, mais pour une fois, il n'en avait aucune envie. Pour une fois, il ne voulait pas écouter son instinct ni sa raison. Il voulait laisser sa place à cet élan du cœur qui le faisait vibrer. Un nouveau sourire, discret mais tendre, étira la commissure de ses lèvres. « Mais si ça me permet de rester avec toi... ». Il était sérieux lui aussi. Tout ce qu'il voulait, c'était rester avec elle, ne pas perdre cette chose étrange qui s'était tissé entre eux par le hasard de leur rencontre. Mais ce qu'il voulait à cet instant, alors qu'il s'approchait d'elle pour l'embrasser, c'était l'aimer une nouvelle fois.

***

Ce fut une douce sensation de chaleur sur sa joue qui réveilla Khaaleb. Immédiatement le jeune homme fut étonné par le calme qui régnait dans la pièce. Un silence qui sonnait étrange à ses oreilles, mais qui était aussi d'une incroyable douceur. Le vent avait cessé. Ouvrant les paupières, il papillonna quelques secondes, ébloui par le rayon de soleil qui pénétrait à travers les planches clouées aux fenêtres. Quelques instants, silencieux et immobiles, l'amérindien resta à savourer cette caresse bienfaitrice, observant la poussière voleter lentement. Se pouvait-il que la tempête soit vraiment passée ? Ou bien n'était-ce qu'une autre accalmie. Laissant son visage se tourner vers la silhouette à ses côtés, il ne pu retenir un sourire tendrement amusé en voyant Thalya enveloppée dans les couvertures. Il pouvait à peine voir son visage endormi dépasser. L'envie de l'embrasser le tenailla, mais il préféra la laisser dormir encore un petit peu. Repoussant les draps, le grand brun s'assit sur le bord du lit, se prenant la tête dans les mains pour essayer d'en chasser les dernières traces de sommeil. Il bailla, se grattant l'épaisse barbe qui lui mordait le menton et les joues. D'un coup d’œil, il avisa ses vêtements, toujours étendus sur le sol. Des images de ce qui s'était passé quelques heures plus tôt lui apparurent. C'était assez surnaturel quand on y pensait, surtout après ces derniers jours à s'insupporter mutuellement. Mais ça s'était pourtant bien passé, il n'y avait pas de doute là dessus.
Sans se soucier de sa nudité, ni du froid mordant qui sévissait toujours dans la bicoque, l'ancien garde forestier se redressa et alla jeter un coup d’œil à la fenêtre. Comme il l'avait pressenti le vent avait chassé les nuages avant de finalement tomber pour de bon. La neige, encore haute de plus d'un mètre, couvrait toute la forêt environnante mais ne tarderait pas de fondre au soleil qui brillait enfin dans un ciel azur et intense.
Ils étaient sortis d'affaire, du moins pour le moment.
Mais si ce constat aurait du emplir son cœur de joie, il n'en était rien. En réalité, le jeune homme se sentait comme déchiré en deux. Bien que profondément heureux de sa rencontre avec Thalya, il n'en sentait pas moins un poids terrible peser sur ses épaules, comme pour lui rappeler des lourdes conséquences de ses choix.

Se détournant de la fenêtre, le trappeur récupéra ses vêtements et les enfila couche après couche, puis se dirigea vers l'âtre pour y rallumer un feu avec leurs derniers morceaux de bois. Une bonne flambée leur ferait du bien, et puis il pourrait toujours sortir plus tard pour en récupérer d'autres.
Assez vite, de grandes flammes se mirent à crépiter dans la cheminée. Après s'être réchauffé les mains, Khaaleb tourna un nouveau son regard vers le lit. Immédiatement, un sourire illumina son visage.

« Morning Sunshine... » dit-il à la jeune femme dont les grands yeux ouverts l'observaient. Après la chaleur torride de leurs ébats nocturnes, le grand brun ne savait pas trop comment agir ni trop où se mettre. Ce qui s'était passé la veille était venu naturellement. Une pulsion à laquelle ils avaient cédé sans se poser de questions. Mais si lui était à présent conscient de ce qu'il commençait à éprouver pour sa compagne, il ignorait quels étaient ses sentiments et ses intentions à elle. La crainte de la voir exprimer des regrets lui serra le ventre, mais le sourire qu'elle eut à cet instant balaya bien vite ses doutes. S'approchant alors d'elle, il se pencha et l'embrassa avec une douceur touchante avant de s'asseoir sur le rebord du lit. C'était étrange comment la vie vous apportait parfois des rencontres qui vous chamboulaient à ce point. Jamais l'amérindien n'aurait pensé croiser un jour une femme comme Thalya sur sa route, pas après la fin du monde en tout cas. Même si vivre avec elle n'était pas de tout repos, il se savait incroyablement chanceux de l'avoir rencontré. Elle lui apportait quelque chose qu'il ne savait pas encore nommer.
Elle s'était ouverte à lui. Alors peut être était-il temps pour l'ours de s'ouvrir à son tour. Prenant une profonde respiration, il lui jeta un regard avant de laisser ses yeux tomber sur ses grandes mains.

« J'ai une nièce... » sa voix grave avait pris soudain une nuance nostalgique et triste, comme s'il allait avouer quelque chose qu'il gardait secret par trop de honte. « Elle s'appelle Leslie. C'est elle et son père que je vais retrouver à Kelowna. Il y a plusieurs années, ma sœur -la mère de Leslie- est décédée, et mon beau-frère dont j'étais très proche a décidé de venir s'installer là bas parce que j'y vivais déjà. Au début de l'épidémie, ils sont venus vivre dans le chalet où j'habitais dans la forêt à la sortie de la ville. Le problème, c'est que tout le reste de notre famille vivait toujours dans notre réserve, au sud de Montréal. Lorsque les communications ont été coupé et que tout le pays a sombré dans le chaos... je...enfin... j'ai du faire un choix. » Le jeune homme arrêta son récit. On pouvait sentir sans mal la difficulté qu'il éprouvait à aller plus loin. « Terry, mon beau-frère, disait que c'était de la folie.Il disait qu'on ne devait pas quitter le chalet, qu'on devait rester ensemble... mais je n'ai pas pu supporter de ne rien faire. Je suis parti et je... je les ai abandonné ; abandonné pour l'espoir fou de retrouver le reste de ma famille, ma mère, mon autre sœur... tout mon clan. » Sa voix mourut dans sa gorge. Une sensation d’étouffement lui serrait la poitrine, lui donnant envie de vomir. Le poids de la culpabilité qu'il portait sur lui depuis des mois était encore plus insupportable maintenant qu'il était formulé à voix haute, et le géant ne s'en méprisait que davantage. Se penchant en avant, il se prit la tête dans les mains, laissant un instant l'émotion le submerger. Mais il reprit vite le dessus, se redressant et reniflant sans grande classe. « Il n'y a pas un jour qui passe sans que je regrette cette décision... surtout qu'elle n'a servit à rien. Ils étaient tous morts quand je suis arrivé à la réserve. Alors j'ai fait demi tour, j'ai pris le chemin inverse, en espérant pouvoir revoir un jour la seule famille qu'il me reste encore... et pouvoir me faire pardonner de ce que j'ai fait. »

Khaaleb resta silencieux quelques secondes, craignant la réaction de sa compagne. S'il avait été à sa place, il ne se serait pas privé pour lui dire quel être misérable il était. Mais pourtant, lorsqu'il tourna enfin la tête vers elle, il ne lu aucun mépris ni aucun dégoût dans le regard de Thalya. Même si elle ne validait sans doute pas ses choix, elle le comprenait, elle ne le rejetait pas. Une vague de gratitude envahit alors l'amérindien, conscient alors de toute la chance qui était la sienne d'avoir croisé la route d'une telle personne.  


Les jours suivants se passèrent sans encombre. La fin de la tempête et le retour du beau temps furent accueilli avec joie par les deux survivants. La hausse progressive (et bien sur toute relative) des températures fit doucement fondre la neige, laissant apparaître la verdure environnante, leur permettant de sortir de nouveau de cette maison qu'ils avaient occupé bien malgré eux. Ils purent également à nouveau se fournir en bois, ce qui n'était pas une mauvaise chose car les nuits restaient glaciales. Un jour seulement après le retour du soleil, le trappeur parvint à chasser un lapin, puis deux oiseaux le lendemain. Pouvoir enfin manger à leur faim et se chauffer convenablement eut tôt fait de balayer leurs inquiétudes. Leurs conflits s'étaient envolés avec les nuages, et ils pouvaient à présent préparer la suite. Car si leurs conditions de survie s'étaient subitement améliorées, il allait de soit qu'ils n'envisageaient ni l'un ni l'autre de s'attarder plus de temps que nécessaire dans cette maudite bicoque. Décidant toutefois de ne pas se précipiter inutilement sur des routes encore gelées et dangereuses, ils profitèrent des jours suivants pour faire quelques réserves et réparer leur matériel. Khalleb, profitant de ses connaissances, utilisait tout ce qui restait dans la cahute pour les équiper au mieux. Ainsi, il se servit de la fourrure des animaux qu'il chassa pour améliorer les bottes de sa compagne, qui éviterait ainsi de se geler les pieds en marchant dans la neige. L'ancien garde forestier utilisa également les plumes des oiseaux pour rembourrer les doublures de leurs manteaux, leur apportant une isolation supplémentaire. En somme, ce furent des journées bien remplies. Mais les nuits n'étaient pas en reste, car s'ils avaient maintenant assez de bois pour alimenter le feu continuellement, ils avaient trouvé une façon bien à eux de se tenir chaud et dont aucun des deux amants ne semblaient vouloir se passer.
Si leurs corps n'avaient maintenant plus aucun secret l'un pour l'autre, ils apprenaient également à toujours mieux se connaître humainement parlant, les barrières de la méfiance s'étant envolées avec les derniers nuages.

Mais aussi heureux et idylliques que pouvaient paraître ses quelques jours en temps d'apocalypse, tout deux savaient qu'ils auraient une fin. Et plus ils s'en approchaient, et plus le géant sentait un nœud lui tordre le ventre. Plus le temps passait, et plus ce sentiment de déchirure le tenaillait, le plongeant dans la tristesse en même temps qu'il s’enivrait de joie. La vérité était qu'il savait avoir encore un choix à faire. Un choix terrible qu'il redoutait et qu'il repoussait toujours, incapable de s'y résoudre.


Un matin, après avoir rassemblé toutes leurs affaires, les deux survivants passèrent les lanières de leurs sacs et enfilèrent leurs manteaux. Il était temps de partir. L'amérindien avait cédé à la jeune femme une des ses épaisses fourrures qui lui couvrait à présent les épaules sur laquelle tombait une épaisse natte de ses cheveux bruns où était accroché une plume. Elle avait aussi noué à la ceinture un petit fourreau où était glissé un poignard en silex qu'il avait taillé pour elle. A la voir ainsi, si différente que lorsqu'il l'avait trouvé, il ne pu retenir un sourire. Se penchant vers l'âtre de la cheminé, il plongea son index dans la cendre grise et froide puis se redressa et, placé face à elle, traça deux traits sur ses joues. « Voila... » dit-il d'un ton mi-amusé, mi-sérieux. « Maintenant tu fais vraiment partie du clan de l'ours... ».
Ils quittèrent la bicoque sans un regard en arrière.
Les deux compagnons avançaient vite, essayant d'être les plus discrets possibles. Car si la neige avait maintenant presque totalement disparue, ce n'était pas le cas des rôdeurs qui semblaient retrouver de leur vivacité avec le retour du soleil. Heureusement pour eux, ils étaient peu nombreux dans les parages, et les rares qui croisèrent leur route ne furent bientôt plus que de véritables cadavres pourrissant sur le bord de la route.

Suivant le chemin qu'avait emprunté Thalya à l'aller à partir de la carcasse de sa voiture, ils remontèrent rapidement la piste. S'ils ne connaissaient pas vraiment le coin, ils parvenaient malgré tout à s'orienter avec les quelques indications dont la jeune femme se souvenait. Au bout de plusieurs heures, alors que la journée était déjà bien entamée, ils arrivèrent dans un endroit qu'elle sembla identifier et rapidement, le doute ne fut plus permis. Ils étaient à moins d'un kilomètre du refuge où son groupe se trouvait. L’excitation et la joie se laissaient sentir dans la voix et le pas de la jolie brune, n'accentuant que d'avantage ce sentiment qui éviscérait l'ancien garde forestier.


Alors, une fois qu'il fut certain qu'elle allait pouvoir retrouver les siens, Khaaleb se stoppa, lâchant la main de sa compagne qui fit un pas en avant avant de comprendre qu'il s'était arrêté. Pendant une seconde, elle lui tourna le dos, puis pivota la tête vers lui dans un mouvement vif, plongeant son regard solaire dans le sien, passant de l'interrogation à l'inquiétude, puis à la compréhension. Le géant ouvrit la bouche, la ferma, puis l'ouvrit encore. Cela faisait des jours qu'il pensait à ce qu'il allait pouvoir dire pour expliquer son geste. Mais maintenant qu'il était dos au mur, il ne savait plus comment s'y prendre. Il ne savait pas comment expliquer ce choix stupide qu'il savait devoir prendre. Une douleur sourde martelait à l'intérieur de son torse, comme une voix intérieur qui refusait ce qu'il s’apprêtait à faire. Mais il n'avait pas le choix. Enfin si il l'avait, et comme il lui en coûtait de le prendre ce choix. Cette rencontre lui avait apporté tellement de choses. Elle, elle lui avait tellement apporté. Elle lui avait rappelé qui il était, elle lui avait rappelé ce que signifiait être vivant. Devoir renoncer à ça, renoncer à elle, était sans doute une des choses les plus difficiles qu'il avait eu à faire de toute sa vie.

« Je... je ne peux pas Thalya... je ne peux pas attendre la fin de l'hiver. Il faut que je rentre à Kelowna maintenant, il faut que je les retrouve... » Chaque mot prononcé était comme un coup de couteau qu'il s'infligeait à lui même. Comme le choix de partir pour la réserve, il savait ce que la quitter allait signifier pour lui, mais il savait aussi qu'il devait le faire. « Je... j'ai déjà trop tardé... je suis désolé... » Si la jeune femme était déçue ou en colère, elle n'en laissa rien paraître. Elle se tenait là, droite et fière, plus belle encore dans la lumière du soleil réfléchie dans les dernières neiges. S'approchant d'elle, il sortit un vieille carte du pays qu'il lui tendit. Elle avait de toute évidence déjà bien vécu, et ne montrait que les routes principales, mais dans ce nouveau monde, cet objet anodin devenait un bien d'une extrême valeur pour les vagabonds comme eux. « Si jamais tu ne sais pas où aller... je t'attendrai là bas... Eskaanahkwa... » murmura-t-il doucement. Déglutissant avec difficulté, il sortit également d'une des petites besaces qu'il portait à la ceinture un petit morceau de bois qu'il avait sculpté en forme de tête d'ours et attaché à un lacet. Incapable d'en dire plus, il lui glissa dans la main et referma ses doigts dessus. Puis se penchant vers elle, il l'embrassa une dernière fois, muet par la douleur que lui causait sa décision de la quitter.
S'arrachant à leur dernière étreinte, il fit deux pas en reculant, essayant de conserver en mémoire cette image de cette femme incroyable qui l'avait sauvé bien plus que lui ne l'avait fait pour elle. Puis il avait fait demi-tour, conscient du vide qui venait de se creuser dans sa poitrine, et il avait marché, il avait marché encore et encore. Il avait marché sans jamais se retourner, incapable de savoir si une nouvelle fois, il avait fait le bon ou le mauvais choix.  


***

Rapide et les sens en alerte, Khaaleb traversait la ville fantôme de Kelowna. Sa silhouette massive passait sans un bruit, furtive, devant les vitrines poussiéreuses des magasins qui bordaient l'avenue qu'il remontait.
Maintenant que son pick-up avait rendu l'âme, il allait devoir faire preuve de célérité s'il voulait rentrer au chalet avant la tombée du jour. De part et d'autre, des carcasses de voitures abandonnées se couvraient de rouille et de lierre sans que personne n'y fasse rien. Peut être aurait-il pu essayer d'en démarrer une, mais ça aurait été une perte de temps et d'énergie. Il valait mieux de toute façon traverser la zone urbaine en silence afin d'éviter les groupes de virulents qui y déambulaient continuellement.
Pressant le pas, le géant serra sa main sur le bois de son arc qu'il tenait à la main, prêt à décocher une flèche à la moindre menace. Ainsi à découvert, il se savait une proie facile et n'aimait pas cela. Et ça serait sans doute bien pire lorsque la nuit tomberait.
Depuis quelques temps, les jours s'allongeaient, les arbustes se couvraient de bourgeons. L'hiver était bel et bien derrière eux, et avec lui les souvenirs douloureux qui l'avait traversé.
S'il avait cru un temps que le hasard lui avait enfin sourit, lui permettant de retrouver sa famille, l'amérindien s'était vite rendu compte que rien n'allait vraiment depuis qu'il avait reposé le pied à Kelowna. Le pire de tout, sans le moindre doute, avait été la mort de sa nièce, Leslie, dont l'absence lui causait encore une douleur profonde. S'il était heureux d'avoir au moins pu la revoir et passer un peu de temps avec elle avait son décès, il n'en restait pas moins choqué par cette mort violente et imprévisible qui avait frappé la jeune fille. Et comme si cet incident tragique avait été la porte d'entrée aux emmerdes, elles s'étaient enchaînées ensuite, comme si rien ne pouvait les retenir. Il y avait eu cette mésaventure avec Gabriel où ils avaient bien cru y rester. Et cet affrontement dans les bois avec les Protectors, suivi de ses retrouvailles avec leur chef, Seth, et tout ce qui en avait découlé. Non vraiment, il n'y avait pas grand chose de bon à tirer de ses dernières semaines.
Souvent, Khaaleb se demandait ce qui se serait passé s'il n'était pas parti ; s'il n'avait pas tourné le dos à cette jeune femme incroyable qu'il avait tiré de cette voiture un soir de tempête de neige. Bien sur, il était incapable de trouver une réponse à ça. Mais aussi difficile qu'il était pour lui de penser à la jeune femme sans éprouver du regret, il savait au fond de lui qu'il avait fait le bon choix. Au moins avait-il pu revoir sa nièce, même un tout petit peu. Au moins était-il arrivé avant sa mort.
Et Thalya... était-elle seulement en vie ? Où se trouvait-elle maintenant ? Ses questions lui venaient souvent à l'esprit, mais lui faisait en réalité plus de mal que de bien. Parfois, surtout lorsque le soleil brillait haut dans le ciel, il pensait à elle, revoyait son visage, son regard et ce sourire qui lui avait fait tourner la tête.
Tout ça lui semblait si loin à présent et le géant savait qu'il ne pouvait pas éternellement vivre dans le passé.
Il fallait aller de l'avant, il fallait avancer.


Marchant donc entre les décombres de ce qui avait été autrefois une ville, Khaaleb avançait, encore et toujours. Il avançait parce qu'il ne lui restait que ça. Il avançait pour ne pas finir comme ces choses pourrissantes sur le bitume craquelé des route.
Habitude du survivant oblige, le trappeur jetait des coups d’œil réguliers à ces formes grotesques pleine d'asticots qui moisissaient sur place. La plupart avait déjà le crâne défoncés et ne représentaient pas de menace, d'autres, amorphes depuis trop longtemps, n'avaient pas le temps de réagir avant qu'il ne plante la lame de son couteau dans leur vieille caboche décrépie.
Alors qu'il finissait l'un d'entre eux qui, allongé ventre contre terre, tendait ses mains désespérées vers lui, il remarqua qu'il portait un sac. Une fois le corps immobile, le grand brun récupéra la besace sans un regard pour la pauvre créature à qui il chipait les affaires. Après tout, il n'en aurait plus besoin. Un aperçu du contenu du sac lui apprit vite qu'il ne trouverait pas grand chose de très intéressant là dedans. La nourriture était moisie, et le reste des affaires totalement inutiles, à part un objet qu'il sortit avec précaution. Il s'agissait un vieux lecteur cassette, une antiquité, mais parfaitement en état de marche. Étonné par sa trouvaille, il la glissa dans son propre sac, avant de récupérer arc et flèche.


Mais alors qu'il relevait la tête, Khaaleb la vit, la silhouette.
Elle était loin encore, et elle approchait lentement, mais il n'y avait pas de doute possible. Quelque chose ou quelqu'un approchait, de l'autre côté de la route.
Bien qu'offrant un dégradé de couleurs assez spectaculaire sur les grands volutes de nuages qui zébraient le ciel, la lumière décroissante du jour ne l'aidait pas à identifier la menace qui se rapprochait. Pourtant, il pu voir au bout d'un moment qu'il ne s'agissait pas de la démarche d'un rôdeur. C'était bien un vivant qui venait vers lui.
Parfaitement immobile, l'amérindien plissa les paupières, l'air soudain profondément concentré. Lentement, il banda son arc, pointant la pointe de flèche en silex vers la forme qui s'approchait. Sa respiration était lente, profonde. Une bourrasque de vent lui fouetta le visage, faisant voler ses cheveux, mais il ne bougea pas, prêt à tirer.


Alors, il la reconnu.


Pendant plusieurs secondes, le géant resta figé, choqué de ce que ses yeux lui faisaient comprendre. Son cœur, qui avait raté un battement, se mit à tambouriner de plus en plus fort dans sa poitrine, presque à éclater. La jeune femme s'était arrêté elle aussi et lui faisait face. A voir son expression, elle non plus ne parvenait pas à y croire. Lentement, la pointe de flèche et l'arc de baissèrent, sans que le jeune homme ne puisse la quitter des yeux. Elle était comme il se la figurait dans sa mémoire, avec peut être un air plus las malgré la force qui émanait de sa personne. Était-ce vraiment la réalité ? N'était-ce pas son imagination qui était en train de lui jouer un tour ? Était-elle vraiment là ?
Après toutes ses mésaventures, après tous les drames qu'il avait traversé ses derniers mois, Khaaleb n'arrivait pas à accepter ce présent du hasard.
Ils restèrent longtemps à se regarder ainsi, le souffle coupé, incapables de réagir face à la stupeur de leurs retrouvailles, dans ce décors d'apocalypse.

Puis, laissant tomber son arme au sol, le géant, fit un pas, puis un autre, de plus en plus vite, et sans lui laisser le temps de dire ou de faire quoi que ce soit, il enlaça Thalya, la serrant fort contre lui, comme pour se convaincre de sa présence. Plongeant son visage dans sa nuque, il inspira longuement, emplissant ses poumons de cette odeur qui lui avait tant manqué.


« Hello Sunshine... » murmura-t-il alors à son oreille.



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