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 Tout ce qu'il nous reste à construire



Khaaleb Talarion
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Ancien métier : Garde forestier
Occupation : Survivre dans la nature sauvage
Statut civil : Apprend à vire avec Thalya Torres, pour le pire mais surtout pour le meilleur ♥
Lieu de naissance : Réserve de Kánesatake, Québec

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06.04.20 10:10
Tout ce qu'il nous reste à construire

  Abel et Khaaleb

 


Les paupières closes, Khaaleb inspira longuement. Une multitude de parfums pénétrèrent dans ses narines, et il fallut quelques secondes au géant pour en reconnaître certaines. Il y avait l'odeur de la terre, poussiéreuse et sèche sous ses pieds ; celle piquante et tenace de la sève des résineux non loin ainsi que l'entêtante senteur du bitume grillé sous le soleil de plomb qui brillait dans ce ciel sans nuages. Bien que les yeux toujours fermés, le grand brun pouvait sentir sa présence, au soleil, et la morsure de son contact sur sa peau. Depuis quelques jours il faisait particulièrement chaud. C'était étonnant de voir comme il pouvait faire à ce point chaud dans ce pays, et si froid l'hiver venu. Mais pour l'heure, l'astre solaire triomphant cuisait tout ce qui osait se tenir dans le royaume de ses rayons. Autant que l'amérindien puisse en dire, ils devaient être au mois de Juillet de l'ancien calendrier, mais savoir ça n'avait plus vraiment de sens désormais. Aujourd'hui, les mois, les jours et les semaines, tout ça n'avait plus grande importance. Ce qui comptait c'était juste les saisons, le temps de jours et le temps de nuit, d'ensoleillement et de pluie. Il n'y avait plus de jour férié, plus de vacances, plus d'anniversaire. Les jours s’enchaînaient, le suivant ressemblant si fort au précédent qu'on en perdait le fil. Demain devenait pareil à la veille, une semaine après une autre, et le monde toujours sombrait un peu plus sans qu'aucun d'entre eux ne prennent vraiment conscience du temps qui passait.
Depuis combien de temps étaient-ils comme ça déjà ?

Comme un orchestre désaccordé, une foule grouillante d'insectes faisaient résonner dans l'air un concert de grincements et de cliquetis assourdissant. Ils jouaient si fort que ça donnait mal à la tête à l'ancien garde forestier autant que ça le berçait. Au bout d'un temps pourtant, s'arrachant à la quiétude du moment, il ouvrit enfin les yeux.
Éblouit l'espace d'un instant, le jeune homme leva la main pour s'en faire une visière et observer un peu l'endroit où il se trouvait. Assit sur un tas de vieux pneus abandonnés, Khaaleb était entouré de matériaux en tout genre, amassé là depuis longtemps. Planches de bois sec et couvert de mousse roussie, morceaux de tôles et de métal alignés contre une clôture, vieilles pièces détachées d'objet épars, bidons rouillés, tout ce qui autrefois aurait finit à la décharge et qui constituait désormais un trésor.
Se penchant en avant, le trappeur se saisit d'une gourde en peau qu'il avait posé sur l'un des rails qui passaient à ses pieds. Non loin se trouvait un ancien aiguillage d'une importance voie ferrée qui filait à travers la campagne non loin des hautes murailles d'Highgate. Mais aujourd'hui, plus personne ne l'utilisait et  il n'y avait plus que des mauvaises herbes pour y pousser.
Après avoir enlevé le bouchon, il leva le goulot à ses lèvres et laissa une certaine quantité d'un liquide tiède glisser sur sa langue. Gardant l'eau dans sa bouche quelques secondes pour en ré-humidifier les parois, il finit par l'avaler, savourant son contact et la fraîcheur relative qu'elle lui apportait. Après avoir avalé une nouvelle gorgée et remit le bouchon, l'amérindien passa la lanière de la gourde autour de ses épaules et se redressa dans un grognement.
Derrière lui, couché sur le côté comme un gros animal ridicule, se trouvait les voitures d'un train qui avait quitté les voies dans un accident qui devait sans doute remonter au tout début de l'infection. L'ancien garde forestier en avait visité la carcasse, éliminant les derniers voyageurs qui y moisissaient depuis plus de deux ans, récupérant tout ce qu'il restait à récupérer dans les décombres de l'ancien transport. Tout avait été progressivement gagné par la rouille et la végétation, mais son œil avisé avait su trouver ce dont il avait besoin.
Une fois ses affaires sur son dos, et luisant déjà de sueur malgré sa pause, le géant se saisit des poignées de la brouette qu'il avait remplie de matériaux et se mit en route. Manœuvrant comme il pouvait au vue de la charge qu'il poussait, il franchit une ouverture dans la clôture et laissant derrière lui les rails et le cadavre du train, il replongea à l'ombre des bois. Ici l'air était beaucoup plus respirable et la chaleur moins étouffante. Serrant les mâchoires, Khaaleb commença à descendre une petite pente, serpentant entre les racines et les hautes fougères qui occupaient le sol de l'orée du petit bosquet qu'il traversait. Il aurait pu le contourner bien sur, mais ça l'aurait ralentit et il fallait bien l'avouer, l'amérindien était têtu comme une mule.
Rapidement, et bien qu'il ne fut plus en plein soleil, le front du jeune homme fut vite couvert de gouttelettes de sueurs qui coulaient le long de sa nuque. C'était assez désagréable, mais c'était surtout un mal nécessaire. Il avait encore beaucoup de travail.
Profitant des beaux jours, le grand brun donnait un coup de main aux différentes communautés avec lui il était en contact, quittant son chalet tôt le matin pour ne le regagner que tard le soir. La jeune femme qui habitait à présent sous le même toit que lui s'en plaignait parfois, mais il était hors de question pour lui de rester chez lui alors qu'il pouvait aider les autres. Question de principe.
Ces tâches étaient souvent loin d'être faciles ou reposantes, et il rentrait souvent épuisé et fourbu de ses journées de travail, mais il en était cependant heureux, car au moins ainsi le géant avait l'impression de faire quelque chose de bien. Ça lui occupait la tête en même temps que les mains.

Concentré sur ce qu'il était en train de faire, Khaaleb avait cependant commencé à marmonner une vieille chanson aux paroles incompréhensibles qu'il fredonnait souvent sans y penser. Mais au bout d'un moment sa voix fut couverte par une autre musique au son cristallin. Arrivant en bas de la pente douce qu'il avait descendu pendant un bon quart d'heure, l'ancien garde forestier arriva au niveau d'un torrent qui serpentait gaiement entre les arbres. Sur les berges qui l'encadraient étaient entreposés d'autres outils et matériaux. Un vrai petit chantier qui se mettait en place doucement. L'idée était de construire un petit barrage et de détourner une partie de la rivière afin de pouvoir plus facilement irriguer le nouvel espace de plantations dans lequel se lançait Highgate. C'était du gros œuvre, et le géant avait proposé son aide dès qu'il avait été au courant du projet.
Mais aujourd'hui, il n'y avait personne pour travailler les pieds dans l'eau. Peut être les autres avaient-ils jugé qu'il faisait trop chaud. Haussant les épaules, le grand brun déchargea le contenu de sa brouette puis, après avoir déposé ses affaires contre le tronc d'un arbre couché, il mit les pieds dans le torrent. Ce dernier n'était pas bien profond mais l'eau y coulait vite et claire.
Revigoré par la fraicheur qui émanait de la rivière, il commença à déplacer de larges pierres comme lui avait demandé Abel, le type qui dirigeait le chantier.

Mais alors qu'il portait entre ses deux mains ce qui n'était pas loin d'être d'un petit rocher, il entendit un craquement derrière lui. Lâchant la pierre qui tomba juste à côté de son pied, le trappeur se saisit du manche de son poignard qui heureusement ne quittait jamais sa ceinture. Se tournant d'un bloc, il leva l'arme, prêt à la lancer sur la moindre menace qui se présentait à lui.

 
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Abel Howard
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17.04.20 18:47

Tout ce qu'il nous reste à construire


« Alentours de Highgate | Juillet 2019 »
Ce matin-là, je n'avais pas pu me rendre sur le chantier du barrage -un terme sans doute un peu surdimensionné par rapport à nos ambitions et nos moyens- à cause de dégâts sur des lignes et des toitures liés à l'orage de la veille. A voir désormais le soleil briller haut dans un ciel vierge de tout nuage, on aurait pu s'y méprendre mais la nuit avait été mouvementée à Highgate et je n'avais pas beaucoup dormi. Aussi, je ne fus pas surpris lorsque les gars qui étaient descendus sur le chantier du torrent ce matin me rapportèrent qu'un arbre, frappé par la foudre, était sur le point de rompre et de s'abattre sur la digue sur laquelle nous travaillons tous avec acharnement depuis plusieurs semaines déjà. Ne sachant pas s'il valait mieux le faire tomber pour de bon ou si l'on pouvait se permettre de le laisser sur place, ils n'y avaient pas touché et m'intimaient de leur donner mon avis au plus vite.

C'était ce qui me valait de braver la chaleur harassante de ce début d'après-midi, machette à la ceinture, outil qui me servait autant à me défendre que de couteau suisse. C'était une vieille habitude qui me venait de mon père qui avait toujours une lame sur lui pour couper, dévisser ou tailler et aujourd'hui, dans le monde tel qu'il était devenu, j'en mesurais plus que jamais la sagesse. Alors que je descendais prudemment le flanc de colline ombragé qui aboutissait sur le torrent, j'entendais le bruit de pierres entrechoquées à peine couvert par le roulis de l'eau vive sur les galets. Ma main vint se poser naturellement sur le manche de mon arme. Ce bruit ne pouvait venir d'aucun virulent, mais nous savions que les vivants étaient au moins autant à craindre par les temps qui couraient.
Lorsqu'elle fut à portée de ma vue, il ne me fallu pas longtemps pour reconnaître la silhouette massive qui me présentait son dos. Khaaleb, ancien gardien forestier de son état, était une figure connue de notre communauté. Il faisait sa propre route mais parfois elle croisait la nôtre, pour le meilleur, et personne ne trouvait à s'en plaindre. Certainement pas moi, car le titan m'avait rendu bien des services exigeant la force physique que je ne possédais pas, ou pas assez. En le voyant, rassuré, j'avais oublié toute prudence et accéléré le pas. Je ne compris ma bévue qu'en apercevant la lame luisante de son poignard dirigé vers moi et ses yeux perçants de fauve traqué. Je levais les mains dans un geste instinctif de recul:

"Wow! C'est moi! C'est moi!"

Prêt à me mettre ventre à terre, j'en avais oublié de regarder où je posais mes pas et je dérapais, me rattrapant juste à temps, manquant à peine de rouler en contrebas. En posant le pied sur la berge où Khaaleb se trouvait déjà, je pris un instant pour reprendre mes esprits et mon souffle, les deux mains sur les genoux:

"Putain, je crois bien que j'ai vu toute ma vie défiler devant moi..."

Et ce n'était pas les occasions qui avaient manqué depuis deux ans, pourtant par son imprévisibilité et sa stature, le garde forestier m'avait fait plus peur qu'une horde de virulents que l'on entend venir de loin. Comme je m'avançais vers lui, je me sentais devenir plus petit, comme si Khaaleb seul faisait changer d'échelle tout l'environnement autour de lui. Laissant échapper un petit rire nerveux qui évacua toute la tension soudaine qui venait de m'envahir de la racine des cheveux jusqu'à la pointe des pieds, je tendais à l'homme ma main à serrer pour une poignée chaleureuse:

"Salut, tu vas bien? Désolé j'aurais dû m'annoncer."

Un geste d'un autre temps, mais qui me restait pourtant naturel. Alors que celui de ne jamais prendre quelqu'un par surprise -qui était pourtant beaucoup plus approprié dans les circonstances actuelles- n'avait de toute évidence pas encore fait totalement son chemin sous mon crâne épais... J'appréciais l'énergie que l'homme mettait à nous aider, alors qu'il n'avait aucun intérêt direct à le faire puisqu'il ne vivait pas parmi nous. Bien sûr, les services rendus étaient réciproques et si nos cultures, mieux irriguées, produisaient plus, alors nous serions en mesure de partager le fruit de nos récoltes et Khaaleb ne serait évidemment pas oublié. Néanmoins, il émanait de l'amérindien une certaine respectabilité et une bénévolence qui m'inspiraient confiance et Khaaleb était toujours le bienvenu à Highgate, et pas seulement pour la force de travail qu'il représentait.

"Merci d'être venu. Les gars sont venus bosser tôt ce matin, c'était plus supportable. Mais on dirait que ça ne dérange pas tout le monde..."

Fronçant des yeux, aveuglés par le rude soleil d'été, je lui adressais un sourire doublé d'une tape amicale sur l'épaule. Khaaleb semblait fait du même bois que les arbres de ces forêts, du même rocher que les pierres qu'il venait de soulever, les éléments semblaient glisser sur lui comme l'eau sur la montagne, je doutais qu'il ne se laisse atteindre par quelque élément que ce soit, fût-il le plus hostile... Pourtant, de mémoire, Kelowna n'avait jamais connu d'été aussi chaud, ou bien n'y faisais-je pas assez attention, tellement pris dans ma vie d'avant. Cela rendait ce travail de Romains que nous avions initié bien plus pénible que prévu et nous nous étions aménagés des horaires plus favorables à ce type d'épreuve physique. Cinq ans auparavant, j'avais supervisé le chantier d'un gratte-ciel à Dubaï, où le mercure frôlait par moment, sur les surfaces métalliques, les 50°C, nous avions tous finis par vivre et travailler de nuit. A présent, il n'était plus question de quitter l'enceinte d'Highgate une fois la nuit tombée, mais les premières lueurs de l'aube faisaient une bon compromis pour épargner les corps et éviter insolation ou déshydratation. Mon regard fut capté par tout l'attirail apporté par Khaaleb. Non sans me demander comment il avait fait pour venir jusqu'ici ainsi chargé, je m’accroupis pour observer sa cargaison de plus près:

"Qu'est ce que t'as trouvé de beau?"
(c) DΛNDELION

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Khaaleb Talarion
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23.04.20 16:25
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  Abel et Khaaleb

 


L'inquiétude et l'appréhension qui s'était saisit du cœur de Khaaleb en entendant les pas approcher s'envolèrent aussi rapidement qu'elles étaient venus. Reconnaissant immédiatement la silhouette d'Abel, les deux mains en l'air, le trappeur baissa sa garde et se redressa, laissant ses bras tomber le long de son corps. L'homme était non seulement membre de la communauté d'Highgate qu'il était sur ce chantier, mais aussi celui qui en était à l'origine. Après avoir glissé son arme dans l'étui qui se trouvait accroché à sa ceinture, le géant traversa la rivière en faisant attention à ne pas glisser sur les pierres moussues qui en jonchaient le lit.
En quelques enjambées à peine, soulevant dans son passage des éclaboussures qui venaient se coller sur son pantalon poussiéreux, il regagna la berge où l'attendait désormais Abel. Ce dernier semblait avoir eu la peur de sa vie, et même si le malentendu restait cocasse, l'amérindien n'en était pas moins désolé.
Lui faire peur n'avait jamais été dans ses intentions.


« C'est moi qui suis désolé... je savais pas que c'était toi... ça va bien et toi? » dit-il comme excuse, adressant à l'autre un sourire sincère. Les deux hommes ne se connaissaient pas encore très bien, mais de ce qu'il avait pu voir, l'ancien ingénieur était un type bien, qui œuvrait chaque jour pour aider sa communauté et améliorer les conditions de vie de ses résidents. Ce genre d'actions avaient de quoi le motiver à leur prêter main forte. Lui-même n'avait rien à tirer de ses heures passées à trimer, mais parfois un peu d'entre-aide gratuite ne faisait pas de mal, et puis c'était une façon comme une autre d'occuper ses journées. Son engagement était d'autant plus sincère qu'il n'avait dans le fond aucune obligation à le tenir. Pour une fois, il avait l'impression d'avoir le choix, et ça lui faisait du bien.


Tendant à son tour le bras, il serra la main qu'Abel lui tendait dans un geste simple et commun qui pourtant était devenu si rare. Ce genre d’interaction avait petit à petit disparue de leurs habitudes, remplacé par une crainte constante et une distance de sécurité permanente que chacun respectait presque sans s'en rendre compte. Mais dans les circonstances, Khaaleb n'avait rien à craindre de son interlocuteur.

Levant un sourcil étonné, le regard fixé que l'homme qui l'avait rejoint, il l'écouta lui expliquer la raison de l'absence du reste de l'équipe. C'est vrai que le soleil tapait particulièrement fort pour la saison, mais sous les arbres, il faisait raisonnablement bon. Rien en tout cas qui aurait pu retenir le grand brun de venir travailler. Mais sans doute que les autres préféraient la fraîcheur de leurs maisons, derrière les hautes palissades d'Highgate.


« Bah...Les pieds dans l'eau, c'est supportable... »ajouta-t-il en haussant les épaules. « Et puis... faut bien qu'on avance, sinon vos récoltes vont vite manquer d'eau. » Cette vérité était en effet assez alarmante. Depuis que les supermarchés n'étaient plus là pour leur fournir tout ce qu'il leur fallait pour sustenter à leurs besoins, ils dépendaient tous soit des expéditions, soit des récoltes. Et comme la plupart des magasins avaient été pillé de toutes denrées alimentaires depuis belle lurette, la deuxième option était celle vers laquelle beaucoup de survivants se tournaient. Dans la mesure où ils en avaient la possibilité.
On ne s'inventait pas agriculteur, alors beaucoup d'entre eux avaient du apprendre sur le tas, et surtout composer avec la météo parfois capricieuse, comme c'était le cas en ce moment même. Le barrage et le détournement d'une partie de la rivière les aideraient à combattre la sécheresse qui sévissait depuis plusieurs semaines, et ce malgré l'orage de la veille, les précipitations n'ayant pas suffit à abreuver la terre sèche et craquelée.
Il ne fallait donc pas traîner, d'autant plus qu'il n'était pas non plus bon de s'agiter trop longtemps en gros groupes à l'extérieur. De grands attroupements auraient tôt fait d'attirer des virulents avides de chaire fraîche.


Voyant l'intérêt soudain de l'ancien ingénieur pour ses dernières trouvailles, il le suivit vers la brouette qu'il avait rapporté et lui montra rapidement ce qu'elle contenait.

« J'ai des planches, des câbles électriques qu'on pourra utiliser comme attaches, des clous et des vis aussi. Et j'ai trouvé une bâche pour mettre dans le fond de la rivière et bloquer l'eau qu'on arrivera pas à retenir avec les rochers... » énuméra l'amérindien en passant en revue ce qu'ils avaient sous les yeux.

« On s'y remet ? Par quoi tu veux commencer ? » Se redressant, il lança un regard à l'homme qui se trouvait à côté de lui. S'il s'était occupé seul avant son arrivée, il était clair pour lui que maintenant que le chef des travaux était présent, il suivrait ses instructions. Un question lui trottait toutefois dans le tête. Se tournant vers la rivière, il pointa du doigt un arbre massif qui avait souffert lors de la nuit précédente et qui penchait dangereusement vers leur construction.

«Ah oui au fait... on risque d'avoir un petit problème avec lui... »

 
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Abel Howard
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07.05.20 18:47

Tout ce qu'il nous reste à construire


« Alentours de Highgate | Juillet 2019 »
Tandis que Khaaleb faisait l'inventaire de ses trouvailles, je me félicitais intérieurement d'avoir un allié tel que lui pour nous aider. Non seulement il venait nous prêter main forte, sans qu'il ne soit utile de le prier, mais arrivait en plus les bras chargés de trouvailles. Cela me semblait en dire long sur l'homme que j'avais en face de moi. A l'heure où les loups rôdaient à nos portes, où les rapports de force entre être humains étaient en passe de devenir la règle, où le repli strictement communautaire nous guettait, il laissait entrevoir cette autre voie à laquelle j'aspirais, pour moi et pour les autres. J'étais certain que c'était ainsi que l'humanité en sortirais grandie, et s'il ne fallait pas être trop ambitieux, à tout le moins vivante... Mon regard se porta sur l'épineux problème que les ouvriers du matin m'avaient déjà signalé en même temps que Khaaleb le désigna du doigt:

"Ouais, et c'est lui que je viens voir d'ailleurs..."

Effectivement, on ne pouvait pas le rater. Le tronc du géant foudroyé s'était fendu sur une bonne hauteur, une partie était restée d'aplomb tandis que l'autre moitié s'était effondrée en direction de la rivière, freinée seulement par les arbres voisins qui la soutenaient désormais. Le tout formait désormais une composition à l'équilibre plus que douteux. Je m'approchais davantage pour le considérer sous toutes les coutures, prenant le temps de la réflexion. Il ne s'agissait pas vraiment de réfléchir à sa dangerosité pour notre construction, car de toute évidence nous ne pouvions pas le laisser là et risquer de voir réduits à néant tous nos efforts pour canaliser le flux de la rivière, mais de voir comment l'en tirer. Après de longues minutes de silence je lâchais finalement:

"Bon, moi je vois pas 36 solutions... Je pense qu'il faut y monter et le débiter tronçon par tronçon... -puis j'adressais à Khaaleb un signe de tête accompagné d'un demi-sourire entendu- T'as pas besoin d'un peu de bois de chauffe en prévision de l'hiver, par hasard? C'est dommage, il était beau..."

Beau à voir certes, mais la remarque valait surtout pour le matériau qu'il représentait. Si une grande partie ne semblait plus utilisable, la moitié effondrée me paraissait encore saine. Si on avait pu le récupérer sur une bonne partie de sa longueur, on aurait facilement pu le réserver pour faire une seule belle poutre ou une ossature de charpente, une table et ses bancs, un parterre de cultures, au pire des piquets de clôture pour le bétail... Les savoir-faire ne manquaient pas dans la vaste communauté d'Highgate, le temps non plus maintenant que les horaires n'existaient plus vraiment, il se serait  toujours trouvé quelqu'un pour en faire bon usage. Mais là... Etant donné le matériel à disposition et la situation difficilement accessible, je ne voulais pas prendre le risque que quelqu'un se tue à la tâche si l'on essayait de le conserver entier. Le rapport bénéfice/risque ne penchait clairement pas en faveur de cette option. Dans ma vie d'avant, on m'avait appris à être méticuleux, à travailler avec rigueur et la sécurité était pour moi un sacro-saint précepte. Un terme qui semblait bien désuet dans ce monde-ci... Mais justement, les risques étaient bien suffisamment nombreux, les chances de risquer sa peau tous les jours, démultipliées. Cet arbre-là ne servirait pas à fabriquer des cercueils.  
L'abattage s'annonçait déjà suffisamment risqué, il se ferait sûrement à la hache. Nous avions quelques tronçonneuses qui marchaient encore bien, mais nous les économisions chichement en raison de la pénurie annoncée et inévitable de carburant, de toute façon le bruit aurait tôt fait d'attirer tous les infectés des environs.

"Qu'est ce que tu en penses toi?"

Deux avis en valaient toujours mieux qu'un. Celui des gars qui m'avaient rapporté l'incident m'avait apparu tranché: si l'arbre n'avait pas été aussi haut et grand, ils l'auraient déjà abattu eux-mêmes. Peut-être abonderait-il en leur sens, mais Khaaleb nous avait déjà prouvé qu'il avait une vision parfois bien différente de la notre et je croyais cet homme capable de lire la nature et ses ressources -ou ses pièges- bien différemment de nous et de trouver à des choses a priori insignifiantes une valeur insoupçonnée. Même si j'avais considérablement repensé ma manière de fonctionner depuis deux ans, je me rendais compte que je demeurais encore trop prisonnier de conceptions devenues obsolètes et donc étroites, ne voyant partout que des contraintes, alors que l'heure était à l'adaptation et à la réinvention.
C'était pourquoi l'avis de Khaaleb m'importait: l'amérindien semblait taillé pour ce monde bien mieux qu'aucun d'entre nous, car il l'avait en quelque sorte devancé.
(c) DΛNDELION

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17.05.20 8:41
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  Abel et Khaaleb

 


Les sourcils froncés, légèrement ébloui par les rayons du soleil d'été qui perçaient entre les branchages, Khaaleb observait l'arbre que la tempête avait vaincu. Grandir dans une réserve, puis vivre au plus près de la nature lui avait appris depuis longtemps le sens du mot respect. Et du respect, il en éprouvait beaucoup pour ces géants de la forêt. Peut être même parfois plus que pour ceux de sa propre espèce. Il y avait une franchise chez les arbres qu'on ne trouvait pas chez les hommes, une honnêteté. Peut être était-ce son côté Idéfix, mais l'amérindien n'aimait pas couper les arbres inutilement, et il ne le faisait que lorsqu'il en avait vraiment besoin, et toujours selon les règles.
Dans le cas présent, ce n'était pas tant l'utilité que la nécessité qui les poussaient à envisager un abatage du frêne. Une partie du tronc tenait encore, mais le reste menaçait à tout instant de s’effondrer sur leur construction hydraulique, voir même de leur tomber sur le coin de la caboche.

Les yeux toujours braqués sur la pauvre victime de la tempête, il releva sa main droite avec laquelle il lissa sa barbe dans un geste inconscient et habituel qu'il faisait lorsqu'il réfléchissait. Abel avait raison, il allait falloir le débiter petit à petit : il était trop haut, et déjà trop abîmé pour le couper d'un bloc.

« J'dis pas non pour le bois... ça chauffera mieux qu'les sapins qu'j'ai du côté d'chez moi... »

S'approchant avec précaution du géant d'écorce, l'ancien garde forestier en fit le tour afin de le voir sous toutes ses coutures et aviser au mieux. La proposition de l'autre lui semblait être la meilleure. Bien sur, il aurait été très intéressant de récupérer des plus grands morceaux de bois et les utiliser pour autre chose qu'uniquement pour le chauffage. Il aurait pu faire des tables et d'autres meubles avec tout ça... mais c'était déjà mieux que rien. Il connaissait une jeune femme qui ne dirait pas non à quelques degrés supplémentaires dans le chalet au plus fort de l'hiver. Les bras croisés, il revint vers Abel qui lui demandait maintenant son avis. C'était une des choses qui lui plaisait chez l'homme d'Highgate. Il avait d'immenses qualités, ainsi que des connaissances d'ingénieur et un savoir faire que lui-même n'aurait sans doute jamais, pourtant, il prenait toujours le temps d'écouter ce que les autres avaient à dire ; ce qu'ils pouvaient apporter à l'équation. Pour un chef, c'était une force, un véritable atout que d'être capable de cette prise de recul. Il savait tirer le meilleur de ce que son entourage pouvait apporter, pour le bien de sa communauté. Il avait vraiment sa place au conseil.

« J'suis d'accord avec toi... va falloir monter et débiter petit à petit. Après vu l'angle, ça risque quand même de faire des dégâts en tombant. J'pense qu'il faut qu'on place des sangles à plusieurs endroits pour maintenir le tout et qu'on les relit aux arbres autour. Comme ça. » Un plan était en train de se former dans son esprit, mais il avait peur de ne pas se faire comprendre, alors le grand brun attrapa une petite branche et commença à tracer des traits dans la terre meuble du sol. Ce n'était pas du grand art, mais ça avait le mérite d'être clair. « On a qu'à se servir des câbles que j'ai récup' ce matin. Tu vois on fixe ça comme ça, là et là. Après j'grimpe et toi, tu m'assures depuis le bas. » Accroupit par terre, le géant redressa la tête pour voir si son idée concordait avec celle que c'était faite son camarade. Très à l'aise en hauteur, il se proposait de monter à l'arbre, même si ce n'était pas sans danger. De toute façon, plus rien n'était vraiment sans danger désormais.

« Il nous faudrait une scie par contre... ça va être un peu long à la hachette... » Laissant son regard tourner tout autour de lui, il chercha des yeux l'outil qu'il avait déjà vu ici. Il finit par apercevoir ce qu'il cherchait et se releva pour aller la récupérer. Puis il se dirigea vers la brouette qu'il avait apporté un peu plus tôt et en tira des câbles de longueurs et d'épaisseurs variables. Il savait qu'il y avait également des sangles un peu plus résistantes dans le coin.

« On s'y met ? »
 

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Abel Howard
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31.05.20 17:49

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« Alentours de Highgate | Juillet 2019 »
Je souris alors que Khaaleb acceptait volontiers ma proposition de récupérer le bois. C'était peu,  bien moins que ce qu'il avait déjà fait pour nous sur ce chantier et sur bien d'autres, mais c'était tout ce que j'avais pour lui montrer la gratitude d'Highgate quant aux multiples services rendus. Il y a deux ans, la perspective de songer à l'hiver en plein cœur de l'été étouffant m'aurait semblé absurde mais désormais je portais un tout autre regard sur le cycle des saisons. Un regard neuf à vrai dire. Et beaucoup de choses qui prêtaient à sourire autrefois faisaient désormais sens: mon grand-père qui jardinait avec la lune, les dictons populaires qui prédisaient la pluie... Et c'est comme si je découvrais le monde avec un regard neuf, presque enfantin, l'évidence me sautant aux yeux. Autrefois, pour moi, il n'existait pas vraiment de différence entre la fin de l'automne et le début de l'hiver. Désormais je savais que cela se résumait à quelques degrés cruciaux perdus en quelques jours, et qui faisaient toute la différence entre la fraîcheur agréable et le froid glaçant. Sans aucun doute, ce bois là trouverait toujours plus d'utilité chez lui que chez nous.

Accroupi aux côtés de l'homme, je le regardais dessiner dans la terre et intérieurement je mesurais le chemin parcouru... Alors que quelques mois encore auparavant, dans mon ancienne vie, j'étais un habitué des logiciels et des tablettes graphiques pour réaliser mes croquis. Quoiqu'il en soit, autant par le dessin, que par la parole ou par le geste, Khaaleb avait bien réussi à se faire comprendre. Preuve, s'il en était, que tout le reste n'était finalement qu'accessoire pour que deux hommes puissent communiquer et échanger des idées pour travailler ensemble.
Plus son dessin prenait forme sur le sol, plus il s'esquissait aussi dans mon esprit. Bien sûr, même si nous évitions la chute de l'arbre massif, même les tronçons débités risquaient d'endommager notre construction en dessous, mais pour cela comme pour le reste, dans ce nouveau monde, nous nous heurtions sans cesse au principe de réalité et nous essayions seulement de faire au mieux. Aussi son idée de relier les segments de tronc avant découpe à d'autres arbres alentour m'apparut terriblement ingénieuse. Comme il relevait la tête vers moi m'interrogeant du regard, j'acquiesçais par hochement de tête et grognement affirmatifs, mais je prenais la peine de préciser toutefois en désignant son croquis.

"Faudra se méfier quand même du relâchement de la tension au niveau des arbres qui soutiennent le tronc actuellement... Ca peut être traitre..."

Ils n'étaient certes pas bien gros mais alors que le tronc allait progressivement cesser de peser sur eux ils allaient se redresser et reprendre leur position verticale naturelle, un peu à la manière d'une catapulte, et on ne pouvait jamais bien prévoir la violence du phénomène. Khaaleb se proposait de monter lui-même tandis que je serais chargé de l'assurer. J'avais eu l'occasion de pratiquer l'escalade adolescent et c'était resté un loisir occasionnel une fois adulte, même si l'améridien avait une carrure bien différente de tous ceux qui avaient pu être mes compagnons de cordée, je me sentais en mesure de pouvoir le faire. Baudriers, cordes, mousquetons, nous avions tout l'équipement nécessaire à Highgate.
Alors que je me saisissais du talkie accroché à ma ceinture pour demander à quelques solides gaillards de nous amener le nécessaire et qu'on nous prête ensuite un coup de main pour récupérer les tronçons de bois, la dernière question de Khaaleb m'interrompit tout net et je le regardais comme s'il avait déjà pris un coup sur la tête:

"Là? Avec ça? Attends deux minutes, j'ai pas envie de te ramasser à la petite cuillère sur les galets!"

Aussi, c'est désormais par la négative que je lui répondais sourcils froncés. Etait-ce l'âge qui me rendait plus prudent, ou frileux selon la sémantique? J'avais vécu des expériences un peu limites en termes de sécurité plus jeune et, à vrai dire, j'adorais ça. Mais assurer un mastodonte de près de 2 mètres avec du câble électrique? Ca jamais. Aujourd'hui, avec le recul et les habitudes prises au travail, cela me semblait complètement irréel. Les accidents étaient plus vite arrivés que prévus et, si l'on pouvait jouer avec le destin, il repayait généralement au centuple. Cela étant, en considérant le géant du regard, quelque chose me disait qu'il n'en était pas à son coup d'essai et que cela se ferait avec ou sans moi. Il me restait à déterminer ce qui me pèserait le moins sur la conscience... Je soupirais finalement:

"Bon, si t'es sûr de ton coup, je veux bien essayer... Mais tu me montres comment on fait d'abord."

Quitte à tout prendre, je préférais autant que cela se fasse avec moi. Et il avait peut-être une chance de ne pas s'y rompre le cou.
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13.06.20 5:31
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  Abel et Khaaleb

 


La poignée de la scie dans la main droite, les doigts de la main gauche déjà serrés sur les cordes et sangles qu'il avait apporté, Khaaleb attendait de l'autre homme un signe engageant pour commencer la tâche qu'il venait de se confier. Si lui-même n'avait aucun doute sur la bonne conduite de son plan, il comprit que ce n'était pas forcément le cas d'Abel. Ce dernier ne semblait pas vraiment enclin à assurer le rôle qu'il lui avait attribué, et peut être à raison. Le géant s'était souvent mis dans des situations délicates à cause d'une trop grande confiance en lui et en ses capacités, mais un excès de prudence pouvait parfois être salutaire.
Dans le fond, prendre du temps pour aller chercher du matériel plus adéquate à Highgate, ou attendre que d'autres membres de la communauté viennent les aider n'était pas en soi une mauvaise idée. Mais l'avaient-ils seulement, ce temps ?
Pour le moment, il faisait chaud et moite, même sous l'ombre des branches. L'air était comme figé, stagnant, et l'arbre immobile. Mais l'ancien garde forestier le savait, il suffirait que le vent se lève et l'équilibre précaire dans lequel le tronc était maintenu ne tiendrait pas. Et déjà dans les hauteurs du ciel commençait à s'étirer des nuages. Peut être que la pluie et l'orage reviendraient avant la nuit tombée. Non vraiment, du temps, ils n'en avaient pas.

« Si tu veux appeler des gars d'chez toi pour donner un coup d'main, ça sera pas un mal, mais pour moi faut pas traîner. On sait pas combien de temps il va encore tenir... »

Le grand brun savait que l'argument serait reçu par Abel. Après tout le travail qu'il avait fait pour construire ce barrage et en faire profiter son groupe, il ne voulait sans doute pas le voir pulvériser par la chute du tronc. Comme Khaaleb s'y était attendu, l'homme finit par se ranger à son avis. Hochant la tête, le géant commença à rassembler toutes les cordes et attaques qu'ils avaient à leur disposition non loin de l'arbre qui les inquiétait. Alors qu'il était en train d'enrouler autour de son bras un long câble noir, l'amérindien sentit soudain un vent léger venir lui caresser la peau. Au dessus d'eux, loin dans la cime des feuillus, les feuilles commençaient à tressaillir doucement, comme réveillées par un appel lointain. Les oiseaux de la forêt, qui jusque là piaillaient à gorge déployée, commençaient à se faire plus discret, de plus en plus couvert par le son cristallin de la rivière. Dans peu de temps, ils entendraient surement le tonnerre gronder au loin, prémices d'un nouvel orage. Avec un peu de chance, ce dernier les contournerait et irait arroser l'autre côté de la vallée de l'Okanagan, mais ni son compagnon ni lui ne voulait ni ne pouvait parier là dessus.
Sous le regard d'Abel, l'homme des bois commença à nouer une corde autour de ses jambes et des ses hanches afin de se faire un baudrier de fortune. Pendant longtemps, avant la fin de monde, il avait pratiqué l'escalade en amateur, le plus souvent dans des milieux naturels plutôt qu'en salle, et il lui était souvent arrivé de grimper avec moins que ça. Mais il ne fallait pas se le cacher, ça ne vendait pas du rêve non plus comme matériel.
Une fois les attaches faites, il attacha une corde autour d'un cailloux et après avoir pris un instant pour viser, lança la pierre et le cailloux avec vers une des branches qui semblait la plus solide. Le bout alla s'y accrocher et Khaaleb pu attacher une extrémité à son baudrier. L'autre, il la mit dans les mains d'Abel, avec un léger regard qui voulait dire «je compte sur toi.» Puis il passa un rouleau de câble à son épaule et posa ses mains sur le tronc de l'arbre mort. Prenant appui sur les aspérités du tronc et sur les branches les plus basses, Khaaleb avançait lentement mais avec détermination. Assez vite, grâce à l'aide d'Abel, il parvint à bonne hauteur et pu même distinguer le paysage entre le feuillage des arbres environnants. A l'est, de gros nuages noirs agglutinaient dans le ciel, poussés par un vent qui forcissait de plus en plus.

« Faut qu'on se magne, y'a un orage qui descend dans la vallée... » dit-il en portant la voix vers le sol. Mêlant les gestes aux paroles, le trappeur commença à dérouler le câble qu'il avait emporté avec lui dans son ascension et en entoura les différentes portions du tronc qu'il reliait aux arbres les plus proches. Très vite, un tissage étrange vit le jour sous la cime des arbres, sorte d’enchevêtrement de lignes et de cordes, assez semblable à une œuvre d'art contemporain. Même si le grand brun essayait de faire au mieux et au plus vite, il avançait trop lentement à son goût. Le support sur lequel il grimpait n'était pas ce qu'il y avait de plus pratique tout comme le baudrier de fortune qui lui serrait les cuisses, mais buté comme il était, jamais il n'aurait avoué regretter de ne pas avoir attendu les renforts d'Highgate.
Au bout d'une heure de grimpette, il en eut cependant finit avec la première étape de leur plan. Alors qu'il baissait la tête pour dire quelque chose à son compagnon, il vit un peu plus loin, longeant la rivière, un petit groupe approcher. De part leur démarche et l'état de leur mise, il ne s'agissait pas de virulents mais bien de vivants. Peut être des gars de la communauté qui venaient leur prêter main forte, peut être pas. Et s'il ne s'agissait pas des compagnons d'Abel, de quel genre seraient ces survivants là. Pacifiques ? Hostiles ? Ils allaient de toute façon être bientôt fixé car s'ils n'avaient pas encore du voir la silhouette de Khaaleb cachée dans les branches, celle de l'ancien ingénieur était sur leur chemin.
Sifflant doucement comme l'aurait fait un oiseau pour attirer l'attention de l'homme resté au sol, l'amérindien fit un signe de tête pour indiquer à l'autre l'arrivée des nouveaux visiteurs.

Ils étaient trois, rien d'insurmontable en soi, même si l'archer regrettait de ne pas avoir emmené avec lui dans l'arbre son arc et ses flèches. De là il aurait eu une vue imprenable pour les tirer comme des lapins au cas où ils se montraient un peu trop agressifs.

Résultat des dés ::
 


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21.06.20 17:23

Tout ce qu'il nous reste à construire


« Alentours de Highgate | Juillet 2019 »
Je jetais un coup d'œil inquiet vers la cime des arbres alors que l'Amérindien m'avertissait de l'orage qui se préparait. En effet, l'atmosphère venait de changer presque subitement et l'heure n'était plus aux tergiversations. Je répondais par le geste lorsque Khaaleb m'intima de me dépêcher si je voulais faire venir des renforts. Seul un grésillement haché répondit à mes appels.

"Ces foutus talkies, ça marche jamais quand on en a besoin..." pestais-je en donnant un coup rageur dessus avec le plat de ma paume.

Heureusement, nous n'étions pas dans une de ces situations où obtenir du renfort était littéralement une question de vie ou de mort... Mais la haute palissade de la communauté et la densité des arbres environnants n'étaient pas faits pour rendre la communication aisée. Tant pis, je réessayerai plus tard... Bien que ceux de Khaaleb en vaillent deux, nous aurions de toute façon besoin de bras supplémentaires pour nous aider à récupérer et à charger les tronçons découpés.

Après m'être entouré la taille de la bâche repliée sur elle-même de multiples fois pour ne pas me scier la peau en supportant le poids de Khaaleb, je m'apprêtais à assurer son ascension. L'agilité de l'amérindien, vu son gabarit et notre équipement de fortune, était surprenante, et ma concentration était maximum pour tendre rapidement le câble au fur et à mesure qu'il escaladait le tronc. A le voir passer d'une branche à l'autre, de mètre en mètre, me donnait quelques sueurs froides et je ne perdais pas de vue ses mains et ses pieds pour anticiper le plus possible une éventuelle mauvaise prise. La première demi-heure se passa ainsi dans un état de concentration et tension extrême. Au bout d'un moment, voyant que notre duo commençait à se roder et que le câble ne cèderait pas de sitôt, je finissais par trouver une position suffisamment confortable pour détendre mes muscles qui s'étaient noués d'appréhension.
Je m'autorisais même, en regardant la rivière qui coulait, à réfléchir à d'autres projets d'aménagements. Peut-être que le barrage pouvait nous servir à autre chose en plus d'irriguer nos cultures... Peut-être que si on rajoutait une turbine il pourrait offrir une source d'électricité supplémentaire... Plus Highgate grossissait et se peuplait, plus nous en avions besoin, et avec l'arrivée de l'hiver, il était préférable de ne pas dépendre complètement de la centrale solaire qui, comme toute installation, montrait ses limites et ses faiblesses de temps à autres...
J'en étais là de mes réflexions, lorsqu'un sifflement me fit lever la tête. Si les oiseaux -les vrais- ne s'étaient progressivement tus à l'approche de l'orage, j'aurais pu le confondre avec l'un d'entre eux. Je posais mon regard dans la direction indiquée par Khaaleb et distinguait entre les arbres ce qu'il voulait me montrer. Je soufflais un juron. Trois hommes s'avançaient vers nous, ils étaient encore loin, mais nous étions, Khaaleb autant que moi, dans une situation d'extrême vulnérabilité: moi ainsi harnaché et lui à plusieurs mètre au dessus du sol. Je lui fis signe de descendre. Si toutefois cela devait tourner au vinaigre, je préférais le savoir sur la terre ferme autant pour sa sécurité... que pour la mienne, il me fallait bien l'admettre.

Tandis que Khaaleb amorçait lentement sa descente, je ne quittais pas les hommes des yeux et j'étudiais leur allure. Le plus âgé devait avoir une petite cinquante d'années, suivis par deux plus jeunes, entre 15 et 20 ans à vue de nez. Nos regards se croisèrent, puis je vis le leur glisser sur le fil tendu entre Khaaleb et moi, et je me raidis.
Ce n'était pas une rencontre comme une autre, elles n'existaient plus de nos jours, celles-là. Les événements nous avaient tous conduits à la plus grande méfiance envers nos semblables. Empêtrés comme nous l'étions, s'il leur prenait l'envie de sortir une arme et de nous tirer comme des lapins, nous ne pourrions rien faire pour les en empêcher. Et comme si un accord tacite nous liait, le petit groupe se mit brusquement à  ralentir sa marche et à avancer vers nous, paumes à découvert. Pas de menace immédiate, je m'autorisais à respirer un peu, sans pour autant relâcher ma vigilance.

Alors qu'ils arrivaient sur la rive, je parvins à les détailler un peu mieux: ils avaient la mine fatiguée et défaite de ceux qui ont dormi, une nuit ou peut-être plus, dehors, tapis pour éviter les virulents, leurs vêtements semblaient d'ailleurs encore détrempés de l'orage qui avait dû les surprendre la veille au soir, le plus jeune tremblait comme s'il semblait avoir du mal à se réchauffer. C'est à ce moment-là que Khaaleb posa le pied au sol. Tout en me déharnachant de notre équipement de fortune, je lui lançais un regard circonspect quand le plus âgé fit entendre sa voix:

"On vient boire et remplir nos gourdes à la rivière, ça va faire un jour entier qu'on a pas bu..."

Joignant le geste à la parole, il nous désigna sa gourde métallique qui pendait mollement à sa ceinture, vide de toute évidence. J'hochais la tête silencieusement, sans les quitter du regard, tentant de déceler une quelconque trace de vice en eux. La présence d'adolescents aurait dû me rassurer un peu, mais les leçons avaient été trop durement apprises par le passé et désormais le jeune âge, à lui seul, ne pouvait plus être un gage d'honnêteté. Les deux garçons allèrent se passer leur visage sale à l'eau claire de la rivière avant d'y boire goulument, donnant du crédit à ses dires.  Le plus âgé de tous, que je jugeais à tort ou à raison être le père, semblait vouloir se justifier:

"Notre groupe a été pris d'assaut par les morts il y a deux jours... Nous avons... eu beaucoup de pertes. Il ne reste plus que nous trois."

Sa voix s'était nouée à l'évocation de ce qui semblait être un terrible souvenir. Que sa détresse soit feinte ou non, je ressentis mon estomac se tordre. A vivre derrière les remparts d'Highgate, dans un confort certes tout relatif par rapport à celui de notre vie d'avant, mais infini selon les nouveaux standards en vigueur, on en oubliait vite la précarité de ceux qui erraient encore en extérieur, soumis aux aléas de la chance et du climat... La mort était partout et pouvait frapper à chaque instant. Je ne demandais qu'à le croire, pourtant une force tout aussi instinctive luttait en mon for intérieur pour me commander de ne pas baisser la garde une seule seconde.
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28.06.20 4:45
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  Abel et Khaaleb

 


Depuis son arbre perché (ne tenant pas dans son bec un fromage), Khaaleb observait le petit groupe qui approchait de la rivière et de leur barrage. Il baissa la tête vers le sol, plusieurs mètres sous lui et l'espace d'une seconde, il pu voir le regard qu'Abel tournait vers lui avant que ce dernier ne lui suggère l'idée de redescendre. C'était en effet plus sage. Si d'aventure quelque chose tournait au vinaigre, il ne serait pas trop de deux sur la terre ferme pour affronter le danger. Oui, il valait mieux qu'ils quittent cette position inconfortable et clairement pas propice au combat.

Avant de quitter la cime de l'arbre, l'homme des bois profita de la hauteur pour observer rapidement les trois hommes qui seraient bientôt sur eux, ainsi que tout les alentours. Il pouvait très bien s’agir d'une diversion, rien ne pouvait leur certifier qu'ils n'étaient que trois. Pendant quelques instants, il chercha d'autres silhouettes cachées entre les troncs, mais où que le grand brun tournait le visage, il ne voyait rien d'autre que la forêt et les fougères qui en couvraient les fondations. Il y faisait d'ailleurs de plus en plus sombre, à mesure que les nuages au dessus d'eux s'épaississaient et que le vent forcissait.

Assurant sa prise, l'amérindien commença à descendre le plus vite que la prudence lui permettait. Il atteint toutefois le sol sans mal et lâchant le tronc à l’écorce rugueuse, il se retourna vers les nouveaux arrivants, se redressant de toute sa taille, l’œil noir et la mine féroce. Il n'avait aucune envie de passer pour quelqu'un de sympathique et d'affable. Au contraire même. Il savait qu'un peu d'intimidation pouvait convaincre les autres de ne rien tenter de stupide. Car maintenant qu'il était au sol et qu'il avait tout le loisir de détailler le petite groupe, sur qu'il aurait été stupide pour eux de s'attaquer à deux hommes tel qu'Abel et lui. Le plus âgé était un homme d'une cinquantaines d'années, qui s'il ne semblait pas manquer de force et de volonté, paraissait malgré tout très fatigué par leurs récentes mésaventures. Les deux plus jeunes, sans doute ses fils au vue de l'air de famille que le trappeur décela entre eux, n'étaient pas en meilleure forme que leur aîné. Le plus jeune frissonnait et avait une mine affreuse, les traits tirés et traversés par la peur. On pouvait lire dans le regard du plus grand des frères une méfiance légitime, mais également une inquiétude à l'égard de son cadet et de leur père. Encore un gamin qui avait du grandir trop vite dans ce monde d'enfer et qui s'était mis en tête de protéger sa famille.
Si rien ne lui permettait d'en être sur, Khaaleb sentait au fond de lui que ces trois là ne représentaient pas une menace. Ils étaient trop pitoyables, trop fatigués et dans le fond, trop effrayés aussi. On voyait qu'ils ne s'étaient pas attendus à croiser des hommes vivants dans ce coin là de la forêt et que cette rencontre imprévue les inquiétait autant qu'eux. Mais malgré cela, le grand brun refusait de baisser sa garde, et de toute évidence il en allait de même pour le membre du conseil qui l'accompagnait. On trouvait à présent sur les routes du pays des hommes et des femmes plus dangereux que les morts, et à trop d'altruisme on se retrouvait facilement à faire entrer des loups dans la bergerie.

Se décalant légèrement mais sans quitter les trois hommes qui se désaltéraient dans l'eau de la rivière, l'homme des bois entreprit de détacher son baudrier de fortune et d'enrouler les sangles qui l'avaient soutenu pendant qu'il était en l'air. Pas question de faire quoi que ce soit ou de reprendre les travaux temps que ces trois là seraient encore dans les parages.

Après avoir bu tout son saoul et remplit une gourde, le père releva la tête vers eux, puis vers la construction du barrage et pour finir sur l'arbre tout harnaché. Il n'était pas difficile de déduire, au vue de ces constructions, que les deux hommes qu'ils avaient en face d'eux n'étaient pas des gens de passage, et même qu'ils devaient habiter dans le coin. Si le colosse à l'air mauvais avait tout d'un homme sauvage, le plus petit des deux avait bonne mine et portait des vêtements propres bien que fatigués. Ils ne semblaient ni l'un ni l'autre manquer de nourriture et devait dormir à l'abri, car ils ne portaient pas sur le visage les marques que laissaient des nuits passées dehors à craindre les morts. Peut être y avait-il un groupe pas très loin, un endroit sur où ils pourraient trouver refuge.

-Je m'appelle Ted. Dit-il en se relevant. Les deux gars qui sont là sont mes fils, Marc et Daniel. Dites... je sais que c'est un peu culotté de ma part de vous demander ça, mais vous ne sauriez pas où est ce qu'on pourrait passer la nuit ? On connaît pas bien la région et avec ce nouvel orage qui va pas tarder à nous tomber dessus... je ne veux pas que mes fils passent une nouvelle nuit sous la pluie.

La voilà, la question que Khaaleb avait redouté. Il était toujours si difficile de répondre à ça, encore plus pour Abel que pour lui sans doute. Car bien sur que l'un comme l'autre avaient des refuges à proposer à cette famille, mais seraient-ils prêt à prendre le risque ? Pour le trappeur, il en était hors de question. Quelques mois plus tôt il se serait peut être laissé attendrir, mais aujourd'hui il en fallait davantage pour lui faire baisser sa garde et faire confiance aussi vite. Pour Abel c'était sans aucun doute encore plus difficile de prendre une décision, car il ne vivait pas seul, et c'était toute sa communauté qu'il pouvait mettre en danger en introduisant les mauvaises personnes à Highgate.
Mais ça, l'homme le savait parfaitement, et le regard que l'amérindien échangea avec lui le lui confirma.

-On a plus de nourriture à partager en échange d'un toit, mais on peut se rendre utile. Moi j'étais menuisier avant, je pourrais vous aider avec cet arbre. Et mes fils sont des bons gars, ils aideront aussi...

La phrase de l'homme resta suspendue entre ses lèvres, dans l'attente d'une réponse.



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Abel Howard
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11.07.20 11:35

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« Alentours de Highgate | Juillet 2019 »
Comme le père faisait les présentations, je leur adressais un signe de tête poli mais sans chaleur. Le plus âgé, Ted, affirma être menuisier. Les métiers manuels était une denrée précieuse depuis que l'humanité était revenue à l'âge de pierre et inévitablement il parvint ainsi à susciter mon attention. Si ce n'était pour débiter cet arbre, il aurait bien des manières de se montrer utile pour Highgate et ses deux garçons aussi. Mais, aussi alléchante que puisse paraitre cette proposition, cela ne suffisait pas à me faire baisser la garde. Après tout, il n'y avait pas besoin d'être un fin observateur pour comprendre que le chantier dans lequel nous nous étions engagés, Khaaleb et moi, était bien ambitieux pour nous deux. Moi aussi, pressé par la nécessité ou des intentions malveillantes, j'aurais pu me dire chirurgien cardiaque ou pilote de chasse...
Je laissais couler un regard suspicieux vers les mains de l'homme. Sa bouche pouvait mentir mais les mains trahissent toujours le menuisier: épaisses, burinées, calleuses, même après tout ce temps son principal outil de travail portait encore les stigmates de sa profession. On devinait même sur le dos de la main gauche une vieille entaille peut-être causée par un mauvais geste. Je me détendis quelque peu mais l'interrogea malgré tout pour éprouver un peu plus son discours:

"Pas d'ici c'est à dire? Vous veniez d'où?"

"De l'est. La station de Big White, vous connaissez? Quand ça a commencé on était en vacances là-bas tous les cinq. On est de Calgary à l'origine. On avait sécurisé un hôtel avec d'autres. On pensait que les morts monteraient pas si haut, et c'est vrai que pendant deux ans on a été plutôt tranquilles... Mais quand la horde est arrivée, on a été faits comme des rats. Certains ce sont échappés dans la montagne à pieds, nous on a juste eu le temps de monter dans la voiture et de sauver notre peau... C'était trop tard..."

Il avait répondu sans hésiter mais la voix de l'homme mourut avant d'avoir fini sa phrase et à l'évocation de ces souvenirs pénibles, le menton du cadet se mit à trembler, son frère lui posa une main solide sur l'épaule. J'avais bien noté le "tous les cinq" mais n'osait demander ce qu'il était advenu des deux membres manquants. Les silences parlaient d'eux-mêmes. Je connaissais bien le lieu, la station de ski était autrefois autant prisée l'été que l'hiver, nous y avions même fêté quelques Noël. Ca n'était pas absurde d'avoir songé s'y retrancher, même si plus aucun lieu, tout aussi isolé fût-il, ne pouvait se targuer d'être imprenable. Ted poursuivit son récit:

"On a roulé en direction de la ville, on s'est dit qu'on aurait plus de chance de survivre près du lac. Mais on est tombé en panne sèche avant de trouver la première pompe en état de marche alors depuis hier on a continué à pieds."

L'homme était prolixe, mais d'une manière qui respirait l'honnêteté et plus il parlait plus je sentais ma méfiance naturelle se dissiper quelque peu. S'il mentait, il mentait bien. J'hochais la tête silencieusement et pris le temps de peser toutes mes paroles pour ne pas trop en dire, avant de les prononcer à voix haute:

"J'appartiens à un groupe qui vit pas loin. Nous sommes nombreux et si vous n'avez pas peur de vous rendre utiles, on pourra vous aider."

Le père et ses fils échangèrent un regard soulagé qui en disait long, mais je m'empressais de préciser:

"Mais, la décision ne m'appartient pas, il vous faudra vous présenter d'abord devant notre conseil. C'est pas contre vous, mais on a déjà eu des problèmes..."

Cette mise en garde ne suffit pas à les décourager et Ted hocha la tête, résolu:

"Bien sûr... Tout ce que vous voudrez. On veut de mal à personne, on veut juste pas passer une autre nuit dehors, vous comprenez?"

Evidemment qu'on comprenait. Je me tournais vers Khaaleb et lui indiquais d'un acquiescement sans entrain que je les emmènerai avec moi jusqu'à Highgate. Après examen réglementaire, le Conseil se chargerait de déterminer si nous pouvions raisonnablement leur permettre de rester parmi nous ou non. Autrefois, j'aurais sûrement montré moins de réserve mais aujourd'hui...
Nous en avions recueilli, des survivants, dont certains en bien plus piteux état que ceux-là encore. C'était ainsi qu'Highgate avait grossi et s'était enrichi de tant de savoir-faire différents. Oui mais aujourd'hui... Aujourd'hui, nous n'avions plus la même candeur que deux ans auparavant. Parce qu'il y avait eu tant de brebis galeuses... Tant de confiance accordée à mauvais escient. Katherine y avait perdu un fils et depuis lors, nos choix se faisaient plus stricts en la matière, d'aucun diraient rigides. Mais plus notre nombre grossissait, plus la responsabilité qui pesait sur les épaules du Conseil se faisait lourde, et aucun d'entre nous n'aurait engagé la sécurité de toute la communauté à la légère.

Et puis bien sûr, il y avait la menace des Protectors qui planait au dessus de nos têtes comme une épée de Damoclès. Nous savions qu'ils finiraient par frapper. Pour ce que nous en savions, leur attaque pourrait prendre n'importe quelle forme. Accueillir en notre sein un père et ses deux fils pouvait être un cheval de Troie comme un autre.
Cependant, il y avait les fantasmes et puis la réalité, crue et cruelle, qui s'imposait à nous tous les jours. Et cet après-midi d'été, la réalité c'était deux gamins morts de faim, de soif et de peur qui craignaient qu'on leur ferme la porte au nez et un père désespéré d'assurer leur survie à tous les trois sans l'aide de personne. Un jour, quand j'aurais bu jusqu'à la lie toutes les horreurs et les bassesses de ce monde, alors je dirais sûrement non. Et je n'étais pas bien sûr que ce jour-là mériterait qu'on lui survive.

Soudain, une bourrasque de vent vint courir dans le sous-bois et fit frémir les feuillages. De ces vents frais qui charrient avec eux l'électricité de l'air. Je m'adressai à Khaaleb en désignant notre ouvrage inachevé:

"Bon... on ira pas plus loin aujourd'hui, je crois. Ca serait pas raisonnable... Avec un peu de chance, les sangles tiendront le tout et on pourra s'y remettre demain, si le temps le permet, ou quand tu auras un moment... Je m'occuperai du matos ce coup-là!"

Je lui adressais un sourire de connivence amical en lui tendant le bras pour le remercier de son aide précieuse et alors que nous entreprenions de ranger le matériel amené qui nous avait servi à travailler cet après-midi, les trois inconnus nous y aidèrent spontanément. En vérité, ils nous firent gagner un temps considérable car, déjà, je sentais les premières gouttes, énormes mais encore rares, s'écraser sur mon avant-bras.

Alors que le vent forcissait et que nous allions nous mettre en route vers Highgate, mon regard tomba sur le cadet qui tituba au moment de renfiler son sac sur ses épaules. Le teint cireux, les yeux enfoncés dans les orbites, les traits tirés, il était vraiment crevé, le pauvre gamin, il lui faudrait bien plus qu'une nuit pour récupérer de sa fatigue. Un part de moi leur souhaitait de pouvoir rester à Highgate, sincèrement. Parce que je savais qu'il y avait tout là-bas pour leur redonner un peu de cœur au ventre.  Et des fois le courage, ça tient pas à plus qu'une douche bien chaude, un lit confortable, et des vêtements secs et propres.
Tandis que je le détaillais avec compassion, soudain mes yeux se plissèrent, perplexes et je penchais la tête. Je n'étais pas sûr d'avoir bien vu. Là, au flanc, juste au dessus de la hanche. Une auréole rouge. Le garçon, achevant d'ajuster les sangles, grimaça et porta sa main à son côté. Quand il la retira la tâche s'était encore élargie. Je m'avançais vers lui, le cœur battant, pressentant une terrible évidence que je cherchais pourtant à nier. J'étendais à peine ma main vers son épaule pour la saisir, qu'une bourrasque humaine vint me couper tout net dans mon élan.

"Toi, tu l'touches pas, OK?"

L'aîné venait de s'interposer entre son frère et moi -la menace- et de me repousser sans ménagement. Je me laissais faire sans chercher à répondre à sa violence mais ma mine s'était fermée, grave.
Dans ses yeux brillants, de la hargne, autant que du chagrin. Parce qu'il savait ce que j'avais vu et parce qu'il savait ce que cela signifiait.
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Khaaleb Talarion
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19.07.20 10:21
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  Abel et Khaaleb

 


Abel avait parlé, la petite troupe allait passer devant le Conseil d'Highgate. Khaaleb n'arrivait pas à statuer s'il s'agissait ou non d'une bonne idée. Accueillir des inconnus pouvait s'avérer une bonne idée comme une terrible erreur. Ils ne les connaissaient pas, ils ignoraient tout d'eux, de leurs réelles intentions. Et même si dans le fond le trappeur voulait croire en leur bonne foi, rien ne pouvait lui affirmer qu'ils disaient vrai. Bien sur, leur discours était touchant, et sans doute sincère à entendre la voix émue du père qui leur racontait leur histoire, mais un texte inventé bien préparé et dit avec conviction pouvait sembler plus réaliste encore qu'une cruelle vérité.

Mais ce n'était pas à lui, le solitaire, de donner un verdict. C'était la décision d'Abel, et du Conseil aussi, et le géant savait que les deux entités ne statueraient pas sans certitude. Tous les vivants qui peuplaient encore la Terre avaient déjà eu à payer les conséquences de mauvais jugements, et à Highgate comme ailleurs, on se méfiait de tout le monde. Ces trois là allaient devoir prouver leur valeur et gagner la confiance des autres s'ils souhaitaient rester. S'ils étaient ce qu'ils prétendaient, sur que les membres dirigeants de la communauté les laisseraient accéder au repos derrière leurs hautes palissades, mais s'ils ne l'étaient pas... cette perspective inquiétait le grand brun. Même si les deux gamins et leur père ne semblaient pas très frais, ils pouvaient très bien dissimuler une arme dans un de leurs sacs. Pour cette raison, et pour toutes les autres qui tournaient dans sa tête, Khaaleb décida de ne pas rentrer tout de suite chez lui, malgré la menace de l'orage au dessus d'eux. Highgate n'était pas loin, mais il pouvait se passer beaucoup de choses en quelques instants, et s'il avait un membre de cette communauté que l'ancien garde forestier ne voulait pas voir disparaître, c'était bien Abel. Des hommes intègres, il n'y en avait plus tellement dans les parages. Il fallait en prendre soin.

« Je vous accompagne. » dit-il à son compagnon lorsque celui-ci vint le remercier pour l'aide qu'il lui avait fournit pour le travail de la journée. Les deux hommes échangèrent un regard entendu. L'homme des bois savait que l'autre le comprenait et ne s'opposerait pas à son choix. Même s'il voulait leur donner une chance, l'ancien ingénieur connaissait les risques. Des risques que le grand brun n'était pas près à prendre. S'il lui arrivait quelque chose à lui, personne n'aurait à en souffrir, mais Abel avait tout un groupe qui comptait sur lui. Il venait avec eux, que ça leur plaise ou non.

Sans rien ajouter de plus, la troupe se mis à faire place nette sur la berge, rassemblant les outils et les matériaux qui s'y trouvaient. Tout ne pouvait pas être ramené pour la nuit, alors ils planquèrent le gros des affaires dans un bosquet à l'abri des regards. Il était de toute façon peu probable que quelqu'un s'intéresse à des vieilles planches et à des rouleaux de câbles. Les trois nouveaux mirent la main à la patte, preuve qu'ils ne parlaient pas en l'air lorsqu'ils avaient promis d'aider.
Ce geste, qu'ils auraient pu ne pas avoir, donna envie à l'amérindien de croire en leur bonne volonté et en leur sincérité. Il avait peut être tord de se méfier ainsi de tout et de tout le monde. Il y avait peut être encore des gens bien dans ce coin, des gens qui méritaient mieux qu'un grognement et un regard froid.

Poussant un soupir, Khaaleb passa la sangle d'un sac chargé d'outils en tout genre en travers de son épaule, puis attacha son carquois à sa ceinture et se saisit de son arc. Les rapports entre les humains étaient décidément bien trop compliqués. Les animaux, bien que tout aussi complexes, ne poussaient pas à de tels questionnements. Il savait de suite si le loup allait ou non montrer les crocs, ou au contraire, se laisser approcher. Si le daim prendrait peur et s’enfuirait entre les fougères en bondissant. Il était capable de comprendre le cri de l'aigle, parfois curieux parfois menaçant et parfois craintif. Même la nature, les arbres, les plantes étaient plus faciles à lire qu'un visage humain. Parce que l'homme était trouble autant que fourbe, il se cachait facilement derrière des mots.

Et peut être valait-il mieux ne pas baisser la garde en fin de compte.

La scène se passa dans le coin de son œil, à quelques mètres derrière lui, pourtant, il avait réagit instantanément. A peine l'aîné des garçons avait-il repoussé Abel, à peine avait-il prononcé sa menace, d'une voix autant tremblante que déterminée, que déjà l'amérindien avait tiré une flèche de son carquois et l'avait encoché, bandant son impressionnant arc d'if. Il suspendit toutefois son geste, immobile et menaçant, pointant le projectile vers les deux plus jeunes.

-NON !!Ne tirez pas !!

Immédiatement, le père se jeta entre eux, écartant ses mains vides, protégeant ses garçons. Pourtant Khaaleb ne lui accordait pas un regard. Toute son attention était portée sur le plus jeune fils qui, contrairement à son aîné, fuyait la scène du regard. L'ancien garde forestier compris alors ce qui avait éveillé les soupçons de son compagnon. Le teint cireux et pâle, le front constellé de gouttelettes de sueur, tout ça pouvait être le signe d'une extrême fatigue ou d'une déshydratation, mais il y avait aussi une autre possibilité, et la tâche rouge et humide qui grandissait sur le flanc du garçon faisait pencher de plus en plus pour cette hypothèse. Non pas, une hypothèse, une certitude. Il avait été mordu.

Les sourcils froncés, le cœur battant un peu plus fort, l'archer tourna son arme vers le père qui faisait barrière entre eux et ses enfants. Ce qu'il pu lire dans son regard lui confirma ce qu'il pensait déjà.

« Vous le saviez... » Ce n'était pas une question mais une affirmation que venait de prononcer l'amérindien d'une voix grave et grondante. Ils savaient que le cadet avait été mordu, ils savaient aussi qu'il n'en avait plus pour très longtemps.

- Je voulais vous le dire...  répondit le père d'une voix pleine d'inquiétude et de peur.

- Quand ? Avant ou après qu'il se soit transformé et qu'il ait bouffé la moitié de ceux qui vous ont ouvert les bras !! Son ton était implacable. Ils les avaient pris pour des cons. Ils avaient essayé de les rouler. Et dans quel but hein ?!

- On craignait que vous ne nous aideriez pas si on vous disait la vérité !

La corde de l'arc tendu, Khaaleb regardait les trois hommes. Le plus jeune, dont le regard fuyant et fatigué trahissait de plus en plus l'état ; l'aîné, farouche, mais terrifié ; et le père, qui était prêt à tout pour ses fils, prêt à mentir, à risquer sa vie pour eux. Un père dont il lisait la peur et la tristesse dans le fond des yeux.
- S'il-vous-plaît... par pitié... On a besoin d'aide... on sait ce qu'il va lui arriver, on a déjà perdu sa mère comme ça, mais je voudrais, nous... la voix de l'homme se brisa en même temps que grondait le tonnerre juste au dessus d'eux. Une bourrasque de vent traversa la forêt tout autour  et d'un coup les quelques gouttes qui tombaient jusque là se muèrent en un rideau d'une pluie violente. Le père les regardait toujours, l'air implorant, des larmes dans les yeux. Ses bras se baissèrent jusqu'à tomber pathétiquement le long de son corps, ses épaules s'affaissèrent. Il semblait soudain très vieux, vieux et fatigué, comme un soldat prêt à rendre les armes.

- Je voulais que mon fils puisse partir dignement... pas comme un animal dans un faussé...

Les dents serrés, l'amérindien resta encore quelques secondes immobile. Ses pensés se bousculaient dans sa tête, ne lui donnant pas la possibilité de déterminer ce qui devait être fait ou non. Est-ce que tout ça c'était encore du flan ? Ça aurait pu, mais pourtant, au fond de lui, quelque chose de brisa. Il comprenait. Si jamais il avait été à la place de cet homme, sans doute qu'il aurait agit de la même façon. Et puis "elle" n'aurait pas voulu qu'il agisse comme ça. Leslie aurait aidé le garçon, malgré le danger. Elle l'aurait aidé.
Poussant un soupir, il baissa son arc, cherchant Abel des yeux. Son compagnon se tenait là. La pluie avait déjà rendu ses vêtements plus lourds et plus sombres, lui collant à la peau. Lui aussi avait la mine grave. Le grand brun savait que jamais le conseil d'Highgate ne prendrait le risque de faire entrer un mordu, fut-il un enfant. Abel aussi le savait, Khaaleb pouvait le lire dans ses yeux. Il ne pouvait plus rien faire pour aider cette famille.
Mais lui avait peut être une solution.

« J'connais un endroit, pas très loin d'ici. Une maison abandonnée, mais safe... » Le regard qu'il échangea avec Abel lui fit comprendre qu'il validait cette idée. Les deux hommes se tournèrent vers le père. Il n'avait pas trop le choix, mais il acquiesça malgré tout en articulant un « merci » sincère. Ils se mirent donc en route, sans plus de discussion. Laissant à son compagnon le soin de fermer la marche, et de prévenir en cas de nouveau retournement de situation impromptu, le trappeur guidait le petit groupe à travers les bois sous des trombes d'eau qui se déversaient du ciel immensément gris, et de plus en plus sombre. La terre, qui n'avait pas encore fini d'absorber toute l'eau tombée la veille, devint vite un réel marécage et il leur était difficile d'avancer.
La petite troupe ne fit pas de mauvaise rencontre, et tant mieux, car il leur aurait été compliqué de voir approcher les morts avec le manque de visibilité. Très vite, ils furent trempés jusqu'aux os, et de grosses gouttes coulaient le long de leurs nez, mais ils avançaient, le père et l'aîné soutenant le cadet qui avait du mal à marcher.

Enfin, ils arrièrent en vue d'une forme plus sombre entre les arbres. Plus ils s'approchaient, et plus la maison se précisait. C'était un chalet, un peu semblable au sien et sans grande prétention. Il avait servit de refuge pour les randonneurs autrefois. Khaaleb y était passé plus d'une fois dans ses tours d'inspection pendant qu'il travaillait encore comme garde forestier. Les murs étaient en bois, la plupart des fenêtres brisées par le temps et les intempéries, mais elle semblait bel et bien inoccupée.
Après avoir ouvert la porte et vérifié que c'était bien le cas, l'amérindien les fit entrer dans la pièce principale où se trouvait du mobilier dépareillé et couvert d'une épaisse couche de poussière. Puis après une nouvelle vérification, il leur demanda de monter à l'étage. Même si les lieux ne semblaient pas avoir été occupé depuis sa dernière visite, il valait mieux rester en hauteur au cas où. L'endroit serait moins facile à défendre que son propre chalet. Une fois la porte du bas sécurisée, il grimpa à l'étage à la suite des autres. Il n'y avait ici qu'une seule grande pièce avec plusieurs lits autour d'un vieux poêle à bois qu'il s'empressa d'allumer. Une odeur de poussière et de renfermé occupait la pièce, mais au moins ils étaient au sec et en sécurité, enfin pour le moment.


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01.08.20 18:03

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« Alentours de Highgate | Juillet 2019 »
L'aîné ne me quittait pas du regard, guettant le moindre de mes mouvements pour anticiper l'attaque. Il se tenait entre son frère et moi comme un loup prêt à protéger un des siens au péril de sa vie. Je lui offrais pourtant mes mains découvertes comme il l'avait pourtant quelques instants auparavant en se présentant à nous. Soudain, son regard d'animal traqué changea de direction. Ce n'est que dans le lointain que j'entendis ce qui se jouait entre Khaaleb et le père. Mon attention était toute entière happée par le plus jeune, maintenant tremblant, les lèvres légèrement cyanosées, son regard évitant délibérément de croiser le notre. J'en avais vu des survivants mordus, qui se savaient condamnés, mais si jeune... Cette putain d'apocalypse le privait une deuxième fois d'avenir. A l'âge des premières petites copines, des premiers joints et des pool parties. Les trois se combinant souvent.
Les paroles de Khaaleb étaient dures, crues. J'avais envie de lui dire que ça allait, que ce n'était pas grave, ce n'était qu'un père. Et que c'est ce que font les pères pour leur gosse. Que s'il y avait bien des milliers de raisons de mentir, il n'y en avait pas de plus honnête que celle-là. Mais j'étais pétrifié comme si la pluie qui tombait drue maintenant était du plomb. J'aurais voulu qu'elle me coule une armure à même le corps.

Mon regard croisa celui de Khaaleb, les mots étaient superflus. A peine entrouvertes, les portes d'Highgate venaient de se refermer. Je savais qu'il n'était pas nécessaire d'aller plus loin, jusqu'au Conseil, jamais nous ne prendrions ce risque. Un principe de sécurité relevait du pur bon sens même si aujourd'hui, en face de ce père et de ses deux garçons, assumer une telle décision n'avait rien de facile. Heureusement, l'amérindien paraissait avoir une solution qui semblait acceptable et décente, une maison abandonnée qui leur servir de refuge le temps que... Tandis que Khaaleb ouvrait la route et que je me mettais en marche en dernier, machette en main, l'étrange sensation d'être un bourreau menant un condamné à la potence me serra l'estomac et même les éléments déchainés ne parvenaient pas à me laver de ce sentiment.

Le chalet n'était pas Highgate, loin s'en fallait. Mais ce n'était pas pire qu'ailleurs pour y mourir. Khaaleb nous indiqua l'étage et tandis que les trois inconnus entamaient leur ascension rendue difficile par l'état du plus jeune, je prenais un instant pour faire le tour du rez-de-chaussée. De toute évidence, ils étaient à bout de force et n'importe quelle denrée alimentaire pourrait faire l'affaire. Dans ce genre de chalet d'étape, la coutume voulait que chaque arrivant laisse quelques provisions pour les suivants et ainsi de suite, les randonneurs privilégiant les denrées peu périssables, j'avais bon espoir de leur dégotter quelque chose à se mettre sous la dent même après deux ans. Après examen rapide, un placard s'ouvrit sur quelques produits: j'éliminais d'entrée de jeu un paquet de biscuits rassis déjà entamé duquel les souris et les fourmis avaient fait un festin, ainsi qu'une boite de café soluble, en revanche je fis main basse sur un paquet de chips à la date de péremption dépassée de plusieurs mois mais dont la consommation ne risquait rien, ainsi qu'un paquet de viande séchée sous vide qui avait encore bonne mine. C'était frugal mais c'était mieux que rien.
Pendant que Khaaleb achevait de sécuriser le bas, je rejoignis Ted, Marc et Daniel avec mes maigres provisions. Nous installâmes le cadet sur un lit au plus loin des vitres brisées qui laissaient entrer le vent et même un peu de pluie. Il claquait à présent des dents comme frigorifié mais son front brûlant et moite indiquait le contraire. Le père installa son garçon sur ses cuisses en guise d'oreiller, caressant doucement ses cheveux, tandis que l'aîné s'assit au bout du lit pour continuer à le veiller. Dans cette configuration familiale, intime et tragique, il me devint rapidement évident que j'étais de trop.
Je m'installais à leur exact opposé dans la pièce, proche d'une fenêtre qui arborait plusieurs carreaux brisés. Dehors, on y voyait plus qu'à quelques mètres, les arbres obscurcis par un rideau dense. Si des virulents décidaient de venir faire un tour par ici, nous ne les verrions pas arriver de loin, il me semblait judicieux de faire un semblant de guet. Un peu exposé de ce fait aux intempéries, je ressentais pourtant le besoin de me trouver le plus loin possible de la scène qui se jouait à quelques mètres. Je lui tournais le dos même. Leur vision m'était devenue insoutenable, rongé par la culpabilité de ne pas pouvoir faire plus, faire mieux. Et, par dessus tout, il me fallait fuir ce reflet dans le miroir. Je me mis à compter les secondes entre les roulements de tonnerre et le moment où l'éclair irradiait le ciel sombre, comme quand j'étais gamin, ça m'évitait de trop penser.

Khaaleb remonté à l'étage, il entreprit d'allumer le vieux poêle, j'étais presque surpris qu'il fonctionne encore. Je ne lui aurais pas fait confiance, nous aurions pu être cinq à y passer, intoxiqués. Bien heureusement, ce chalet ne souffrait d'aucun problème de ventilation, c'était même tout le contraire... Je fouillais d'une main fébrile la poche arrière de mon pantalon pour en extraire un paquet de cigarettes déjà bien entamé et mon briquet. Inévitablement les clopes avaient pris la flotte, elles étaient humides du moins. Peu importe, pour le fumeur qui a besoin de calmer des nerfs mis à rude épreuve, elles feraient toujours bien l'affaire. Le briquet n'avait pas aimé non plus notre douche forcée mais à force de patience, il finit par produire une étincelle et avec un peu plus de patience encore, il alluma la cigarette que je pinçais entre mes lèvres. J'inspirais à plein poumons en fermant les yeux, puis expirait avec un grimace. Comme prévu, c'était dégueulasse.
J'entendis le pas lourd de Khaaleb sur le vieux parquet et comme il vint se mettre à ma hauteur, je lui tendis le paquet, puis je reportais mon attention vers l'extérieur. Baissant la voix pour ne pas être entendu, bien que le trio ne nous écoutât pas, je lui fis part de mes conclusions:

"Je crois qu'il passera pas la nuit..."

L'état du jeune garçon se détériorait de manière exponentielle, comme nous avions déjà pu le voir maintes fois chez des infectés. Ses heures étaient à présent comptées et nous trouvions là, témoins bien malgré nous de son agonie, alors qu'il nous était inconnu encore ce matin. Simplement, je lui soufflais:

"Merci."

Je ne parlais pas du chantier de la rivière, même s'il avait évidemment toute ma gratitude. L'amérindien avait eu beau se démener comme un beau diable pour sécuriser l'endroit a minima, nous garantir une source de chaleur bienvenue, il ne s'agissait pas que de cela non plus. Si je le remerciais, c'était d'abord parce qu'il m'avait permis d'éviter d'agir en salaud. De leur fermer la porte au nez purement et simplement malgré leurs suppliques. Je me souvenais avec clarté des dernières paroles du père. Je n'aurais pas su comment accéder à sa requête, bien légitime. J'avais déjà bien des choses sur la conscience, je remerciais Khaaleb de ne avoir cela en plus.
S'ensuivit un long silence. Pas de ces silences pesants que l'on cherche désespérément à briser pour y mettre fin. Un silence apaisant, bienvenu, accompagné d'une brise tiède se frayant un chemin à travers les vitres décaties, l'odeur de la terre mouillée remontant jusqu'à nous. Au bout d'un moment, je m'entendis dire:

"J'ai perdu mon fils comme ça."

Et alors que j'exhalais une volute de fumée, je me sentis soudain plus léger. Cet affreux nœud dans ma gorge venait de se desserrer un peu. Dans le regard empli de détresse de Ted, dans ses gestes de tendresse envers son fils condamné. Tout cela me renvoyait à un passé dont j'avais été absent. A ce que je n'avais pas été. A ce que j'aurais être.
Pourquoi le dire à Khaaleb, alors que je le connaissais si peu? Parce qu'on était là, maintenant, tous les deux dans cette galère et qu'il fallait que ça sorte, avant que les événements d'aujourd'hui ne me bouffent encore un peu plus de l'intérieur. Je n'en attendais rien. L'amérindien parlait peu, seulement pour dire l'essentiel, et mon instinct savait sans doute qu'il pouvait lui faire confiance sur ce point.
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Khaaleb Talarion
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  Abel et Khaaleb

 


Tout était en bois ici, du sol aux murs et jusqu'au plafond. De longues lattes de bois striaient l'espace, régulières, ordonnées. Combien d'arbres avait-il fallu abattre pour construire cet endroit ? Beaucoup sans doute. Beaucoup arrachés à la terre et coupés, taillés, écartelés pour servir de refuge aux hommes. Pauvres victimes végétales. Peut être n'aurions nous jamais construit de maisons en bois si nous avions la capacité de les entendre hurler.
Leurs nuances, de brun et d'orange, auraient du réchauffer l'atmosphère, mais il n'en était rien. Il n'y avait ici de place pour aucune chaleur car l'endroit n'était rien d'autre qu'un vieux cimetière d'arbres. Les années et les fenêtres brisées avaient laissé le froid et l'hiver entrer bien des saisons de suite. De la mousse verte commençait à ronger ça et là ce qui avait autrefois été de grand arbres vigoureux. Des plaques sombres, comme des flaques sèches, s'étendaient à proximité des ouvertures ou par endroit sur la charpente, signe d'infiltrations multiples. Il régnait dans la pièce une forte odeur d'humidité et de poussière. Il ne restait que sur les lits de vieux matelas aux ressorts grinçants. S'y asseoir c'était s'asseoir aussi avec les fantômes qui s'y étendaient quand personne ne regardait, et aussi un florilège d'araignées aux longues pattes gracieuses. Il restait parfois un oreiller vomissant son rembourrage, le tissu jauni par le temps et les nombreuses têtes qui s'y étaient posées, mais il n'avait rien à envier aux rares couvertures de laine rugueuse que Khaaleb extirpa d'un placard. Dans un autre temps, on aurait jugé ce lieux comme le pire des taudis, pourtant il représentait désormais pour le petit groupe un lieu de refuge inespéré, retrouvant sa fonction première. Les arbres n'avaient pas la rancune tenace, et hébergeaient même leurs bourreaux.

Autrefois, lorsqu'il était garde forestier dans la région, ça avait été à la charge du trappeur d'entretenir cet endroit, comme plusieurs autres dans la vallée, là où passaient les nombreux sentiers de randonnée du coin. Il fallait bien reconnaître qu'il avait délaissé cette partie de ses fonctions depuis un moment, mais pas entièrement. Il lui arrivait encore régulièrement de passer dans le coin pour vérifier que les lieux n'étaient pas occupés par les mauvaises personnes, si les poutres tenaient encore le toit ou si aucun oiseau avait décidé de faire son nid dans le conduit de la cheminée. Entretenir à minima ces quelques lieux perdus dans les bois, c'était s'assurer aussi d'avoir toujours un endroit où se réfugier en cas de problèmes. Le chalet où il vivait depuis des mois avait bien des défenses, mais elles n'étaient pas infaillibles, loin s'en faut.

Se rapprochant de la famille qui avait installé le plus jeune sur le lit le plus proche du poêle où brûlait désormais des flammes timides, l'ancien garde forestier tendit au père de quoi couvrir un peu le fils qui claquait des dents. L'état de l'adolescent empirait de façon exponentielle. Il grelottait, alors que sa peau se couvrait d'une pellicule de sueur, collant des mèches de cheveux à son front brûlant. Sa bouche était sèche, pâteuse, cherchant des mots qu'il ne trouvait pas. Progressivement, les couleurs quittaient sa peau, la rendant plus terne et pâle, comme si le sang, comprenant ce qui était en train de se passer, préférait partir dans d'autres organes pour lutter contre le mal qui rongeait. Ses yeux rouges se creusaient petit à petit, accentuant l'épuisement qui marquait ses traits. Si la peur pouvait se lire dans son regard, l'amérindien devait bien reconnaître que le jeune garçon faisait aussi preuve d'un courage surprenant. Il avait vu bien des adultes sombrer dans la démence une fois accepté la fin tragique qui les attendait. Il y avait quelque chose de terrible à regarder ainsi ce pauvre gosse se savoir mourir, aussi le géant préféra s'éloigner et les laisser tranquille après s'être assuré qu'ils avaient tout ce qu'il pouvait leur donner. Il ne pouvait après tout pas faire grand chose de plus. Tout ce qu'il fallait à se pauvre gosse c'était d'être enfin délivré de ce calvaire. Mais ça ça viendrait. Inexorablement.

D'un pas lourd qui faisait craquer le parquet, Khaaleb se rapprocha de la silhouette en contre jour que renvoyait Abel. Ce dernier avait pris place face à la fenêtre, sans doute pour respirer un peu de cette brise fraîche qui entrait par le carreau brisé. Il était immobile, pareil à une statue, hormis lorsque sa main venait porter une cigarette à sa bouche pour en tirer un épais nuage d'une fumée acre et piquante. Sans dire un mot, l'homme du Conseil lui tendit son paquet dont l'homme des bois tira à son tour une cigarette. Ce luxe de l'ancien monde, si rare et précieux aujourd'hui, ne saurait totalement guérir l'état dans lequel les deux hommes se trouvaient, mais sans doute que ça aiderait un peu. La clope entre les lèvres, le géant actionna le briquet tendu par l'autre et au bout de trois reprises, une flamme en sortit. Petite, grésillante et pataude, mais assez efficace pour embraser le tabac qui dégagea vite fumet et fumée, emplissant le nez et les poumons de l'amérindien d'une chaleur rassurante. Murmurant un merci presque inaudible, il rendit son paquet et son briquet à Abel.

Un silence lourd s'installa, silence pendant lequel le géant brun pu à loisir observer le paysage par la fenêtre, ou pour être exact l'absence de paysage. L'épais rideau qui tombait sur la forêt empêchait de voir plus loin que les premiers arbres. Au delà, tout était trouble et incertain. Gris. La chaleur du sol et la fraîcheur de l'eau avait fait monter une brume épaisse et duveteuse qui coulait entre les formes dressées des troncs. Les fougères se courbaient sous le poids des larges gouttes, brillantes d'humidités comme si on les avait soudain couvertes de vernis. Des ruisseaux inopinés naissaient un peu partout sur le sol, coulant de flasques en flasques, jouant dans les traces de pas laissés par leur passage dans la boue fraîche. Dans l'air il n'y avait plus de chant d'oiseau ni de grincement des criquets, juste le tambourinement monotone de la pluie sur le toit, et le craquement sinistre de la charpente lorsqu'un courant d'air pénétrait la vieille bicoque. De plus en plus proche, le tonnerre grondait.

Le nez envahit par l'odeur d'acier de l'orage et la fumée irritante de la cigarette, Khaaleb ne bougeait pas, ignorant lui-même ce qu'il attendait. Entendre Abel reprendre la parole ne le fit pas sourciller ni répondre. Que dire de plus que l'autre n'avait pas déjà dit. Non, le garçon ne passerait pas la nuit. Peut être que s'il avait été moins fatigué, mieux nourrit, peut être aurait-il pu tenir plus longtemps. Mais pas dans ses conditions. Et les deux hommes savaient bien comment ça allait se poursuivre. Les douleurs iraient en grandissant, comme un feu qui allait le consumer de l'intérieur. Le mal allait vite, le mal rongeait, sans retenu d'âge ou de rang. Il allait mourir ce gosse. Et le plus vite serait le mieux. Il souffrirait moins comme ça.
Le nouveau mot qui traversa les lèvres de l'ancien ingénieur tira cette fois l'homme des bois de son inertie. Ses sourcils se froncèrent alors qu'il tournait le regard vers le profil de son camarade. Pourquoi dire merci. Merci pourquoi ? Il lui fallut quelques secondes d'incompréhension avant de finalement déceler la réponse dans le regard furtif qu'Abel jeta aux trois autres. Décrispant les muscles de son visage, l'amérindien observa à son tour la famille qui se serrait les uns les autres comme des animaux fugitifs. Il savait au fond de lui que l'homme d'Highgate aurait voulu faire plus pour eux. Mais il connaissait les règles de sa communauté puisqu'il était de ceux qui les appliquait. Mais ce qu'il fallait faire pour protéger les siens n'était pas moins dur à tenir comme engagement, moralement parlant. Certains choix étaient difficiles. Comme Antigone le disait à son Oncle Créon, il faut savoir payer le prix d'un « oui », tout comme il faut savoir assumer les conséquences d'un « non ».

« Merci à toi... » murmura l'ours de sa voix de tonnerre. Ses yeux glissèrent vers le rebord de la fenêtre qui s'imprégnait des gouttes de pluie que le vent envoyait jusque là. Une vieille mouche, grasse et fatiguée, attendait là que des temps plus cléments lui permettent de décoller.« t'aurais pas été là, j'les aurais sur'ment laissé dans les bois... » ou pire pensa-t-il sans rien dire. Il s'en était fallu d'un rien pour que la flèche ne parte pas, clouant l'aîné des frères à un arbre. Le père l'aurait suivi, si vite qu'il n'aurait même pas eu le temps de réagir. Le plus jeune était si faible qu'il se serait presque brisé lui-même. Il aurait pu les tuer, si Abel n'avait pas été là. Juste pour ce mensonge, juste pour la menace qu'ils étaient. Perdait-il la tête ? Il l'avait senti, cette rage en lui. Cette rage que décrivait Seth et qui désormais l’enchaînait à cette peau que son ancien ami lui imposait. La peau sale et puante d'un tueur. Pouvait-il lutter contre ça ? Avait-il le choix ? Abel le lui avait donné aujourd'hui ce choix. La possibilité de ne pas devenir encore plus la bête qu'on voulait le voir devenir.
Le sentiment de gratitude que le géant en éprouvait était grand, mais la pudeur, ainsi qu'une bonne part de honte, l'empêchait d'en dire davantage. Le véritable héro n'était pas lui, ça ne l'avait jamais été. Il n'y avait rien d'héroïque à épargner des innocents. Ce n'était d'ailleurs pas Abel non plus le héro, car il était prisonnier de ses propres lois. Le véritable héro était ce gamin qui crevait les larmes aux yeux mais sans un cri, serrant fort la main de son frère.

Le silence retomba à nouveau, à la fois pesant et libérateur. Pesant parce qu'il ne faisait que renforcer la peur de l'inévitable, libérateur parce qu'il permettait d'y échapper un peu aussi. Khaaleb porta la cigarette à ses lèvres et inspira profondément, laissant la fumée glisser dans sa gorge, brûler ses poumons, puis refaire le sens inverse dans l'expiration. Dans leur dos, à quelques mètres, il pouvait percevoir les murmures des trois hommes, enfin plus sûrement ceux du père qui veillait son fils. La douleur s'entendait dans le timbre de ses mots, tout comme le sourire qu'il essayait de conserver sur son visage piqué d'une barbe grisâtre. Il n'y avait sans doute pas de spectacle plus désolant que celui-ci. Plus tragique aussi.
Un père contraint de voir son enfant périr sous ses yeux, dans ses bras.

Et alors Abel parla à nouveau.
Alors il le lui dit. Il lui dit que lui aussi connaissait cette douleur, parce qu'elle avait été la sienne. Comme le père qui caressait les cheveux de son fils à la lumière faiblarde du poêle, Abel avait lui aussi perdu un enfant, de cette même façon cruelle. La révélation fit se serrer le cœur du géant, tant il ne s'y attendait pas. Il tourna la tête vers son compagnon qui avait fermé les paupières un instant, profitant peut être de cette brise qui venait leur fouetter le visage. Sa bouche s'entrouvrit, puis se referma. Il n'y avait rien à dire à ça. Rien à ajouter. Dire qu'il était désolé n'avait pas de sens même si c'était vrai aussi, et sûrement pas ce que l'autre cherchait. Sans doute ne cherchait-il rien d'ailleurs, rien d'autre qu'à se libérer un peu du poids qui lui écrasait les épaules. Dire les choses avaient parfois du bon, c'était plus libérateur que le silence peut être.

Doucement, avec des gestes lents, Khaaleb quitta la position debout pour s'asseoir sur le lit le plus proche de la fenêtre. Le matelas était grinçant et surtout imbibé d'eau, mais puisqu'il était lui-même encore trempé après avoir couru sous la pluie, ça ne changeait pas grand chose. Un soupir souleva les épaules lourdes du géant, essayant de chasser la tension de sa vieille carcasse.

« Quand ma nièce est morte, j'ai pas eu le temps d'lui dire au revoir. Ça a été trop rapide. On est arrivé et... et elle était déjà partie... » l'amérindien ignorait ce qui le poussait soudain à parler de ça. Peut être était-ce parce que l'autre avait ouvert le champ des possibles, peut être aussi parce qu'il en avait assez de retourner ça dans sa tête depuis des semaines. Depuis le décès de Leslie, il s'était enfermé dans la solitude et le mutisme, incapable de communiquer autrement que par la violence de cette tristesse profonde qui lui rongeait le sang. Parler à Terry n'aurait rien arranger, c'était même pire. C'était comme si un voile s'était tendu entre eux, comme si la perte de la fille/nièce avait brisé un lien qu'ils avaient cru indestructible. Il ne pouvait en parler à personne parce que personne ne comprenait. Sauf peut être cet homme qui lui faisait face. « J'aurai bien voulu avoir un peu d'temps, juste assez pour lui dire... tout ce que j'aurai voulu lui dire... mais quand j'vois ce pauv' gosse, j'me rend compte que c'est égoïste d'vouloir ça. Attendre que ça vienne ou pas l'voir venir, j'sais pas c'qui est le mieux finalement... aucun des deux en fait... » C'était injuste de voir tous ces gosses crever, injuste de les voir payer le prix des conneries de leurs aînés. Ce n'était pas de la faute de Leslie si le monde avait sombré dans la folie. Pas la faute de ce gamin si à force de toujours jouer avec la science et la nature, à force de se croire au dessus de tout, l'Homme avait causé sa propre destruction. Khaaleb était assez fataliste sur ce qui se passait. Il pensait que dans le fond, l'être humain méritait sans doute de disparaître après tout ce qu'il avait fait subit à la Terre. Mais les enfants eux n'y pouvaient, ils naissaient ignorant et innocent. Ils n'y pouvaient rien, mais se retrouvaient malgré tout plongé dans cette merde, à devoir le payer de leur vie. Ils étaient même les premiers à trinquer, car il en restait peu, de moins en moins. Peut être qu'un jour une nouvelle génération viendrait, une qui n'aurait pas connu l'avant, une qui pourra vraiment se tourner vers l'avenir et construire quelque chose de nouveau, sans reproduire les erreurs de leurs parents. Mais elle était encore loin cette nouvelle civilisation intellectuellement plus grande et plus forte. Elle ne verrait sans doute jamais le jour même. Surtout si la mort se décidait à choisir ses victimes dans les rangs de la jeunesse. Il n'y avait plus de justice. Plus qu'une batte qui se faisait passer pour tel.

Un craquement sonore attira l'attention des deux hommes qui ne disaient plus rien. Ted venait de se redresser, laissant à ses deux fils un moment d'intimité entre frères. Le père s'approcha des deux hommes, le pas lourd et les épaules tombantes. Il semblait avoir vieilli d'un coup, comme s'il ne s'autorisait pas à montrer sa tristesse ou sa faiblesse devant ses enfants. Arrivant à leur hauteur, il se prit le visage dans les mains et inspira profondément avant de les enlever et de jeter à son tour le regard vers l'extérieur. Lorsqu'Abel lui tendit son paquet de cigarettes, il hocha la tête négativement.

« Non merci... je ne fume pas... »

Au dehors, l'orage semblait encore s'intensifier. Le tonnerre roulait ses tambours de plus en plus proche, et des éclairs, comme des flashs d'appareils photo, les éblouissaient. Après quelques nouvelles secondes pendant lesquels il ne se passa rien, Ted croisa les bras sur sa poitrine. Il semblait agité, se balançait d'un pied sur un autre, comme s'il attendait le bon moment pour parler ou bien qu'il cherchait les bons mots.

« Je me demandais... » commença-t-il enfin, laissant son regard glisser vers l'un et l'autre des deux étrangers qui les avaient aidé lui et ses fils. « On a un peu vécu en vase clos ces deux dernières années, et on a pas beaucoup d'infos sur... enfin sur tout ça. Mais peut être que vous vous savez. Est ce qu'il existe un moyen de le sauv... »

« Non. » coupa la voix grave du géant. Sa réaction sèche attira l'attention d'Abel qui le regarda comme pour lui dire qu'il pouvait peut être faire preuve d'un peu plus de tact. Mais il n'était pas homme à tourner autour du pot. Mieux valait que le père ne se fasse pas de vains espoirs. Mais il ne méritait peut être pas non plus qu'on lui parla ainsi. Mal à l'aise, Khaaleb se gratta le cou avant de reprendre, le regard fixé sur la poussière du sol dans laquelle étaient désormais marquées leurs traces de pas. « Si le bras ou la jambe sont touchés, alors on peut couper pour éviter qu'le mal touche le reste. Mais il est déjà trop avancé pour q'ça marche, et puis pour le buste...y a rien à faire... je... j'suis désolé... » finit-il par dire. Ces hommes leur avaient peut être menti, omettant de façon volontaire la morsure du plus jeune, mais qu'était ce petit mensonge face à la cruelle réalité que vivait ce père ? Rien. Relevant la tête Khaaleb l'observa quelques secondes, et fut bouleversé par l'émotion qui peignait ses traits. Des larmes muettes gonflaient ses joues, mais il tenait encore, bien que le dos voûté. Il tenait. La force qui se dégageait de cet homme désespéré avec quelque chose de terrible. Celle d'un homme qui voit lui échapper ce qu'il aime le plus, son bien ne plus précieux, son enfant. Beaucoup d'homme avait aujourd'hui ce regard là. Ils étaient déjà trois dans cette pièce.

« Bien... je comprend... je... » la voix de Ted se brisa dans sa gorge aussi se tut-il. Il serra le poing qu'il posa sur sa bouche et ferma les yeux un instant, laissant les deux autres impuissants face à sa douleur. Le mégot s'était éteint entre les doigts de l'homme des bois, mais il l'y tenait toujours. Au bout d'une minute, peut être moins, le père poussa un soupir et rouvrit les paupières. « J'aurai tellement voulu que ça se passe autrement... je... j'arrive pas à supporter de le voir souffrir comme ça... mais je ne sais pas quoi faire d'autre... »

Nouveau silence que ne venait perturber que la pluie, le tonnerre et le vent au dehors. Abel et Khaaleb échangèrent un nouveau regard. Il n'y avait en effet pas grand chose à faire. Hormis une peut être. Sans en dire plus, l'ancien garde forestier alla chercher le sac qu'il avait abandonné en arrivant à l'étage, puis il revint vers les deux hommes. Mettant un genoux à terre, l'amérindien fouilla pendant quelques secondes avant finalement de sortir un petit sachet de plastique qui semblait contenir une pâte à la couleur sombre et à l'aspect peu ragoutant. La chose en main, il se remit debout et se tint face au père qui le regardait sans comprendre.

« C'est un mélange de baies et de plantes... ça calmera un peu ses douleurs, puis ça va l'endormir... mais il ne se réveillera pas. Après... après faudra... enfin voilà. » Le géant plongea son regard dur dans celui du père. Depuis qu'il avait compris qu'une simple morsure pouvait causer sa perte et l'affaiblir jusqu'à ce que le cœur lâche et le transforme à son tour en une de ses choses, le trappeur avait prit les devant et mis à profit sa connaissance des plantes de la forêt. Il valait mieux être prêt au cas ou, et puis l'homme des bois préférait être le seul décisionnaire de sa propre mort.

La préparation serré entre ses doigts, Khaaleb la tendit à Ted.



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